« L’OTAN considère la Russie comme un partenaire, pas comme une menace »

Le secrétaire général adjoint pour les investissements de défense de l’OTAN Patrick Auroy : « L’OTAN considère la Russie comme un partenaire, pas comme une menace ». Crédit photo : NATO / Press Photo

Le secrétaire général adjoint pour les investissements de défense de l’OTAN Patrick Auroy : « L’OTAN considère la Russie comme un partenaire, pas comme une menace ». Crédit photo : NATO / Press Photo

Le secrétaire général adjoint pour les investissements de défense de l’OTAN Patrick Auroy nous a parlé, lors d’une visite en Russie le 5 juillet 2012, des domaines de collaboration les plus prometteurs avec Moscou.

Quel est l’objectif de votre visite à Moscou ?

J’ai été invité à Moscou par le vice-premier ministre Dmitri Rogozine. Nous avons tous les deux assisté au Forum international des technologies de l’industrie mécanique 2012 à Joukovski. Et en tant que chef de file de la délégation de l’OTAN, j’ai participé à une table ronde consacrée à la collaboration militaire et technique entre la Russie et l’Alliance transatlantique.

Qu’avez-vous pensé du potentiel militaire de la Russie ? Les progrès de ces dernières années sont-ils perceptibles ?

Je peux difficilement juger car je ne suis ici que depuis quelques jours, mais je peux tout de même faire part de mon sentiment à ce sujet. Actuellement, les pays membres de l’OTAN restructurent et consolident leurs capacités d’armement en devant tenir compte des réductions budgétaires. Le programme russe de modernisation militaire et technique est très important et ambitieux, ce qui nécessite de gros investissements dans le domaine d’industrie militaire. Il sera très difficile à réaliser à cause de la situation de crise, c’est pourquoi il est trop tôt pour tirer des conclusions. Il semble néanmoins que ces réformes prennent la bonne direction car elles consolident les capacités d’armement et mettent l’accent sur l’aéronautique stratégique.


L’OTAN souhaite que chacun de ses membres accorde 2% de son PIB à l’armement. Les États-Unis dépensent deux fois plus, alors que les membres européens de l’Alliance s’approchent difficilement de ce chiffre. Ce déséquilibre peut-il être surmonté ?

Ce déséquilibre est la conséquence de décisions prises au niveau national. Il est difficile de prévoir la façon dont la situation évoluera, surtout avec l’imprévisibilité de la crise économique qui nous empêche de savoir à quoi ressembleront les budgets militaires de chaque État. Nous continuons toutefois à chercher des moyens d’augmenter les dépenses sur le long terme, mais pour cela nous avons besoin de temps.

Dans quels domaines les pays de l’OTAN doivent-ils investir sans tenir compte des coupes budgétaires : défense antimissile, cyber-armes, etc. ?

Tout d’abord, les membres de l’OTAN doivent utiliser leurs budgets militaires pour lutter contre les menaces d’insécurité que nous n’avons pas encore éradiquées. Et elles sont différentes selon les États. C’est pourquoi l’Alliance évalue en permanence les menaces auxquelles nous devrons faire face dans un avenir immédiat. Il est évident qu’à l’heure actuelle, la défense antimissile et les cyber-armes font partie des domaines prioritaires.

Certains membres de l’Alliance sont préoccupés par le transfert de technologies à la Russie. Qu’en pensez-vous ?

On ne parle pas ici de transfert de technologies de l’OTAN vers la Russie, mais d’une collaboration bilatérale avec la Fédération de Russie à laquelle participent les États de l’Alliance. Cela se passe dans le respect des législations internationales. Et contrairement à l’Union européenne par exemple, où le transfert de technologies est régulé par des lois communes, l’OTAN ne peut pas influencer les décisions souveraines de ses membres. De plus, tant que la Russie et l’Alliance transatlantique ne représentent pas une menace l’une pour l’autre et agissent en tant que partenaires, l’échange de technologies ne pose aucun problème.

Le développement par la Russie de nouvelles technologies en matière de missiles balistiques inquiète-t-il au sein de l’OTAN ?

L’OTAN considère la Russie comme un partenaire, pas comme une menace. C’est pourquoi l’Alliance ne s’inquiète pas du développement par la Russie de technologies balistiques. C’est une partie importante de la stratégie nationale de défense. La menace vient de pays où ces technologies sont développées parallèlement à des programmes nucléaires. L’acquisition de missiles et de technologies nucléaires en dehors de la zone de l’OTAN est un problème commun et une preuve importante de la nécessité pour la Russie et l’Alliance de coopérer.

Comment voyez-vous les forces de l’OTAN dans un avenir proche et quel rôle jouera la coopération entre la Russie et l’Alliance ?

Il faut avant tout mener une évaluation conjointe des menaces à la sécurité et des moyens de les contrer. Notre collaboration en Afghanistan est très positive. Nous la poursuivrons jusqu’en 2014, date à laquelle la FIAS (Force internationale d’assistance et de sécurité) retirera complètement ses troupes. Il existe aussi des exemples de coopération dans le domaine maritime. Des navires des forces navales de l’OTAN se sont récemment rendus à Saint-Pétersbourg, par exemple. Le Conseil OTAN-Russie mène en permanence des consultations politiques, et la collaboration militaire et technique semble prometteuse. L’OTAN souhaite développer les bons domaines au bon moment, et beaucoup de projets peuvent être réalisés ensemble, renforçant ainsi notre confiance mutuelle.

Biographie


en 1955, la France

DIPLÔMÉ de l’école Polytechnique (1975), de l'ENSAE (1980) et de l’EPNER (1981).

Il commence sa carrière comme ingénieur navigant d’essais hélicoptères, responsable d’essais de certification au centre d’essais en vol (CEV) de la DGA à Brétigny.

En septembre 1999 il devient architecte du système de forces « maîtrise du milieu aérospatial » au siège de la DGA à Paris. De 1999 à 2003 il est membre représentant français du Missile Defence Project Group de la Conférence des Directeurs Nationaux d’Armement de l’OTAN.

En 2002 il est nommé directeur adjoint du service d’architecture des systèmes de forces. Il est profondément impliqué dans la réforme de la DGA, et il en devient le 9 octobre 2009 le directeur général adjoint. À ce titre il seconde ou supplée le délégué général dans ses responsabilités de directeur national d’armement ; il participe à la conférence des directeurs nationaux d’armement de l’OTAN et au comité directeur de l’Agence Européenne de Défense.

Il est commandeur de l’Ordre National du Mérite, officier de la Légion d’Honneur et titulaire de la médaille de l’Aéronautique.

L’article original est disponible sur Kommersant

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