Du savon pour tous les goûts

Crédit photo : Mikhaïl Mordassov

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Dans le village Medoveevka, une artisane produit chaque année près de quatre tonnes de savon à la main à partir de calendula, de jus de carotte et de lait de chèvre.

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Dans la cuisine de la productrice de savon Kristina Souderevskaïa, tout est comestible et très appétissant. Dans un bol en acier, de l'huile d'olive et de tournesol. Des morceaux d'huile de noix de coco et de palme fondent dans une casserole à feu doux. On y trouve du lait de chèvre, du miel, des œufs, de l'infusion d'ortie, de l'eucalyptus séché, des bourgeons de rose, ainsi que des paniers d'herbes ramassées à la main dans une forêt voisine. Tout un arsenal de récipients et de bouteilles d’huiles essentielles et de cosmétiques est prêt à l'usage.

Le savon n'est pas un grand mystère : le voici, décrit sur des feuilles de papier épinglées sur les étagères en châtaignier. Quelques recettes éprouvées par le temps, chaque ingrédient étant calculé au gramme près. Toutefois, il est presque impossible de reproduire la recette originale de l'auteur.

Il y a trois ans, Kristina, son mari Dmitri et leur petite fille ont déménagé de Moscou dans le minuscule village de montagne de Medoveevka, à dix kilomètres de Krasnaïa Poliana, près de Sotchi. Ici, le téléphone capte mal et les coupures d'électricité sont fréquentes. En hiver, le toit de la maison est recouvert de neige, et les vergers de pommiers attirent régulièrement des ours en été. En revanche, l'air et l'eau potable sont totalement purs, et les forêts et les prairies sont remplies d'espèces de plantes rares.

« Je comprends qu'il est difficile de croire que je fais vraiment du savon à base de lait de chèvre, de jus de carotte frais ou de décoction de calendula. Pourquoi perdre son temps avec des ingrédients naturels fantaisistes, s'il y a des colorants pas chers, des aromes et des ersatz de tout ce que vous voulez, s'interroge Kristina. Les gens sont sceptiques au sujet de nos produits, ils en prennent juste un peu pour essayer. Et puis ils reviennent et en achètent pour toute l'année. La différence entre le savon fait maison et en usine est évidente ».

Inutile de préciser que les étagères des nombreux amis et parents de Kristina croulent sous le poids du savon et du shampoing maison. Toutes les nouveautés sont testées par la famille, y compris leur fille aînée, Milana, et la petite Vlada, qui n'a pas encore deux ans.

À Medoveevka, on suit une ancienne manière de fabriquer du savon : on combine un mélange de matières grasses végétales et une solution aqueuse de soude caustique (hydroxyde de sodium), qui, au cours de la réaction, sont convertis en savon. Tant qu'il n'est pas figé, on y introduit différents additifs : de l'huile, des décoctions, du lait, du miel et beaucoup d'autres ingrédients.

La grande majorité des fabricants de savon « fait à la main » ne perdent pas de temps avec les réactions chimiques, et utilisent une base de savon prête à l'emploi, qui est vendue sous forme de granulés transparents. Dans la base de savon utilisée pour la production en usine, on trouve peu de composants utiles, et il y a même des métaux lourds.

Si vous voyez dans une boutique du savon fait main transparent, lisse, voire brillant, le plus probable est qu'il est fabriqué à partir d'une base. Les savons cuits « à partir de zéro » ont une couleur blanchâtre, mate, leur structure ressemble à un morceau de savon de qualité pour le ménage.

Kristina produit du savon depuis six ans. Elle a commencé avec quelques morceaux pour elle et ses amis. Actuellement, elle en produit environ quatre tonnes par an : savons, shampoings, gels, baumes, crèmes et exfoliants. Sous la marque Savon de Krasnaïa Poliana, sa production est livrée dans les spas, les saunas de luxe, les boutiques et magasins de produits cosmétiques naturels. Le savon de Medoveevka est aussi commandé par des particuliers résidant en Russie et dans des pays étrangers.

« La publicité a coûté zéro rouble, zéro kopeck, le bouche à oreille a bien fonctionné, - explique Dmitri Serov, le mari de Kristina, qui est tout de même en charge du marketing. Nous n’avons pas créé cette entreprise pour nous acheter un yacht demain, mais pour que nos petits-enfants le fassent. Je pense que seul un produit de qualité est viable. Les gens croient en lui, dix ou vingt ans passeront, et il entrera sur le marché ».

Jusqu'à présent, Kristina qualifie son travail de « passe temps » et ne le considère pas comme un business. Tous les revenus provenant de la vente, ainsi que la majeure partie de la paie de son mari, sont investis dans le développement de l’entreprise : matières premières, papier d'emballage, bouteilles et bocaux, design et impression d’étiquettes et de catalogues.

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