Les Vaincus


TITRE : Les Vaincus 

AUTEUR : Irina Golovkina

ÉDITION : des Syrtes 

TRADUIT par Xénia Yagello


De Guerre et paix à La Saga moscovite de Vassili Axionov, en passant par des ouvrages au volume plus modeste, comme Docteur Jivago ou la La Joie souffrance de l’auteur Franco-russe Zoé Oldenbourg, les sagas russes marquent puissamment le  paysage littéraire. La dernière en titre, Les Vaincus, est due à la plume de la petite-fille du compositeur Nikolaï Rimski-Korsakov, Irina Golovkina.

Anticipant les craintes légitimes du lecteur, l’éditeur a pris soin de proposer tout au début de l’ouvrage un index des noms des personnages qui lui facilitera l’avancée dans l’imposant volume d’un millier de pages.

En Russie, la défaite de l’armée blanche et le triomphe des bolcheviks instaure la lutte des classes, violente confrontation de deux mondes, celui des vainqueurs et celui des vaincus. Du côté des vainqueurs, l’arbitraire et les exactions des périodes de guerre laissent bientôt la place à l’implacable meule de la terreur organisée par l’hôte du Kremlin. Quant aux vaincus, quel que soit leur désir de s’adapter au monde nouveau, ils sont irrémédiablement condamnés à être broyés.

Les familles sont éparpillées, décimées, les êtres brisés par les offenses, les persécutions, la misère et la peur. Parmi les vaincus, la famille Bologovski et de nombreux personnages  dont les destinées tragiques s’entremêlent. Essentiellement des femmes, parmi elles, Elizaveta, aussi appelée Lolotchka, infirmière, amoureuse éperdue d’Oleg, ancien officier de la garde. Elle s’effacera pourtant devant Assia Bologovski qu’Oleg épousera, une jeune fille charmante, autant douée pour le bonheur qu’Elizaveta l’est pour l’adversité.

Elizaveta est guidée par le sentiment de l’importance de donner un sens à sa vie à travers l’exaltation de valeurs intellectuelles et patriotiques. Elle est le fil conducteur du roman, dont son  journal constitue une part importante. Comme Irina Golovkina l’a été elle-même, elle est le témoin indispensable pour les générations à venir et semble survivre aussi aussi pour donner du sens à cette période terrible de l’histoire russe. Car pour Elizaveta seul compte vraiment le destin messianique de la Russie. Toute cette souffrance envoyée par Dieu n’aura pour seule fin, écrit Elizaveta dans l’épilogue de permettre à « notre église orientale de ranimer et de rénover le christianisme… C’est justement à la Russie qu’il est dévolu de tourner le cours de l’histoire mondiale vers la lumière : d’implanter le communisme sur une nouvelle base chrétienne ».


Publié en Russie en 1992, le livre d’Irina Golovkina relate des faits réels et a suscité chez les lecteurs russes un engouement que l’on comprend aisément car elle leur restitue, dans une langue aussi pure que puissante, des pans entiers de leur histoire et convoque les thématiques duelles qui leurs sont chères, foi orthodoxe contre nihilisme, patriotisme contre  bonheur individuel. Le lecteur occidental y aussi trouvera tout le charme des grands romans russes.

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