Les victoires et désastres de l’éducation russe

Être parent constitue un défi à tous les égards. Crédit photo : Itar-Tass

Être parent constitue un défi à tous les égards. Crédit photo : Itar-Tass

Accès de colère fait malheureusement partie intégrante de la manière d’éduquer en Russie.

« La ferme et fous-moi le camp ! » crie une femme russe, choquant par la même occasion toute une plage d’Antibes, en France. Et tout ça pour faire sortir son garçon de trois ou quatre ans de la mer. Mais comme il ne réagit toujours pas, elle continue à le gronder avant de violemment l’attraper par le bras et le tirer hors de l’eau. C’est alors au tour du petit d’hurler en pleurs.

La plage était bondée mais les autres vacanciers, majoritairement français, ont d’une manière ou d’une autre réussi à ne pas lever la voix sur leurs progénitures. Je n’ai pas été choquée par la scène, mais quelque peu embarrassée car je sais que ce genre d’accès de colère fait malheureusement partie intégrante de la manière d’éduquer en Russie.

Ce n’est apparemment pas le cas en France. J’ai récemment lu un livre intitulé Élever bébé (Bringing Up Bebe) et écrit par Pamela Druckerman, une journaliste américaine qui vit à Paris depuis plusieurs années avec son mari et ses enfants. Mère de trois bambins, elle a remarqué des différences frappantes dans la manière dont les parents des classes moyennes française et américaine traitaient leurs enfants dès la naissance. Elle constate également que les enfants de l’Hexagone sont plus disciplinés, obéissants, et même étonnement plus autonomes que leurs leurs petits pairs de l’autre côté de l’Atlantique.

« Après avoir accouché en France, j’ai remarqué que les enfants français faisaient leurs nuits dès l’âge de deux mois, jouaient calmement pendant que leurs mères discutaient, et ne piquaient pas de colères. La vie de famille en France est généralement plus calme qu’aux États-Unis. Les mères françaises ne paraissent pas toujours fatiguées, inquiètes, et toujours sur le qui-vive, contrairement aux mères américaines au comportement explosif dont je fais partie », avoue Druckerman dans une récente interview à Marie Claire USA.

Elle constate également que la plupart des mamans françaises n’ont pas abandonné leurs vies sociales après l’accouchement et que beaucoup d’entre elles préfèrent nourrir leurs enfants avec des « aliments pour adultes » et du lait maternisé le plus vite possible après le début de l’allaitement. Et la majorité n’a pas modifié son emploi du temps pour s’adapter aux besoins du bébé, suivant l’approche sans complexe selon laquelle « la nuit appartient aux adultes ». De plus, une fois que les enfants sont plus grands, elles ne les surprotègent pas et ne les « couvent » jamais trop. Et s’ils se comportent mal, elles emploient toujours le très autoritaire et non-négociable : « C’est moi qui décide ». Jamais rien de plus violent.

Le livre a notamment fait partie de la liste des best-sellers du New York Times et a atterri, il y a plusieurs mois, en première ligne du débat parental suite à la couverture controversée du Time Magazine montrant une belle jeune mère allaitant son fils qui avait l’air d’avoir au moins cinq ans. La couverture de ce numéro donnait la parole aux adeptes et opposants de l’« attachment parenting », philosophie assez répandue à l’heure actuelle aux États-Unis. Lancée par Bill et Martha Sears, docteurs renommés et auteurs du bestseller de 1992 Baby Book, elle encourage les contacts fréquents et très intimes entre la mère et l’enfant.

En repensant à l’incident de la plage française, je me suis demandé quel type d’éducation prévalait aujourd’hui en Russie. Je pense que ma génération est le produit d’une culture de l’éducation soviétique, c’est-à-dire dogmatique et la plupart du temps stricte, voire sévère. Les enfants étaient ainsi obligés de finir leur assiette, recevaient régulièrement des punitions, verbales ou physiques, et devaient bien ranger leurs affaires. « Ton opinion arrive en dernier ! » était une phrase fréquemment prononcée par mes parents à la maison, mais aussi dans d’autres familles comme le montrent mes recherches.

J’ai l’impression qu’une bonne partie des jeunes mères russes, en particulier celles qui n’ont pas été exposées aux influences occidentales, partagent cette approche de l’éducation, tout en y ajoutant la surprotection et des sacrifices excessifs. Il me semble également que beaucoup d’entre elles affichent un comportement névrotique et contradictoire, gâtant et maltraitant à la fois leurs enfants. Je constate souvent des accès de colère incontrôlés chez les mères et les enfants russes, similaires à ce que l’auteur de l’ouvrage Élever Bébé observe aux États-Unis.

Être parent constitue un défi à tous les égards et je ne suis évidemment pas en position de juger. Il arrive souvent que ceux d’entre nous qui ont été traumatisés lorsqu’ils étaient petits s’efforcent d’« effacer l’histoire » en essayant de faire le contraire de leurs parents et de donner ce qu’ils n’ont pas eu dans leur enfance, allant parfois jusqu’à exagérer.

Je pense cependant qu’il faut trouver un juste milieu : éviter les extrêmes, faire confiance en son instinct, respecter les besoins de chaque enfant sans ignorer les siens et éviter les pensées dogmatiques.

Rien de bien neuf dans tout ça. En 1946, le Docteur Benjamin Spock écrivait déjà dans son livre à succès Comment soigner et éduquer son enfant un passage qui pourrait également servir de slogan pour les parents du 21ème siècle : « Ayez confiance en vous. Vous en savez bien plus que vous ne croyez ». 

Article original sur le site de The Moscow News. 

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.