Quand le ministre de la mode levait le rideau de fer

L’exposition « La mode der­rière le rideau de fer », qui se tient à Moscou, explore l’aube de la mode soviétique. Crédits photo : Elena Pochetova

L’exposition « La mode der­rière le rideau de fer », qui se tient à Moscou, explore l’aube de la mode soviétique. Crédits photo : Elena Pochetova

Alexandre Vassiliev, l'historien de la mode, invite à trouver « La mode derrière le rideau de fer », dans le manoir de Moscou Tsaritsyno. L'expo dure jusqu'au 12 juin 2012.

Vassiliev est un célèbre costumier, collectionneur de costumes et historien de la mode, bien connu à Moscou et Paris, sa ville d’adoption, où il s’est exilé au début des années 1980. Ces jours-ci, il ne peut plus descendre la rue Tverskaïa sans être approché amoureusement par des fans. La raison en est la popularité de l'émission « Verdict de la mode », dont Alexandre est l'un des animateurs.

Cette émission populaire détruit le stéréotype selon lequel toutes les femmes russes portent des robes provocantes, des manteaux de vison et des talons à la « Sex in the City » .

Trente millions de téléspectateurs s’installent toutes les se­maines devant le petit écran pour regarder des pontifes de la mode soumettre des femmes actives débordées à un interrogatoire sur leur style vestimentaire et leur look. Les candidates sélectionnées sont censées être de ces femmes qui passent inaperçues.

« C’est une incroyable célébrité qui s'est abattue sur l'émission que j'anime depuis deux ans et demi, alors que j’ai écrit sur l’histoire de la mode et habillé plus de 100 ballets. Je suis évidemment ravi de ce succès » , confie Vassiliev. Il raconte qu’il a été invité sur le plateau en tant que « ministre du bonheur ». La population russe est féminine à 60% et une partie d'entre elles ne parvient pas à se trouver d’homme. C'est d’autant plus difficile que l’alcool et la prison réduisent encore plus le nombre d’hommes disponibles. « Je veux rendre les femmes heureuses » , assure le couturier.

Alexandre Vassiliev a acheté son premier costume à l’âge de seize ans. Il a eu de la chance, dit-il, que son père, un décorateur du Bolchoï, ait soutenu son désir de collectionner des costumes dès son adolescence. Aujourd’hui Vassiliev possède plus de 10 000 robes et costumes.

L’exposition « La mode der­rière le rideau de fer », qui se tient à Moscou en ce moment, explore l’aube de la mode soviétique. La vaste collection de Vassiliev en est le noyau, mêlé à des pièces de musées. « C’est la première exposition du genre. Nous montrons les robes, sacs et chapeaux personnels des plus grandes stars de l’Union soviétique » , explique Vassiliev, comme les danseuses ­étoiles Galina Oulanova et Maïa Plissetskaïa, les actrices Lubov Orlova, Valentina Serova, et Lioudmila Gourtchenko.

« Certaines de ces robes sont de fabrication russe, d’autres sont américaines, ont été importées en douce par le marché noir, ou bien avec la complicité des marins ou des artistes en tournée » , commente le collectionneur.

« Cette époque avait une relation très ambiguë avec la mode, qui était considérée comme un résidu du passé bourgeois » , ex­plique Irina Korotkikh, curateur de l’exposition au musée Tsari­tsyno à Moscou.

Vassiliev la connait bien, cette époque, et il a décoré son appartement parisien et sa maison d’été à Vilnius dans le style de l’aristocratie exilée, un hommage fin-de-siècle qui honore la beauté et les habitudes des jours révolus, avec du mobilier en bambou, des tissus somptueux aux couleurs royales, de longs rideaux, des livres anciens et des cruches en céramique. « Mon père finançait mes lubies » , sourit Vassiliev. « Mes parents aimaient ce que je faisais et j’ai réussi à collectionner beaucoup de choses » .

Mais en 1982, à l’âge de 23 ans, Vassiliev a épousé une jeune femme française et est venu s’installer à Paris. Le mariage fut bref, mais le jeune homme est resté en France où il a rejoint un cercle d’émigrés russes. Vassiliev considère toujours Paris, où il vit quand il n’enregistre pas ses émissions, comme sa maison.

Il a beaucoup travaillé comme costumier pour le théâtre et le ballet français. Il a aussi créé des costumes pour le Ballet de Las Vegas et de Cincinnati, le Ballet polonais et le Ballet national du Mexique, parmi d’autres.

Crédits photo : Elena Pochetova

Biographie


Alexandre Vassiliev


Âge : 54


Profession : costumier


Alexandre Vassiliev donne des conférences en quatre langues à travers le monde en tant que professeur invité d'histoire de la mode et de scénographie. Il est propriétaire de l’une des plus importantes collections privées de costumes russes de Hong Kong, Belgique, Grande Bretagne, ­France, et dans d’autres pays. Il a été récompensé pour la promotion de l’art russe par plusieurs prix, dont les médailles « SP Diaghilev », « Nijinsky V. », le titre de mécène, et la médaille d'or de l'Académie des Arts en Russie.

Le plus gros de son temps est consacré à la télévision. Lors d’un épisode récent du « Verdict de la mode », une jeune mère vêtue d’un jean mal coupé et d’un pull à capuche gris l’a lorgné, sceptique, à travers ses lunettes à monture d’écaille. Elle a raconté ses longues journées de travail pour une boîte de production, dans les rues de Moscou, avant de rentrer en courant à la maison pour s’occuper de ses jeunes enfants et mari, dans leur petit appartement moscovite. Et juste au moment où le public était sur le point de fondre en larmes de compassion, elle s’est détendue, et est repartie chez elle avec une armoire remplie de vêtements ayant reçu la bénédiction de Evelina Khromtchenko, co-animatrice de Vassiliev et tsarine de la mode russe. L’émission se termine toujours sur une note d'espoir : « les rêves deviennent réalité, cela peut vous arriver » .

« Je veux les aider à se sentir plus sûres d’elles, à avoir con­fiance en elles-mêmes » , dit Vassiliev des femmes qui viennent sur le plateau. « Et si elles ne trouvent pas de mari, ce ne sera pas la faute de leur look ! »

Adresse : Musée Tsaritsyno, ukitsa Dol’skaïa, 1, Moscou


Pour plus g'infos : www.tsaritsyno.net

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.