Los Cabos modifie le rapport de force de l'économie mondiale

Le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Barack Obama lors du sommet du G20 à Los Cabos, au Mexique. Crédit photo : AP

Le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Barack Obama lors du sommet du G20 à Los Cabos, au Mexique. Crédit photo : AP

La prochaine rencontre du G20 se tiendra en 2013 dans la seconde capitale de Russie, Saint-Pétersbourg. C'est ce qui a été annoncé par le président russe Vladimir Poutine lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet des dirigeants des vingt pays les plus développés du monde à Los Cabos, au Mexique. Pour Poutine, qui était absent lors du sommet du G8 de mai et qui ne se lasse pas de souligner que le G20 est la principale plateforme internationale pour les négociations informelles, la rencontre de Saint-Pétersbourg pourrait constituer une nouvelle étape du renforcement du rôle de la Russie dans l'économie mondiale. Et pas seulement en raison de sa croissance économique.

Lors d'une conférence de presse, M. Poutine a souligné que lors de la préparation du prochain sommet, il comptait se concentrer sur les problèmes que le G20 est sensé résoudre : réforme du système monétaire et financier international, renforcement des institutions financières internationales, principalement du FMI, et réformes dans la sphère de la régulation des marchés financiers.

Le président russe a précisé son approche des questions clés de l'économie mondiale. Par exemple, il a noté « la nécessité de modifier les conditions de fonctionnement du système financier international » et s'est, à cet égard, montré très critique concernant les problèmes liés à la dette : « Il est scandaleux que, dans la zone euro, la dette publique soit en moyenne supérieure à 80% du PIB, et qu'aux États-Unis elle atteigne104% ». Selon le président russe, il est en outre nécessaire de réduire le déficit budgétaire des principales puissances mondiales. « Si dans la zone euro ce paramètre est à peu près stable, dans certains autres pays, y compris aux États-Unis, il est de plus de 9% », a déclaré M. Poutine.

Le chef de l'État russe a exprimé une profonde préoccupation quant à l'avenir de l'euro et du dollar. Étant donné que les principales réserves de change de la Russie sont libellées dans ces monnaies, ainsi que dans des obligations gouvernementales des pays développés, « nous souhaiterions savoir ce qu'il adviendra du dollar après les élections présidentielles aux États-Unis en novembre de cette année, comment les États-Unis résoudront les problèmes auxquels ils sont confrontés, et les défis auxquels nous sommes confrontés, la dette de l'Etat étant tout de même de 15 000 milliards de dollars : qu'arrivera-t-il à la principale monnaie de réserve mondiale, à quoi devons-nous nous préparer ? »

En réalité, ce que Poutine a rappelé est que la fin du monde n'est pas associée au calendrier maya, mais à la monstrueuse dette publique américaine, qui continue d'augmenter et, à en juger par ses allusions, ne nécessite plus des décisions économiques mais politiques de la part des États-Unis. Ce qui signifie que le président russe n'a pas l'intention d'observer passivement la façon dont les réserves financières de la Russie sont utilisées par un État qui entretient de nombreux désaccords avec Moscou.

Comme le montre le mini-sommet des BRICS tenu durant le G20, cette position est entièrement partagée par les dirigeants des économies émergentes, en particulier par la Chine, même s'ils ne le clament pas haut et fort. En fin de compte, ces pays sont devenus les principaux bailleurs de fonds des pays développés.

Pendant ce temps, les divergences s'accumulent dans le domaine politique entre les États du « milliard d'or » et les pays dits « en développement ». Le Syrie en est l'un des exemples les plus frappants. La position de base de Moscou est que le sort du président syrien Bachar al-Assad doit être décidé non pas par les États les plus puissants, mais par les Syriens eux-mêmes.

Lors d'une conférence de presse, M. Poutine a déclaré : « Nous savons qu'une partie du peuple syrien, qui est représentée par l'opposition armée, aimerait voir le président Assad partir. Mais, d'abord, ce n'est pas l'ensemble du peuple syrien. Et deuxièmement, et c'est la principale idée que je veux exprimer, il est important qu'il n'y avait pas seulement un changement de régime, mais de parvenir à une situation telle qu'après le changement de pouvoir, si cela arrive (et cela doit se faire uniquement par des moyens constitutionnels), la paix arrive dans ce pays et que l'effusion de sang cesse ».

Selon la déclaration conjointe émise à l'issue de la rencontre entre Vladimir Poutine et Barack Obama à Los Cabos, les deux dirigeants soutiennent le plan de l'envoyé spécial de l'ONU Kofi Annan, « y compris le mouvement en direction d'une transition politique vers un système politique démocratique et pluraliste, qui serait réalisé par les Syriens eux-mêmes ». Pas un mot concernant la démission de M. Assad.

Toutefois, la déclaration  de M. Obama lors de la conférence de presse finale contient des nuances quelque peu différentes : « Je ne vois aucune possibilité de changer la situation si Assad reste au pouvoir », a souligné le président américain, ajoutant que les États-Unis continueront d'insister sur le fait que le président syrien a perdu sa légitimité et doit partir.

Le problème, cependant, est que la position de la Russie est pleinement partagée par Pékin. Barack Obama a rencontré à Los Cabos le président chinois Hu Jintao, qui insiste également sur ​​la résolution du problème syrien par des moyens non violents et politiques. En outre, il est évident que Vladimir Poutine et Hu Jintao se sont rendu à la rencontre avec le leader américain après avoir obtenu l'approbation des autres dirigeants des BRICS. Leur mini-sommet a d'ailleurs inauguré le vaste programme de Los Cabos.

« La situation en Syrie se complique sans cesse, le bras de fer entre le régime Assad et l'opposition perdure. Dans le même temps, il existe une différence dans les positions de la Russie et de la Chine d'une part, et des États-Unis de l'autre, estime le juriste et professeur de l'École supérieure d'économie Leonid Sioukiaïnen. Cependant, il existe un désir de rapprocher les positions et de trouver une solution commune au problème. Les négociations se poursuivent, mais il est difficile de dire quelle en sera l'issue. Nous espérons qu'elle ne sera pas associée à l'utilisation de la force militaire et à une intervention en Syrie ».

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