Le meilleur de la création théâtrale

Une scène du spectacle « Vragui » (Les ennemis).

Une scène du spectacle « Vragui » (Les ennemis).

Seule la barrière de la langue empêche la fantastique scène théâtrale russe de s'exporter tout autour du globe. Le festival du Masque d'Or offre l'occasion de découvrir le théâtre de demain.

Source : service de presse

Si la vie politique peut paraître ennuyeuse ou décevante, c’est peut-être parce que les Russes mettent toute leur énergie et leurs espoirs ailleurs. Dans le théâtre, par exemple. Le Masque d’Or, principal festival des arts de la scène, paraît confirmer cette hypothèse, tant l’effervescence du théâtre russe saute aux yeux. Ce festival prend d’année en année une dimension sans cesse plus internationale avec une large compétition d’opéras et de ballets qui vont tourner à l'étranger.

Le plus prestigieux des festivals russes a ouvert ses portes le 27 mars à Moscou et s’achève le 16 avril par une remise des prix sur la grande scène du Théâtre du Bolchoï. 51 spectacles venant de 13 villes russes se disputent les prix dans plusieurs compétitions parallèles. Cette année, sur les 183 participants au festival, 16 étrangers ont été sélectionnés, dont les producteurs Claudia Solti (Royaume-Uni) et Daniele Finzi Pasca (Suisse), tous deux nominés pour des spectacles montés sur la scène du Mariinski de Saint-Pétersbourg.

Pour cette dix-huitième édition du Masque d’Or, 11 opéras sont en compétition, dont un contemporain, Les âmes mortes de Rodion Chedrine d’après le célèbre roman de Gogol. À noter que le Bolchoï de Moscou n’a décroché qu’une seule nomination contre trois pour son éternel concurrent, le Mariinski. Le renouveau de l’art lyrique vient de la province de Kazan, Ekaterinbourg, Astrakhan. Les nominations pour la catégorie ballet restent monopolisées par les deux capitales russes. Seuls les ballets de Perm et de Novossibirsk ont attiré l’attention des sélectionneurs. Très sensible à la création actuelle, le festival a créé une sélection à part pour la danse contemporaine.

Mais c’est la compétition théâtrale qui constitue le centre névralgique du Masque d’Or, d’abord parce que le fondateur du festival, Edouard Boïakov, lui-même metteur en scène, y jette toute son énergie. Figure centrale de la scène théâtrale depuis maintenant deux décennies, Boïakov est un partisan de l’innovation et un critique sans pitié des théâtres d’État poussiéreux, qui continuent malgré tout à monopoliser les subventions. Dans la sélection 2012 figurent 17 productions dramatiques, presque toutes d’avant-garde, trois spectacles de marionnettes et quatre spectacles qui défient toute classification. On retiendra avant tout Le corps de Simone , une pièce du polonais Krystian Lupa basée sur la vie de la philosophe Simone Weil ; File moi du feu , ou la digestion du rock américain par une jeunesse russe déboussolée et Les gelés, une pièce politique du romancier Zakhar Prilepine mise en scène par Kirill Serebrennikov, le plus insolent dramaturge russe. Le théâtre russe rend tout intéressant, même la politique.

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