La mission spatiale franco-russe PVH fête ses trente ans au Musée de l’air et de l’espace du Bourget

Crédits photo : Maria Tchobanov

Crédits photo : Maria Tchobanov

Fin juin, une soirée a été organisée au Musée de l’air et de l’espace pour rendre hommage à Jean-Loup Chrétien, premier Français à voyager dans l’espace.

Il y a trente ans, le 25 juin 1982, le pilote d’essai français Jean-Loup Chrétien, après avoir suivi un entraînement intensif de deux ans à la Cité des Étoiles, près de Moscou, est monté à bord du vaisseau spatial Soyouz T-6 pour un voyage dans l’espace de 189 heures.

Jean-Loup Chrétien, premier Français a avoir été lancé dans l’espace, est loin de regretter que le Centre national d’études spatiales (CNES) l’ait choisi pour prendre part à la mission PVH (Premier vol habité). De ces deux années passées avec son double Patrick Aubry dans le centre d’entraînement de la banlieue de Moscou, il se souvient, avec humour et reconnaissance, de ses camarades russes.

« On a même testé un moyen de communication. Patrick a dit un jour, pour voir si ça marche : « Le petit-déjeuner est dégueulasse, on devrait avoir au moins du caviar au petit déjeuner ». Et pendant une semaine, on nous a servi des portions de caviar », raconte Jean-Loup Chrétien.

De la Cité des Etoiles, il se rappelle qu’il y avait peu de soleil et beaucoup de neige. De Baïkonour, où l’équipage est resté les 15 jours précédant le décollage de la station, il se rappelle du poisson pêché par les médecins de bord et séché sur le toit de la station.

Sans oublier, bien sûr, ces sensations uniques lorsqu’il monta à bord du vaisseau, le décollage, la mise en orbite. « À un moment, j’ai cru qu’on retombait vers la Terre, mais comme mes camarades russes n’avaient pas l’air de s’inquiéter, je me suis calmé ».

« Au centre d’essai, je m’endormais souvent pendant l’entraînement dans le simulateur de vol. Une fois dans l’espace, alors que j’ai décidé de piquer un somme entre la première et la deuxième mise en orbite, Alexandre Ivantchenko m’a secoué : nous ne sommes plus en simulation ! »,  se rappelle Jean-Loup en riant.

L’un de ses souvenirs les plus marquants reste un rêve étrange durant son second vol dans l’espace : le médecin de l’équipage Valéri Poliakov volant vers lui en battant des oreilles comme des ailes à travers le couloir de la station spatiale Mir.


De gauche à droite : Alexis Krasnov, directeur des vols habités à l'agence Roscosmos ; Jean-François Clervoy, astronaute et directeur de Novespace ; Claudie Haigneré, spationaute, ancienne ministre, présidente d'Universcience ; Alexis Ivantchenkov, cosmonaute ; Vladimir Titov, cosmonaute ; Jean-Loup Chrétien ; Catherine Maunoury, directrice du musée de l'Air et de l'Espace de Paris-Le Bourget ; Jean-Pierre Haigneré, astronaute ; Michel Tognini, astronaute. Crédits photo : Maria Tchobanov

Pour Patrick Baudry, son début de carrière de spationaute en URSS est l’une des périodes de sa vie les plus intéressantes. « Sur place, nous avons réalisé deux choses essentielles : les Russes ont un cœur gros comme ça, ils nous ont accueilli comme des membres de leur famille et, surtout, ils ont un sacré sens de l’humour ! », raconte le cosmonaute.

Il ajoute à regret : « D’abord, on était cosmonaute, puis astronaute. Maintenant, les Français disent spationaute. Moi, je n’utilise jamais ce terme, car c’est comme la poule : à première vue, c’est un oiseau mais elle est incapable de voler de ses propres ailes. 50 ans après Gagarine dans l’espace, l’Europe et la France ne sont toujours pas capables d’envoyer leurs hommes dans l’espace ouvert. Nous allons finir taïkonautes ! C’est peut-être le destin de la France de rester des « quelque chose-nautes ». L’Europe mérite un programme à elle et il faut secouer l’administration et les politiques pour leur rappeler qu’il y a d’autres horizons que les échéances électorales ».

Le cosmonaute russe Alexandre Ivantchenko, le camarade de Jean-Loup qui a partagé sa première aventure spatiale, est venu à Paris célébrer le jubilé de son collègue français. Il se souvient que, même si le vol n’a duré que 8 jours et le programme était très chargé, de nombreuses expériences scientifiques ont été mises en place par l’équipage qui travaillait nuit et jour. Et pourtant, ce travail d’équipe, il en garde un souvenir merveilleux.

« Dès l’arrivée des Français à la Cité des Étoiles, tous les regards féminins se sont tournés vers eux, comme aimantés », plaisante Vladimir Titov, un autre membre russe de l’équipage. Il a reçu, en 1988, Jean-Loup Chrétien à bord de la Station Mir. « Après Jean-Loup Chrétien, il y a eu une belle pléiade de cosmonautes français. Chacun a fait preuve de talent et de professionnalisme : ils apprenaient à notre contact et nous au leur », ajoute-t-il, sérieux.

Pour clôturer cette soirée, un discours a été prononcé en l’hommage de l’équipage franco-russe de la Station Mir en souhaitant au CNES, à l’Agence spatiale européenne et aux autres participants de continuer « cette collaboration prolifique au nom de la planète Terre ».

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