Fini le folklore

Crédit photo : EnsAD/Dominique MAITRE

Crédit photo : EnsAD/Dominique MAITRE

Alors que le magazine Elle consacrait, il y a deux semaines, un article aux créateurs et fashionistas qui changent la mode en Russie, deux créatrices russes ont fait l'apparition sur la scène de mode (ou plutôt la cour d'école) parisienne.

Fraîchement diplômées du prestigieux département Design vêtement de l'École nationale supérieure des Arts Décoratifs, Anna Belyavina-Normand et Kristina Gousseva ont présenté le jeudi 5 juillet, avec leurs six camarades de promotion, leurs collections de fin d'études.

Ce soir-là, à la tombée du jour dans le jardin de l'Observatoire à Paris, la pluie n'avait découragé ni les créateurs ni le public venu assister à un événement inédit : pour cette édition 2012, chaque créateur avait travaillé en binôme avec un parfumeur de l'IFF (International Flavors and Fragrances) pour illustrer une même idée en arômes et images. Présentées en simultané sur 8 plateformes aux décors futuristes montées ci et là dans le jardin, les créations de la promotion 2012 signaient un parcours autant visuel qu'olfactif (« et tactile, avec la pluie », ajoutait un badaud de passage).

Oneiros, parfum de Jean-Christophe Héraut, accompagnait ainsi la collection « Metamorphosis » d'Anna Belyavina, des vêtements en cours de transformation, de mutation presque, que la créatrice à saisis sur le vif au détour d'un mouvement. Parfum et vêtements se répondent dans ce moment indéfinissable qu'est l'heure bleue : ce moment de basculement entre le jour et le soir où la lumière bleutée adoucit les formes et l'air semble transparent. Dans Oneiros, un passage imperceptible s'opère entre la fraîcheur de la bergamote, la volupté d'une rose et la luxure de patchouli et d'opoponax. Dans les créations d'Anna Belyavina-Normand, des glissements se font entre formes, volumes, couleurs, genres. Est-ce un pli ? un volant ? une manche ? Est-ce une robe, un pantalon, une cape ? On ressent l'attirance de la créatrice pour les costumes de théâtre, mais aussi sa passion de l'aquarelle: loin d'être le seul effet de la pluie, les couleurs sont comme diffuses dans l'eau.

Kristina Gousseva intitule sa collection « Flowing » - « une collection où le hasard est invité et valorisé » et où chaque vêtement aux coupes impeccables comporte une surprise: une ceinture portée à même la peau à l'intérieur d'un dos-nu vertigineux, une incrustation de silicone qui fait tache dans une matière luxueuse, un col qui s'entrouvre comme par hasard… Des idées faussement fluides qu'un accident élève à l'état de grâce lorsque se découvre un centimètre de peau inattendu. Le parfum éponyme de Domitille Berthier flotte autour de l'installation en pans courbés en polymère et reprend l'idée de l'accident: un sage halo de poudre de riz se fait liquide jusqu'au vinyle, puis fait un volte-face et aboutit sur un sillage opulent de cuir. 

Dans les deux collections, on ressent davantage la patte de l'école française plutôt qu'une inspiration véritablement russe, sans que cela puisse constituer un reproche tant les créations semblent assumées. Oserait-on parler de la rentrée des créateurs russes dans le circuit international où il n'existe qu'une seule patrie : la mode?

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