Poutine axe sa politique sur la manne des pétrodollars

Crédits photo : Itar-Tass

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Fraîchement élu sur un programme très dispendieux, Vladimir Poutine suscite un débat des économistes sur des modes de financement restant liés aux richesses naturelles.

Difficile de dire à quel point les promesses électorales de Vladimir Poutine ont joué en sa faveur auprès de l’électorat. Ce qui est certain, c’est qu’elles ont beaucoup animé le débat parmi les économistes. Nombreux sont ceux qui ont émis l’hypothèse d’un virage à 180° après les années de prudence budgétaire sous la houlette de l’ancien ministre des Finances Alexeï Koudrine.

Parmi les principaux postes de dépenses que la nouvelle administration s’est engagée à respecter, figurent un monumental programme de réarmement (520 milliards d’euros étalés jusqu’à 2020) et une augmentation massive des salaires dans la fonction publique. Les traitements des policiers et des militaires ont été doublés en janvier dernier. Toute une série de très gros chantiers, comme les olympiades d’hiver de Sotchi (2014), l’organisation du Forum Asie-Pacifique cette année et la Coupe du monde de football en 2018, vont considérablement peser sur le budget fédéral.

En chiffres

115 dollars
Prix du baril de pétrole correspondant au point d’équilibre actuel du budget russe.

690 milions
Somme engrangée chaque jour par la Russie grâce aux exportations de pétrole.

1,5%
Déficit budgétaire prévu pour cette année. La Russie risque de voir ce chiffre exploser.

L’effort ne concerne pas que le budget de l’État. Vladimir Poutine a également imposé un gel des prix du gaz, de l’essence et de l’électricité à de grands groupes privés. Une mesure qui a permis, juste avant les élections, de réduire à un niveau record l’inflation (4,2%). Les experts s’attendent à un retour de bâton dès que le gel sera levé plus tard cette année.

Selon Vladimir Poutine, les dépenses budgétaires pour les programmes sociaux vont représenter environ 1,5% du produit intérieur brut russe (PIB). Le ministre des Finances Anton Silouanov le situe pour sa part à 2% du PIB, soit 26 milliards d’euros. Une étude de la banque d’État Sberbank – qui additionne toutes les dépenses budgétaires promises par le nouveau président – place l’estimation entre 4 et 5% du PIB. L’expertise la moins favorable vient de l’agence de notation Fitch, qui parle de 122 milliards de dollars, soit 8% du PIB.

Infographie de Niyaz Karim

Selon l’ancien ministre de l’Économie Andrei Netchaïev, « ce serait inquiétant, mais pas effrayant, si l’économie se trouvait engagée dans une croissance forte et stable. Malheureusement, la menace d’une récession empirant en Europe, l’atterrissage brutal de l’économie chinoise et la faible croissance américaine constituent un contexte extrêmement défavorable pour l’économie russe, qui dépend très fortement de la conjoncture internationale pour l’exportation de ses matières premières  » .

D’autres problèmes se profilent à l’horizon : la balance commerciale reste positive, mais la tendance est à une dégradation rapide. La Russie continue de manquer cruellement d’investissements étrangers directs (par rapports à ses pairs des pays du BRIC - Brésil, Russie, Inde et Chine).

Chris Weafer, stratège en chef à la banque d’investissement Troika Dialog, note que « l’économie est en relativement bon état, avec un niveau actuel du baril de pétrole permettant d’exporter pour 690 millions d’euros par jour », mais il souligne que « le prochain gouvernement ne peut plus se contenter de tabler sur la manne pétrolière pour obtenir croissance et stabilité domestiques » . Le budget fédéral a besoin d’un baril à 115 dollars pour atteindre l’équilibre. Ces dernières semaines, le prix a oscillé entre 120 et 125 dollars. Fin février, la banque américaine Citibank estimait qu’un baril à 150 dollars en moyenne serait le point d’équilibre du budget russe. Le consensus des experts prédit une croissance de 3 à 4% de l’économie à condition que le cours du baril reste à des niveaux élevés que rien ne garantit dans un climat mondial morose.

Pour Chris Weafer, L’économie russe « a besoin de nouveaux vecteurs de croissance venant d’ailleurs que de l’exploitation des ressources minérales. La Russie doit améliorer le climat d’investissement, faciliter la création d’entreprises et réduire le sentiment de pays à risque qui lui colle à la peau ».

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