Pas de progrès sans réformes

Image de Viktor Bogorad

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Faible endettement, solde budgétaire positif : le baromètre économique russe semble au beau fixe, surtout sur fond de crise européenne. Mais une zone de « turbulences » menace en l’absence d’un ralentissement permettant de prendre à temps les mesures de rééquilibrage nécessaires.

Certains critiquent une politique de stockage des pétrodollars dans le Fonds de réserve et de limite des dépenses. Ce n’est plus le cas puisqu’en 2009-2010, les dépenses pour les retraites ont explosé, passant à 4% du Produit intérieur brut (PIB), soit plus que pour l’éducation ou la santé. Les dépenses militaires sont aussi en forte hausse. Dans son programme électoral, Vladimir Poutine affirme sa volonté d’accroître encore les dépenses dans plusieurs autres domaines, pour environ 1,5% du PIB. Par ailleurs, des facteurs plus objectifs, comme la crise démographique des vingt prochaines années, vont peser sur le budget. En effet, la population russe vieillit et le nombre de retraités à la charge de chaque travailleur va passer à 1,5. Si la politique budgétaire de ces trois ou quatre dernières années est maintenue, et que les promesses en matière d’accroissement des dépenses budgétaires se concrétisent, la stabilité macro-économique du pays sera menacée.

Les réserves existent bel et bien. Toutefois, une simple hausse des impôts pour renflouer les caisses de l’État ne serait pas la meilleure solution et pourrait avoir des effets négatifs. Cela peut effrayer les marchés et faire baisser les investissements, ce qui entraînerait un ralentissement économique et une baisse des recettes budgétaires, nécessitant à son tour une nouvelle augmentation des impôts.
Il y a d’autres moyens d’augmenter le revenu : combattre l’économie souterraine (qui représente, selon la Banque mondiale, 43% du PIB russe contre 13% en Chine et 8% en Suisse) et minimiser les avantages fiscaux. Une très grosse part des économies que pourrait faire le gouvernement repose sur le secteur de la fonction publique. 


Dans les années 2000, le nombre des agents de l’État et fonctionnaires de l’administration a été multiplié par plus de 1,5, pour passer à plus de 108 fonctionnaires pour mille personnes actives. La Russie emploie donc deux à trois fois plus de fonctionnaires que tout autre pays équivalent. La moyenne pour les 22 pays les plus riches de l’OCDE est de 75 agents publics pour mille habitants. En 2009, les agents de la sécurité publique en Russie étaient au nombre de 9,8 pour mille habitants, tandis que ce chiffre n’était que de deux dans les autres pays émergents. En conséquence, les dépenses pour le secteur public en Russie (3,2% du PIB) dépassent largement celles de n’importe quel pays de l’OCDE.


Le montant des subventions budgétaires y est lui-même anormalement élevé. En 2010, il représentait 4% du PIB, l’un des plus élevés des pays émergents. Ces aides soutiennent des entreprises non viables et ne font qu’accroître le retard économique.


Une autre manière de réduire les dépenses serait de lutter systématique contre le pillage des biens et la fuite des capitaux, et de mettre l’accent sur la modernisation. L’entretien de 5 kilomètres de route revient 5 fois plus cher à la Russie qu’à la Finlande, son voisin climatique.


Il faut noter que le gouvernement à gaspillé beaucoup d’argent dans de gros projets prestigieux et peu rentables comme le chantier des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi, qui devrait coûter à la Russie quelque 30 milliards d’euros. Aucun pays n’a jamais dépensé plus de 4,5 milliards d’euros pour la même manifestation.
En outre, il conviendrait de ne plus chercher à résoudre les problèmes budgétaires en puisant dans les caisses de l’État. L’exemple des autres pays montre depuis longtemps que seule une restructuration bien menée peut accroître la productivité et actionner les leviers qui la stimulent.


Le nouveau programme budgétaire doit respecter trois exigences essentielles : a) « pas de croissance sans réformes » : modifier les mécanismes de fonctionnement du secteur budgétaire en faveur d’un travail plus efficace et ensuite les soutenir financièrement ; b) non pas une augmentation des dépenses mais leur meilleure répartition ; et c) non pas une augmentation des impôts mais une amélioration de leur collecte pour accroître les ressources budgétaires.
Bien sûr, il est plus difficile de mener une telle politique que de puiser dans les caisses pour financer des projets grandioses ou satisfaire les besoins sociaux. Mais c’est le seul moyen d’assurer à la Russie une croissance stable.

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