JO de Londres : la Russie sur la carte mondiale du judo

  Le recrutement de l’entraîneur italien Ezio Gamba, médaillé d'or dans la catégorie des moins de 71 kgs aux Jeux olympiques de Moscou en 1981 a constitué une étape décisive dans la formation des judokas russes. Crédit photo : Vladimir Baranov

Le recrutement de l’entraîneur italien Ezio Gamba, médaillé d'or dans la catégorie des moins de 71 kgs aux Jeux olympiques de Moscou en 1981 a constitué une étape décisive dans la formation des judokas russes. Crédit photo : Vladimir Baranov

Boris Eltsine avait employé toutes ses forces à populariser la pratique du tennis auprès des jeunes Russes. En dix ans, la Russie s’était imposée dans le milieu et avait forcé le respect : de nombreux champions se sont démarqués au cours du grand chelem, même si les joueuses russes ont souvent éclipsé leurs coéquipiers.

Il y a deux semaines, Vladimir Poutine était encore le judoka le plus connu de Russie. Ce dernier avait probablement rêvé de démocratiser la pratique du judo avec autant de succès que son prédécesseur pour le tennis. Dès son premier mandat,  le président voulait que le judo suscite de l’intérêt. Pourtant, le judo étant moins attrayant que le tennis d’un point de vue international, sa pratique restait malgré tout en retrait. Voilà pourquoi les commentateurs sportifs s’étaient bien peu penchés sur le potentiel que présentait Galstian et n’avaient pas vu en lui un éventuel gagnant aux jeux olympiques de Londres.

Ce dernier avait pourtant remporté la médaille de bronze dans la catégorie des moins de 60 kilos au championnat du monde de Tokyo puis la médaille d'or un an plus tard à Tbilisi au cours du championnat européen. En battant en demi-finale le numéro un mondial de sa catégorie, l'Ouzbèke Rishod Sobirov, Galstian a enfin commencé à attirer l’attention de la communauté internationale. Après avoir battu le Japonais Hiroaki Kiraoka en finale, le jeune homme de 23 ans a fait sensation dans tout le pays, surtout dans la province dont il est originaire, Krasnodar, actuellement ravagée par de violentes inondations.

Si la victoire de Galstian a été accueillie par les habitants de cette province comme « leur » victoire, les origines arméniennes du jeune homme ont en effet très peu été évoquées. Pourtant, son parcours représente un bel exemple pour cette région du sud de la Russie qui fait souvent la une des médias en raison des altercations racistes entre Russes et immigrants des anciennes républiques soviétiques qui s’y côtoient. Galstyan est né en Arménie en 1989. À l’époque, le pays faisait encore partie de l'Union Soviétique. Ses parents ont ensuite immigré en Russie. En raflant la médaille d'or à Londres, le rêve d’intégration de la famille de Galstian, nouveau héros national, s’est enfin réalisé.

Après la victoire du jeune homme, Mansour Isaev a battu en finale le japonais Riki Nakaya dans la catégorie des moins de 73 kilos. La Russie ajoutait une deuxième médaille d'or à son tableau. Le potentiel du jeune homme de 26 ans, originaire de Tcheliabinsk, une petite ville de Sibérie, avait également été sous-estimé. Avant de participer aux jeux olympiques, Isaev avait reçu une médaille de bronze au Championnat du monde de 2009 à Rotterdam.

Le gouverneur de la région de Tcheliabinsk va-t-il tenir sa promesse et accorder un million de dollars à chaque gagnant de la médaille d'or originaire de la région ? En tout cas, la célébrité s’est immédiatement emparée d’Isaev qui s’est également attiré la sympathie du président russe. Isaev représente également la Russie multiethnique : le jeune sportif est en effet musulman et issu de la communauté des Avars, originaires du Daguestan.

Le recrutement de l’entraîneur italien Ezio Gamba, médaillé d'or dans la catégorie des moins de 71 kgs aux Jeux olympiques de Moscou en 1981 a constitué une étape décisive dans la formation des judokas. Isaev et Galstyan font preuve d’énormément de respect envers cet ancien champion aux méthodes rigoureuses.

Le jeudi 2 août, le judoka russe Tagir Khaïbulaev a remporté la médaille d'or aux Jeux olympiques de Londres, en ajoutant ainsi une troisième médaille d'or au palmarès de l'équipe de Russie. Taguir Khaïboulaev a déclaré qu'il était très motivé pour le combat final, car il voulait prendre sa revanche sur l'échec au championnat du monde de 2010. « J'avais déjà affronté le combattant mongol pendant les championnats du monde de 2010, et j'avais été battu, a déclaré Khaïbulaev pendant une conférence de presse. J'étais donc très motivé à prendre ma revanche avant le combat final ». Alexander Mikhailin (médaille d'argent) et Ivan Nifontov (médaille de bronze) ont également démontré la force des judokas russes. 

Les graines d’un tel succès ont vraisemblablement été semées par le président russe qui a joué un rôle actif dans le développement de son sport favori. Dans une interview accordée à une chaîne de télévision russe, Galstyan a évoqué ses rencontres avec le ce dernier à l’occasion de la Saint-Sylvestre. En plus d'encourager les judokas russes, Vladimir Poutine a favorisé la création de l'académie de judo de Zvenigorod, un complexe sportif qui formera de nombreux futurs champions.

Les études montrent que le président russe jouit d’une plus grande popularité dans les régions excentrées du pays. Ces médailles d'or gagnées par les citoyens de Krasnodar et Tcheliabinsk, deux villes éloignées de Moscou, prouvent que les efforts mis en place par le président pour rendre le judo plus populaire  ont porté leurs fruits en périphérie. Grâce à ces victoires londoniennes, le regard que les Russes portent sur le judo est en train d’évoluer. Celui-ci est en passe de devenir très populaire.  

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