Deux patries dans un coeur

Ivan Bachkatov à son domicile de Pont-à-Celles, en Wallonie. Source : service de presse

Ivan Bachkatov à son domicile de Pont-à-Celles, en Wallonie. Source : service de presse

À 90 ans passés, Ivan Bachkatov se souvient des détails de la guerre avec une acuité époustouflante.
Ivan Bachkatov à son domicile de Pont-à-Celles, en Wallonie. Source : service de presse

Celà fait près de 70 ans qu’Ivan Bachkatov habite à Pont-à-Celles. Après toutes ces années passées dans ce village, il se sent davantage Belge et c’est pourtant en russe, sa langue natale, qu’il nous raconte son histoire.


En juin 1941, le jeune lieutenant Ivan Bachkatov fait son service à la frontière entre l’URSS et la Pologne. Les troupes soviétiques reculent devant l’offensive allemande. Dès les premières semaines de combats, le régiment de Bachkatov, manquant de munitions et de renforts, se retrouve encerclé. Blessé, il atterrit dans un camp de concentration en Pologne. Puis il est transféré en 1943 à Charleroi pour travailler dans les mines de charbon.


« Les Belges nous aidaient pour la nourriture, certains prisonniers fabriquaient des objets d’artisanat qu’ils échangeaient contre du pain. Moi, je ciselais des bagues dans des pièces de monnaie, d’autres fabriquaient des petits oiseaux. Cela permettait de tenir. Je me suis senti mieux et j’ai tout de suite pensé à m’évader », se souvient Bachkatov.


Pourtant, il était bien loin de sa terre natale de la région d’Orlov : ici, il ne connaissait ni la contrée, ni la langue. « Un ingénieur belge qui était au courant des intentions des prisonniers essayait de les dissuader à cause du danger. Mais, je n’avais qu’une idée en tête : m’évader et me battre contre les Allemands ! », raconte l’ancien maquisard.


Le savoir-faire artisanal a été pour beaucoup dans le plan d’évasion réalisé le 10 septembre 1943. L’un des détenus détourne l’attention des gardiens et permet à quatre autres de faire le mur.


« Les Allemands ont tout de suite tiré mais nous avons eu le temps de nous protéger derrière les murs d’une maison », explique Ivan. « Ils ont essayé de nous trouver et ont continué la fusillade dans la rue, mais nous avons réussi à nous cacher. Après nous être séparés, nous nous sommes planqués trois jours dans les champs, jusqu’à atteindre les bataillons des résistants belges ».


Onze prisonniers de guerre soviétiques ont été réfugiés à Pont-à-Celles, ville où réside encore Ivan à ce jour. Ces Russes ont apporté leur aide aux réseaux de résistants belges en participant aux actes de diversion et de sabotage, des transports par exemple. Ils ont contribué à la mission de récupération et de distribution des armes parachutées par les Britanniques. Et les charges étaient bien lourdes à porter.


« Ce sont les Belges qui donnaient les ordres. Nous agissions de nuit, par temps de pluie ou de brouillard. Nous étions prêts à tout contre l’ennemi ». Pendant son récit, il ne cesse de souligner l’héroïsme des Belges qui protégeaient les évadés russes. En septembre 1944, les troupes alliées aidées par les résistants ont libéré la Belgique. Ivan, grâce à sa connaissance de la situation locale, aide la Mission militaire soviétique à organiser le rapatriement des soldats russes en URSS. Lorsqu'on lui propose de rentrer dans sa patrie en 1949, il justifie son refus par le fait qu'il vient d'avoir une fille de son épouse Belge. Bien lui en prend, car plusieurs prisonniers de guerre soviétiques sont envoyés par Staline dans les goulags.


Dès 1945, Ivan épouse Marcelle, fille de Belges qui l’ont caché pendant son évasion. « Nous vivons ensemble depuis 67 ans », précise-t-il. En 1946 est née sa fille aînée Nina, et Bachkatov s’est installé définitivement en Belgique, où il a travaillé comme mécanicien jusqu’à sa retraite.


Ivan Bachkatov a la double nationalité et la reconnaissance des deux pays : le certificat russe de vétéran de la Seconde guerre mondiale ainsi que le certificat belge de Résistance. Des médailles et décorations belges et russes et deux patries dans le coeur.

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