« J’ai beaucoup risqué en me lançant dans cette aventure »

Crédit photo : Irma Cordoval

Crédit photo : Irma Cordoval

L’idée d’ouvrir son propre salon de beauté en France, Natalia Popova ne l’a pas eu tout de suite. Arrivée à Lyon en 1992 avec son mari et ses deux enfants, afin de gagner un peu d’argent, la famille ne comptait pas rester plus d’un an à un an et demi. Mais après la chute du régime soviétique et l’élection d’Eltsine, revenir en Russie était risqué. C’est ainsi que Natalia a commencé sa nouvelle vie.

S’ensuit le parcours classique d’une immigrée : Natalia commence à prendre des cours de français, son mari, qui maîtrisait l’anglais et a rapidement appris le français, trouve un travail. Bientôt, le couple se sépare et Natalia reste seule avec deux petits enfants et doit sérieusement réfléchir, elle aussi, à un travail. Obtenir l’équivalence de son diplôme d’enseignant obtenu en Russie lui aurait pris trop de temps. C’est pour ça qu’elle a décidé de changer de profession et de se tourner vers des cours d’esthéticienne. « J’ai eu beaucoup de chance de tomber en France sur de véritables amis qui m’ont aidé à trouver un salon qui m’a engagé, explique-t-elle. Ainsi, j’ai pu travailler en alternance. »

Déjà en Russie, quand Natalia allait se faire une beauté, elle pensait à chaque fois qu’esthéticienne  était une profession bien pratique pour une femme : faire attention à son apparence, connaître les secrets de beauté, en faire profiter ses proches, pouvoir faire une manucure à ses amies ou à soi même. Ce qui l’intéressait particulièrement, c’étaient les services de cosmétologie massagiste, très à la mode en Russie à cette période. Et c’est ce qui a déterminé le choix de sa nouvelle profession à l’étranger.

Bien sûr, acquérir ce nouveau savoir faire lui a demandé bien des efforts.

D’une part, elle parlait encore mal le français, et elle devait apprendre des phrases entières par cœur, surtout en biologie. Elle avait appris l’allemand à l’école, avec le français il lui fallait repartir de zéro. L’immersion a été très efficace. « Il a été beaucoup plus facile pour mes enfants que pour moi d’apprendre la langue. Comme la plupart des petits, ils ont une très bonne mémoire. Maintenant, ils parlent librement et sans accent », raconte Natalia. Ces enfants sont maintenant devenus adultes : sa fille termine ses études de médecine générale en interne et son fils est étudiant en droit.

D’autre part, le travail manuel était quelque chose de tout nouveau pour elle, d’où l’importance du stage en salon. La fille d’un ami français avait son propre salon et c’est avec plaisir que Natalia a fait ses débuts de cosmétologue chez elle. Il lui a fallu deux ans pour maîtriser la technique et, au bout d’un an, Natalia a ouvert son propre salon de beauté qu’elle a appelé Anna, comme sa fille.

Cet ami lui a également prêté l’argent nécessaire à l’ouverture de son affaire. Il l’a aussi aidé sur tous les aspects administratifs et juridiques. Il a même dû parfois tenir le rôle de standardiste au salon car l’accent très prononcé de Natalia était rédhibitoire pour certaines clientes.

« J’ai beaucoup risqué en me lançant dans cette aventure. Au début, c’était difficile. Les clientes raccrochaient quand elles entendaient mon accent. Mais, celles qui venaient revenaient ensuite car elles étaient satisfaites du résultat. Je faisais beaucoup d’efforts », se souvient Natalia.

Avec le temps, elle a appris à tout gérer elle-même et est devenue une véritable femme chef d’entreprise.

« Je suis une cliente de Natacha depuis 11 ans. Le salon est situé près de chez moi et j’aime beaucoup la qualité de service : l’accueil discret, le résultat et la diversité des soins. Je viens tous les mois», raconte  Françoise, 63 ans, cliente fidèle du salon Anna.

Natalia a tout fait pour que le salon soit rentable : elle a lu des journaux spécialisés, suivi des séminaires et des formations, mais indéniablement ce qui a fidélisé sa clientèle, c’est son attention et sa sensibilité qui mettait tout le monde à l’aise. « Il faut aimer ses clients. Quand quelqu’un se sent aimé, il revient. C’est ce qui caractérise mon salon », explique Mme Popova.

« Je suis venue au salon pour la première fois il y a 7 ans, quand on est arrivé à Villeurbanne. Pour moi, les soins esthétiques sont un plaisir et le repos du corps et de l’âme. Natacha est une personne de cœur. Sa bonté et sa gentillesse sont des qualités essentielles. J’apprécie beaucoup son travail. Je préfère refuser un dîner que de rater mon soin au centre esthétique Anna », raconte Rachelle, la cinquantaine.

« Je fais toujours mon travail comme au début : avec attention, minutie et exigence. Et mes clientes reviennent. De plus, je fais très attention aux dates de péremption des produits dont je me sers. Certains salons préfèrent faire des économies, mais perdent en qualité. Dans mon salon, en douze ans, ça ne s’est jamais produit », affirme Natalia.

Les nouveaux projets de Natalia : agrandir le salon et déménager dans le centre de Lyon, puis suivre des cours de design graphique et renouveler son site web.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.