L’agence USAID quitte la Russie ?

Le représentant d’USAID Russia, David Grout, a déclaré dans un communiqué officiel que « l’agence soutenait des programmes en Russie qui continueront encore de deux à quatre ans ». Crédit photo : USAID / Svyatoslav Stoyanov

Le représentant d’USAID Russia, David Grout, a déclaré dans un communiqué officiel que « l’agence soutenait des programmes en Russie qui continueront encore de deux à quatre ans ». Crédit photo : USAID / Svyatoslav Stoyanov

L’agence américaine chargée du développement de la démocratie dans le monde compte réduire le financement de ses activités en Russie, et ce en raison de sa perte d’intérêt pour le pays

L’agence américaine pour le développement international (USAID) a décidé de limiter dans les deux années qui viennent ses activités en Russie. C’est en tout cas ce qu’a annoncé Iossif Diskine, membre de la Chambre publique de la Fédération de Russie chargé de la coopération avec l’agence.

Selon lui, la direction de l’USAID a fait part de cette décision lors d’une récente visite à la Chambre publique russe.

USAID


Officiellement, l’agence des États-Unis pour le développement international a été créée en 1961 comme une organisation d’aide humanitaire dans le monde entier. En 2009, USAID a officiellement intégré l’Initiative inter-agence de lutte contre l’insurrection avec le département d’État et le Pentagone.

L’USAID est une agence fédérale du gouvernement des États-Unis chargée de l'aide pacifique aux autres pays. La direction de l’organisation est nommée par le président américain, en accord avec le sénat, et travaille en coordination avec le secrétaire d’État. Ses objectifs officiels sont le soutien au commerce, à l’agriculture, à la croissance économique et aux soins de santé, ainsi que l’envoi d’aide humanitaire en cas d’urgence et la promotion dans plus de cent pays de « la coopération afin de prévenir les conflits et soutenir la démocratie ».

Le budget de l’organisation est très élevé. Les médias américains ont ainsi révélé que près d’1% du budget du pays était destiné aux programmes d’USAID.

Le représentant d’USAID Russia, David Grout, a déclaré dans un communiqué officiel que « l’agence soutenait des programmes en Russie qui continueront encore de deux à quatre ans ». Une source de l’ambassade des États-Unis n’a cependant pas souhaité démentir les propos de Diskine.

« Des rumeurs sur la fermeture de l’agence ? Nous ne les confirmons ou ne les réfutons pas. Vous pouvez facilement consulter les données accessibles au public et nos informations en matière de budget sont disponibles sur le site www.foreghn.assistance.gov.com. Vous remarquerez que le niveau de financement des programmes en Russie diminue progressivement. Ces chiffres démontrent évidemment que les priorités changent. Et c’est le Congrès américain qui définit le budget de l’USAID », souligne cette source.

Sergueï Markov, vice-recteur de l’université d’économie russe Plekhanov et membre de la Chambre publique estime que cette décision a été prise depuis longtemps et qu’elle vient des plus hautes sphères de l’organisation, et non des représentants d’USAID Russia.

« C’est au secrétaire d’État, voire au président des États-Unis de prendre ce type de décisions. Même le nom de l’organisation (« Agence des États-Unis pour le développement international ») dénote la vision américaine du monde qu’ils considèrent comme « juste, libre et tourné vers le progrès ». USAID fait en réalité partie du gouvernement américain », juge Markov.

Même si les opinions divergent sur les raisons de ces changements, les politologues s’accordent sur un point : cette décision n’est en rien liée au projet de loi controversé sur les ONG.

« La loi sur les ONG ne les concerne pas. Ils pourront verser de l’argent aux organisations et indiquer que les programmes seront réalisés avec l’argent d’USAID. Ils ne forment pas d’espions et les dotations directes ne sont pas dans leurs compétences. Ils décident seulement des modalités de financement. Et même s’ils ne souhaitent pas mentionner leur nom, ils disposent d’une autre option : verser de l’argent à une fondation russe ou, pour parler franchement, faire du blanchiment d’argent. La fondation russe pourra ensuite donner cet argent à une ONG russe », explique Markov. Selon lui, la nouvelle législation sur les ONG n’interdit pas ce genre de méthodes.

Le politologue Andreï Piontkovski est d’accord pour dire que l’adoption de la loi sur les ONG n’a pas influencé cette décision car ces organisations ne disposent pas d’une capacité de réaction aussi rapide. D’après lui, des signes avant-coureurs existaient déjà, comme lorsque l’agence s’est mise à accorder moins d’attention aux médias.

« Ils ont participé pendant des décennies aux opérations de « Voice of America » et de « Radio Svoboda ». Or aujourd’hui, « Voice of America » n’existe presque plus, et Radio Svoboda sera bientôt exclusivement diffusée sur Internet », indique Piontkovski.

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De plus, l’analyste considère que l’USAID a avant tout réduit ses activités en Russie à cause de la perte d’intérêt envers le pays.

« La moitié de notre discours de politique extérieure vise les États-Unis. Mais au pays de l’oncle Sam, la Russie est absente de ce discours, tout comme l’Europe d’ailleurs. Pour eux, les problèmes les plus sérieux concernent l’islam, la Chine et le Proche-Orient. Les États-Unis se considèrent comme une puissance de l’océan Pacifique, y compris dans leur stratégie militaire. Évidemment, n’importe quelle institution russe présente aux États-Unis pourrait être considérée comme une couverture du FSB, tout comme l’USAID pourrait être vue comme une couverture de la CIA en Russie. Mais cela ne concerne pas ce qui se passe ici », ajoute le politologue.

Markov partage en partie l’avis de Piontkovski. « Selon ma source au Congrès américain, le nouvel administrateur d’USAID, qui est en place depuis près d’un an, a radicalement modifié la politique de l’agence. Il a proposé de moins s’occuper des problèmes politiques en Europe de l’Est et de concentrer les efforts dans les régions où il faut réellement promouvoir le progrès », indique Markov. Selon lui, « il s’agit davantage de l’Afrique, où les gens meurent de maladies, l’éducation a du retard et les infrastructures ne sont pas assez développées ».

Une grande partie du travail d’USAID sera donc tournée vers ces régions.

« De plus, le nouveau dirigeant serait très direct et aurait déclaré qu’il ne savait pas encore s’ils continueront à promouvoir la démocratie. En d’autres termes, ils veulent moins intervenir dans les problèmes de politique intérieure et plus s’occuper des problèmes de développement », explique le politologue.

« L’objectif déclaré de l’USAID est le développement de la démocratie. Excusez-nous, mais nous pouvons nous occuper nous-mêmes de démocratie. Donner de l’argent pour le développement de la démocratie me paraît étrange. Cela entraîne de la méfiance et des doutes. Il suffit d’observer les résultats du Printemps arabe. Ces pays sont encore très loin d’une démocratie civilisée », ajoute Diskine.

« Je suis persuadé qu’USAID n’arrêtera jamais complètement ses activités en Russie car elles servent les intérêts des États-Unis pour répandre leur système de valeurs, ce qu’ils appellent les « institutions démocratiques » », conclut Markov.

Ce texte est un résumé de l’article disponible en russe sur le site de Izvestia

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