L’armée russe a cent ans et l’avenir devant elle

À l'occasion du 100e anniversaire de l'Armée de l'air russe un spectacle aérien est prévu le 11 août à Joukovski, près de Moscou. Crédit photo : Ramil Sitdikov / RIA Novosti

À l'occasion du 100e anniversaire de l'Armée de l'air russe un spectacle aérien est prévu le 11 août à Joukovski, près de Moscou. Crédit photo : Ramil Sitdikov / RIA Novosti

Crédit photos : Rossiyskaya Gazeta

L’armée de l'air a cent ans. En 1912, le grand prince Alexandre Mikhaïlovitch s’adressait à la nation : « La flotte aérienne russe doit être plus forte que celle de nos voisins. Tous ceux qui chérissent la puissante militaire de notre Patrie doivent s’en rappeler. »

Des écoles d'aviation ouvrirent leurs portes dans les villes de Sébastopol et Gatchina. Au cours de l’été, une formation aérienne était dispensée aux officiers volontaires venus de divers horizons. Le cours théorique était assuré par l'Institut polytechnique de Saint-Pétersbourg.

De grands hommes ont rejoint l’armée russe. De solides capitaux étaient investis pour favoriser son développement. Le 22 septembre 1910, au cours de la semaine de l'aviation organisée par la ville de Saint-Pétersbourg, Stolypine, premier ministre en son temps, vola aux côtés du pilote Matsievitch à bord du « Farmana ». À Nice, le légendaire Efimov conduisait en avion la sœur d’Alexandre Mikhaïlovitch, la belle princesse Anastasia. Piotr Nesterov, célèbre pilote à l’époque, fut le premier homme au monde à réaliser un looping en aéroplane. Le petit fils du peintre Aïvazkovski, Konstantin Artseoulov, réussit à sortir de la vrille provoquée par son engin. En juin 1914, le premier vol aller-retour de Saint-Pétersbourg à Kiev fut réalisé grâce à un aéronef quadrimoteur dirigé par le constructeur Igor Sikorski.

Au début de la première guerre mondiale, l'armée russe comptait 256 avions de combat, 250 pilotes militaires qui formaient 39 escadrilles de corps d’armée et de forteresse. Au début des opérations militaires, l'aviation se chargeait de la prospection aérienne et d’ajuster les bombardements. De leur propre initiative, les pilotes ont commencé à attaquer les « Albatros » ennemis. En décembre 1914, le premier escadron d'aéronefs au monde fut formé.

En 1916, le grand prince Alexandre Romanov fut nommé général inspecteur de l’aviation russe. Sous son commandement, les escadrilles de corps et de campagne furent unifiées pour créer des groupes de combat. L’État Major de Moguilev et la capitale de la Russie étaient envahis d’avions et d’artillerie antiaérienne. La flotte était parfaitement équipée.

Après la révolution de 1917, le gouvernement provisoire contribua au délabrement de l'armée. En Octobre éclatait la grande révolution socialiste.  Bientôt, l'humiliant traité de Brest fut signé, puis la guerre civile ravagea le pays. Le colonel Kazakov, héros de la première Guerre mondiale et major des forces aériennes de Grande Bretagne, combattait les pilotes rouges. En tant que représentant du conseil des commissaires des peuples, Lénine envoyait des télégrammes menaçants au chef de l'état major de campagne du Conseil révolutionnaire militaire : « Camarade Bontch-Brouevitch ! Ne peut-on pas employer les aéroplanes contre la cavalerie ? Les faire voler bas, très bas… ».

Depuis, nos forces aériennes ont traversé ce siècle avec triomphe. Après avoir sauvé l’équipage du brise-glaces Tchelyouskine, nos pilotes devinrent des héros de l'Union Soviétique et furent également les premiers à survoler le pôle nord. Ces hommes qui combattaient audacieusement leurs ennemis chinois, espagnols et mongols furent néanmoins impitoyablement éliminés pendant les années de répression. Malgré les étoiles d'or qui leur avaient été décernées,   les faucons de Staline n’échappèrent pas aux exécutions.

Mais l'épreuve la plus dure pour notre Nation, son armée rouge et ses forces aériennes fut la grande guerre patriotique. Après les rudes échecs que nos forces essuyèrent en 1941 en affrontant les troupes allemandes, celles-ci conquirent le ciel. L'Allemagne perdit 72 000 avions sur le front de l'Est, dont 56 000 furent détruits par les pilotes de l'armée rouge. Les chasseurs de la flotte militaire et les canons antiaériens éliminèrent les forces allemandes restantes. Aucun autre pays en guerre ne présentait trois régiments d’aviation où des femmes pilotaient. 26 d'entre elles sont devenues des héros de l'Union Soviétique et de la Fédération de Russie.

Ma génération a rejoint l’aviation en ce moment historique où deux puissances s’opposaient fermement : le monde pouvait à tout instant sombrer dans une troisième guerre mondiale. Nous avons défendu le travail pacifique de la nation soviétique pendant la guerre froide. Sur l’océan, nous partions à la recherche des porte-avions d’assaut des États-Unis et nous contrôlions l'air au large des côtes américaines. Nous protégions les frontières aériennes, nous abattions les intrus, nos collègues tombaient en Corée ou en Afghanistan.

Nos forces aériennes étaient en perpétuel progrès. À la fin des années 1980, elles atteignaient leur puissance maximale.  Les forces aériennes et les districts militaires s'étendaient de Berlin à Sakhaline.  Ils comptaient 500 000 militaires, 30 000 pilotes, 13 000 avions et 6 000 hélicoptères.  Les cadres de l'aviation des forces armées de l'URSS et des pays membres du pacte de Varsovie étaient formés dans 8 écoles spécialisées, 20 établissements d'aviation et 2 académies militaires.

En mai 1992, nous avons commencé à constituer une force aérienne russe tout en réduisant de manière drastique les effectifs humains et le nombre d’avions. Ce n'était pas une période facile. Les militaires ne percevaient pas de salaires pendant des mois, le kérosène nécessaire à la préparation au combat manquait. 40 000 familles de militaires se retrouvaient sans appartement. Néanmoins, à l’Ouest du pays, des dizaines de régiments furent équipés d’avions de combat Mig-29 et Su-27 ; trois armées aériennes puissantes furent créées. Des dizaines de villes militaires où une politique socio-culturelle était mise en place furent construites pour accueillir le personnel. Il y eut ensuite la guerre de Tchétchénie, la parade aérienne de la victoire sur le Mont Poklonnaïa, à Moscou, la réunion des forces aériennes et de la défense antiaérienne en une seule unité.

Si cette période historique était complexe, notre personnel héroïque a su traverser ces temps troubles avec dignité.

Ces dernières années, les forces aériennes russes se réforment, elles tendent à retrouver leur puissance passée. Il y a suffisamment de carburant pour s’entraîner,  la technique aéronautique et les méthodes de destruction ont été améliorées.

Des sommes conséquentes sont débloquées pour développer des complexes aéronautiques prometteurs spécialisés dans la réformation de l'aviation de front, à long rayon d’action ou de transport militaire. Les liens entre l'industrie aérienne russe et les gouvernements alliés se développent. Le bien-être matériel des militaires et des vétérans s'est considérablement amélioré. La flotte aérienne poursuit son vol.

L'auteur est un ancien général de l'armée, commandant en chef des forces aériennes de Russie.

Lisez le texte original sur le site nvo.ru.

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