La crise ne touchera pas la Russie

Crédit photo : Getty Images / Fotobank

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Sortie de la Grèce de la zone euro, crise européenne puis mondiale, chute des prix du pétrole et des métaux, dévaluation du rouble, crise industrielle et sociale, chômage... La plupart des économistes restent pourtant optimistes : la crise ne touchera pas la Russie ; pas de plein fouet, pas tout de suite.

« Dans le pire des cas, nous nous retrouveront tous dans le même pétrin, mais en bonne compagnie. Car le pire des scénarios, c’est une récession mondiale », confirme le directeur de l’Institut des problèmes de la mondialisation Mikhaïl Deliaguine. Pour Deliaguine, dans le jargon que tous les Russes maîtrisent, depuis un certain temps, le « pétrin », c’est le baril à 50 dollars . Il est l’un des seuls spécialistes prêt à envisager les modalités d’une éventuelle catastrophe. Car les économistes, contrairement aux militaires, ne basent pas leurs calculs sur des situations extrêmes comme la guerre, mais sur des variations plus ou moins positives des prévisions les plus probables. Selon cette logique, tous, y compris Deliaguine, sont d’accord sur le côté peu vraisemblable d’une véritable crise mondiale et assurent que la crise européenne aura un dénouement plutôt calme. 

« Le prix du pétrole va se stabiliser à 115 dollars le baril, la croissance économique à 3,9% annuels, prédit l’analyste en chef du Centre d’études macroéconomiques et de prévisions à court terme, Dmitri Belooussov. C’est une petite « baisse de régime » économique qui n’a rien d’effrayant. Dans le cas, bien sûr, où un accord avec la Grèce est trouvé, où l’Espagne s’en tire sans grand dommage, où la Chine résout assez rapidement ses problèmes, et où notre gouvernement reste vigilant et continue de stimuler la demande intérieure.

L’exportation du pétrole et ses produits constitue 62% de l’économie russe et, avec le gaz, représente 47,3% du revenu budgétaire de l’État. Le principal marché est l’Europe. « Le prix du gaz est indexé sur le  prix du pétrole, explique le directeur du Centre pour les études post-industrielles », Vladislav Inozemtsev. Pourtant, il serait faux de penser que si l’Europe est touchée par la crise, nous allons forcément suivre. « Même une baisse de 10% du PNB européen ne fera pas chuter le prix du pétrole de trois fois », assure Inozemtsev. Or, pour l’Union européenne, l’éclatement de la zone euro reviendra plus cher que sa sauvegarde. Par ailleurs, le résultat des dernières élections législatives en Grèce a contribué à calmer la situation.

Vladislav Inozemtsev prévoit plutôt un règlement du problème de la zone euro et appelle cette crise européenne « crise de gouvernance ». « La situation n’est pas si désespérée qu’elle en a l’air, considère-t-il. C’est surtout les commentaires des analystes financiers et des agences de notation qui engendrent cette atmosphère d’hystérie collective ». Car, curieusement, le ratio de la dette au PNB dans les pays en crise comme la Grèce ou l’Italie reste inférieur à celui des États-Unis, par exemple. Et personne n’en parle. Le problème essentiel réside dans les problèmes de gouvernance de la zone euro : manque de réactivité dans la prise de décisions et refus de prendre des risques. C’est à ce niveau que réside le réel problème. Par exemple, il y a une monnaie unique, un unique centre émetteur, mais pas de politique fiscale commune, aucun équivalent d’un ministère des finances en Union européenne. Et puis il y a eu beaucoup d’erreurs au niveau structurel. Lors de l’entrée dans l’UE, les pays avait droit à un abattement de dettes : les 10% de l’Italie en 1990 sont descendus à 3% en 2000, elle ne cessait de s’endetter. L’UE est responsable de ne pas avoir puni la Grèce et l’Italie alors qu’elles transgressaient à plusieurs reprises les critères de Maastricht. Ça aurait pu changer beaucoup de choses. Aujourd’hui, il y a deux voies possibles : soit ils arrivent à tirer une leçon de cette situation, soit ils n’y arrivent pas. Et dans ce cas, il ne faut s’attendre à rien de bon.

En prenant cette prévision réaliste, rien de bien tragique non plus en ce qui concerne le pétrole. Pour les pays de l’OPEC, la limite est de 80 dollars le baril. « Il peut chuter jusqu’à 72-75 dollars, puis se mettront en marche les mécanismes de régulation », rassure Dmitri Belooussov, analyste en chef du Centre d’analyse macroéconomique et de prévision à court terme.

Pour Evguéni Pogrebniak, directeur exécutif du département de l’analyse statégique de Vnechekonombank, « à la base, il y a les problèmes financiers de la zone euro. Il peuvent, bien sûr, réduire leur consommation d’énergie. D’un autre côté, il y a la Chine et les autres pays en voie de développement qui ont un grand besoin en énergie. Le prix du pétrole va dépendre de l’équilibre de ces deux bords. À court terme, dans les 3 à 6 prochains mois, il est peu probable que les prix du baril changent de manière significative ».

Ainsi, la catastrophe ne semble pas nous menacer directement. Toutefois, l’élaboration d’une stratégie efficace doit rester à l’ordre du jour : diversifier les marchés, investir dans la modernisation du secteur industriel, stimuler la demande intérieure et développer le système financier national : toutes ces mesures restent indispensables.

Article original sur le site de Rousski Reporter

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