Les hussards débarquent sur la Place Rouge

Colback à plumet rouge, dolman bleu de ciel à brandebourgs, charivari brun et bottes. C’est la copie conforme de l’uniforme des troupes napoléoniennes lors de la campagne de Russie. Source : Service de presse

Colback à plumet rouge, dolman bleu de ciel à brandebourgs, charivari brun et bottes. C’est la copie conforme de l’uniforme des troupes napoléoniennes lors de la campagne de Russie. Source : Service de presse

Mission spéciale pour la France au Festival de musique militaire Spasskaïa Bachnia 2012.

Dès votre arrivée, la ville de Metz vous enrobe des effluves odorants de tilleuls en fleurs. Début juillet, c’est comme si la ville avait été aspergée d’un parfum enchanté. Mais ne vous fiez pas à cette première impression doucereuse. En poursuivant la visite dans les rues du centre historique, entouré de fortifications, avec son architecture austère où dominent les bâtiments stricts d’état-major et anciennes casernes, tout dévoile le passé militaire de cette ville de garnison.

À la gare, je suis accueilli par le sergent Audrey Denis, membre depuis 10 ans du « principal orchestre militaire de l’Armée de terre française », comme elle le désigne elle-même. Lorsque je m’intéresse à l’instrument dont elle joue, elle me sourit d’un air malicieux : « Essayez de deviner ». N’y parvenant pas, elle m’éclaire : « Du basson. Mais, lors des concerts en plein air, je me mets au tambour basse ».

Cet orchestre est placé sous la direction du chef de musique militaire principal, le sous-lieutenant Francis Varoteaux, saxophoniste reconnu et auteur de plusieurs marches militaires. Avant l’interview, il insiste pour me montrer l’uniforme que portera l’orchestre lors du concert prévu sur la place Rouge pour le Festival russe de musique militaire Spasskaïa Bachnia. Un fier hussard, marquant ostensiblement le pas, pénètre dans le bureau : colback à plumet rouge, dolman bleu de ciel à brandebourgs, charivari brun et bottes. « C’est la copie conforme de l’uniforme des troupes napoléoniennes lors de la campagne de Russie ».

Le hussard porte son cor à la bouche. « Ceci est un « cessez-le-feu », commente le lieutenant-colonel. « Et voici l’air qui accompagne depuis plus de 200 ans la levée du drapeau national ». En effet, les sons émis forcent au « garde-à-vous ».

Après cette démonstration, un autre musicien le relaie, cette fois, en uniforme actuel de l’armée française, celui que portera la grande partie de l’orchestre lors de son passage à Moscou.

Les 40 musiciens de Monsieur Varoteaux seront rejoints par 25 musiciens de l’École d’artillerie de la ville de Draguignan et par des musiciens du 2ème régiment de hussards. Selon l’adjudant-chef Mouchot, ces hommes sont des soldats avant d’être des musiciens. Ils se sont battus au Tchad, en Nouvelle-Calédonie, au Kosovo. « Bien sûr, on nous épargne les points les plus chauds. On ne nous envoie pas en Afghanistan, tout de même. On nous préserve », avoue-t-il.

Le 1er septembre, à Moscou, ces musiciens seront investis d’une véritable mission : accompagner leur compatriote Mireille Matthieu, qui ouvre chaque année le festival. Puis, ils joueront leur propre programme. « Notre orchestre messin fera découvrir l’originalité de sa musique militaire et interprètera également un peu de variété », explique Francis Varoteaux. De leur côté, les hussards concoctent une surprise au public moscovite en s’entraînant à jouer les marches du temps de la campagne napoléonienne de Russie».

« L’orchestre fera son entrée sur la place Rouge sur l’air de La Marche lorraine, que chez nous, tout le monde connaît depuis le berceau. Le concert promet d’être spectaculaire », assure le lieutenant-colonel Varoteaux.

- Mais êtes-vous au courant que pour la finale, l’idée des organisateurs est que vous interprétiez cette vieille chanson militaire française du temps d’Henri IV ?

- Non. Quelle chanson ? - s’étonne monsieur Varoteaux.

Je compose alors le numéro du lieutenant général Valeri Khalilov qui a sous son autorité tous les orchestres militaires russes, et qui est justement à l’origine de cette idée. « Si je lui chantonne l’air au téléphone, il comprendra tout de suite », me répond-il. Je tends l’appareil à M.Varoteaux, son visage se détend et il entame la rengaine à l’unisson avec son interlocuteur.

À mon avis, c’est justement ces moments qui font le sel de tels rassemblements. Cet instant de communion contribuera, sans aucun doute, à créer une ambiance spécifique au festival moscovite de musique militaire Spasskaïa Bachnia.

Trouvez le texte original sur le site de Rossiyskaya Gazeta.

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