Vladimir Poutine et sa remuante « filleule »

Image de Viktor Bogorad

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Dans un récent article publié par Russia Beyond the Headlines (le projet dont La Russie d'Aujourd'hui fait partie), le commentateur politique Dmitri Babitch écrivait : « La classe moyenne tant vantée... qui était derrière les protestations n'a jamais menacé Poutine de grèves. La raison était simple : la ville pouvait vivre tranquillement sans se soucier des grévistes ».


Mais cette fois, le journaliste s'est trompé. Le week-end passé, la Russie a été confrontée à la menace d'une grève organisée par certaines de ses célébrités les plus populaires.


Ksenia Sobtchak - célébrité mondaine, animatrice de télévision et figure de la contestation depuis décembre 2011 - devait initialement présenter la cérémonie des prix musicaux de la chaîne Muz-TV le 1er juin, comme au cours des quatre dernières années. Mais Sobtchak a appris à la dernière minute qu'elle avait été écartée du programme. Sobtchak n'a pas pris part à la cérémonie de récompenses TEFI, l'équivalent russe des Emmy Award.


En réponse, Andreï Malakhov, co-présentateur du prix de Muz-TV aux côtés de Sobtchak et célèbre animateur de la première chaîne, a annoncé son boycott par solidarité. Olga Chelest, autre célébrité de la télévision, a refusé de remplacer Sobtchak.


Outre Malakhov et Sobtchak, deux autres piliers du showbiz russe ont été avancés pour présenter les prix Muz-TV : Maxime Galkine et Lera Kudryavtseva. On imagine aisément l'angoisse qu'ils doivent éprouver, tiraillés entre le désir de montrer leur solidarité avec leurs collègues et l'envie de présenter un événement grassement payé.


Un libéral anti-Poutine pourrait dire que « ce régime sanguinaire a une fois de plus montré sa nature bestiale et son goût pour la censure ».


Un gauchiste pourrait affirmer : « Vous avez personnellement fait de ces marginaux des personnalités télévisées de premier plan. C'est votre problème maintenant si ces « Frankenstein » n'obéissent plus à vos ordres ».


Cette crise nationale en gestation pourrait constituer un nouveau schéma ingénieux du Kremlin. Les noms de Sobtchak et Malakhov sont presque des jurons pour l'électorat conservateur du président Poutine. Après tout, Sobtchak a commencé sa carrière comme animatrice dans l'émission de téléréalité semi-érotique « Dom-2 » (« Maison-2 »), et Malakhov présente le programme de potins télévisés « Poust Govoryat » (« Qu'ils parlent »), qui bafoue sans vergogne les valeurs morales fondamentales. Plus ces personnalités de la télévision « trash » seront perçues comme des leaders du mouvement de protestation démocratique, pire ce mouvement semblera aux yeux des partisans conservateurs de base de Poutine.


Mais dans le même temps, il convient de rappeler que Ksenia Sobtchak est la fille d'Anatoly Sobtchak, pour qui M. Poutine a travaillé dans les années 1990, quand Sobtchak était maire de Saint-Pétersbourg.


Sobtchak a également été coauteur de la Constitution de 1993, membre de la première vague de démocratie postsoviétique et proche associé du président de l'époque, Boris Eltsine. Après son poste dans le bureau du maire de Saint-Pétersbourg, Poutine a été nommé directeur adjoint du cabinet présidentiel de Boris Eltsine en 1997. Jusqu'à présent, M. Poutine ressent un fort sentiment de loyauté envers son mentor, Sobtchak.


Poutine sait pertinemment que tout scandale impliquant Ksenia Sobtchak ne fera qu'augmenter sa popularité et le gain financier potentiel résultant de sa notoriété. Et au fond de son cœur, Poutine doit comprendre que plus les célébrités comme Sobtchak et Malakhov quittent la télévision en signe de protestation, plus il sera facile d'attirer des gens normaux, rendant en fin de compte inutile la création d'une télévision publique.


En effet, les intrigues de cet ex-agent du service de renseignement extérieur du KGB, réputé à l'époque pour être pro-occidental et libéral, ne connaissent pas de frontières.


Alexeï Pankin est éditeur et journaliste.

Article déjà publié dans The Moscow Times

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