Une ville intelligente à l'image de ses résidents

New Cities Summit à Paris. Crédit photo : Maria Tchobanov

New Cities Summit à Paris. Crédit photo : Maria Tchobanov

En 2014, la « Silicon Vallée » de la banlieue de Moscou accueillera le sommet du G8. Dès à présent, à Skolkovo, on commence la construction du réseau routier ainsi que du parc industriel et de l’université. L’ouverture du premier bâtiment, l’Hypercube, qui doit accueillir des bureaux, est planifiée pour septembre. Pourront alors s’y installer les premières entreprises.

La future ville de Skolkovo, « l’innoville » russe, qui commence à prendre forme dans les environs de Moscou, aspire à devenir un modèle ouvertpour le développement urbain, en appliquant les plus récentes solutions de pointe en matière d’efficacité énergétique et de planification urbaine.

La présentation de ce projet ambitieux a fait partie du premier New Cities Summit à Paris, qui a rassemblé les représentants de 60 pays pour débattre sur l’avenir des villes au XXIe siècle et trouver de meilleures solutions pour s’adapter à la transition de la population vers les villes, qui se produit à une échelle spectaculaire.

« Réfléchir à l’avenir, construire ensemble » fut choisi comme thème de ce premier sommet qui a réuni les représentants des gouvernements locaux, des grandes entreprises, des organismes de recherche et des industries de la création.

Jacob Bennett, directeur adjoint du fonds Skolkovo, considère comme l’un des garants de la réussite du parc industriel le principe « smart+connected communities ». Sur la base d’un puissant réseau d’information, tous les habitants pourront payer « à la fenêtre » sans s’éloigner de leur ordinateur grâce à l’aide des terminaux publics et du portable, et ce pour différents services : de la téléphonie à la médecine à distance, en passant par les services bancaires et l’enseignement, l’achat de biens, la commande d’une pizza ou d’un taxi.

Environ 60 à 70 services de différents secteurs peuvent être commandés par un système d’information unique de la future ville. « Pour les entreprises internationales qui veulent s’implanter ici et leurs employés, il est nécessaire de fournir un maximum de services sur le réseau : c’est une économie considérable en temps et en argent », précise Jacob Bennett.

Jacob Bennett, directeur adjoint du fonds Skolkovo. Crédit photo : Maria Tchobanov

En ce qui concerne les services publics, dans la « ville intelligente », l’interconnexion des réseaux régulera le fonctionnement des principaux systèmes de la ville, surveillera le mouvement des véhicules, contrôlera l’état des éléments constructifs des bâtiments et approvisionnera les salles de commande en information visuelle d’après les statistiques traitées. Ayant toutes les données sur les utilisateurs, leur manière de consommer, leurs habitudes et leurs intérêts, l’interface pourra indépendamment s’adapter à leurs préférences, changer et perfectionner le milieu urbain.

Ce système pour les « innovilles » est développé par le leader mondial des réseaux : Cisco. La société a l’intention d’installer à Skolkovo un centre de recherche et travaille actuellement sur ce concept de « ville intelligente ». « Il s’agit d’un système pilote qui pourrait ensuite être mis en œuvre dans d’autres villes de Russie. Mais notre réussite sera plus grande encore si on commence à nous copier ailleurs dans le monde. Nous utiliserons une technologie unique qui n’a encore jamais été utilisée », précise Jacob Bennett.

Seda Poumpianskaïa, vice-présidente du fond Skolkovo, explique que le partenariat avec New Cities Foundation aidera à développer une bonne philosophie de la ville pour créer un environnement spécifique, qui, en plus des solutions technologiques, est aussi un élément important du succès de la ville. « Nous sommes intéressés par l’expérience des maires et l’expérience politique de ces villes qui ont connu le succès, le sujet de l’investissement dans ces villes, les gens qui participent intellectuellement à la création des différentes composantes, les modèles, les idées des nouvelles villes » explique-t-elle.

Poumpianskaïa souligne que le défi auquel les créateurs du parc technologique devront faire face est de ne pas construire une ville idéale, mais une ville fonctionnelle. « Ce doit être une ville vivante, mais très confortable et utilisant au maximum les idées modernes et la technologie, les pensées et compréhensions philosophiques qui font une ville moderne ». C’est pourquoi, à son avis, le partenariat avec New Cities Foundation, le recours à l’expérience internationale, à l’esprit international, aux architectes internationaux et autres spécialistes est une part importante du projet.

La multiculturalité de cette ville du futur est aussi un défi pour ses créateurs. Personne n’a encore réellement réfléchi à ce problème en Russie. « Nous voulons que la moitié des habitants de notre ville – des chercheurs, des entrepreneurs, des étudiants, des spécialistes – soient des étrangers. Nous devons construire et harmoniser les conditions de vie pour que les gens des différents pays, de différentes langues et cultures, se sentent à l’aise et veuillent y travailler et vivre avec leurs familles : une tâche très difficile pour laquelle il reste beaucoup à accomplir », a reconnu la vice-présidente du fond Skolkovo.

L’architecte Jean Pistre, Président du Conseil Urbain pour Skolkovo, est très confiant quant à l’attractivité des innovations de la future ville. Selon lui, le projet regroupe un bon nombre d'ingrédients qui pourront garantir une réussite, car la manière dont il est conçu correspond à la façon moderne de voir les choses. L’architecte est convaincu que le grand enjeu des villes modernes c’est le respect de l’environnement. Il ne s’agit pas d’interdire aux gens d’utiliser leurs voitures, mais de leur donner la possibilité de faire autre chose. « Pour respecter l’environnement, il faut éviter de construire des centres d’affaires à 50 km des centres de logement et à 30 km des centres de commerce. Il faut créer les lieux de vie et de travail ou on trouve tous les services à proximité en étant à pied : cela crée une qualité de vie considérable », affirme l’architecte français.

Au milieu l'architecte Jean Pistre, Président du Conseil Urbain pour Skolkovo. Crédit photo : Maria Tchobanov

L’autre enjeu est de pouvoir intégrer toutes les contraintes modernes (la distribution des réseaux, le trafic automobile, la densité) tout en conservant tout ce qui fait la qualité de vie de l’ensemble : les places, les lieux de rencontres, les petits commerces.

Jean Pistre remarque que le projet Skolkovo a réuni un certain nombre de grandes stars de l’architecture mondiale, mais environ 70% des bâtiments de la ville seront construits par les architectes russes, selon les procédures qui permettront de faire émerger toute une jeune génération d’architectes, pour faire de Skolkovo une nouvelle école russe et des lieux de créativité à l’image de la créativité des chercheurs.

Selon Jean Pistre, pour qu’un quartier réussisse, il faut un thème, quelque chose de fédérateur. « À Skolkovo, sur un même lieu, sont réunis l’enseignement, la recherche et la création d’entreprises. Et cette idée, pourtant simple, n’a jamais été appliquée nulle part. Cela va créer une identité philosophique de ce quartier, qui va être aussi la raison de son succès », conclut l’architecte.

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