L’opposition laisse éclater sa frustration dans la rue

Place Pouchkine, dans le centre de Moscou. Crédits photo : RIA Novosti

Place Pouchkine, dans le centre de Moscou. Crédits photo : RIA Novosti

Au lendemain de l’écrasante victoire de Vladimir Poutine aux présidentielles, l’opposition a réunit entre 10 et 20 000 manifestants sur la Place Pouchkine, dans le centre de Moscou. Autorisée par la mairie de Moscou après de longues tractations, la manifestation a démarré calmement devant une scène spécialement montée pour l’occasion.

Les organisateurs, désormais bien entraînés après plusieurs éditions les 5 et 10 et 24 décembre, puis 4 février, n’ont pas eu de mal à mobiliser des milliers de moscovites ulcérés par le retour à la présidence pour six ans de Vladimir Poutine. « Moscou ne croit pas aux larmes » indiquaient de nombreuses pancartes, en référence aux larmes déversées par le premier ministre la veille lors de son meeting de victoire sur la Place du Manège, à deux pas du Kremlin. Beaucoup de drapeaux rouges communistes et de l’opposition libérale démocrate flottaient au-dessus des têtes de manifestants emmitouflés pour résister à un froid humide et perçant.

« Ces élections étaient scandaleusement truquées » tonne Igor Mouraviov, un retraité qui « ne manque jamais une manifestation de l’opposition ». Il a voté communiste, car il veut « une nouvelle URSS, pas comme l’ancienne, mais une Union Soviétique plus forte et qui rendra au peuple russe sa fierté ». Curieusement, cette manifestation du 5 mars a attiré beaucoup de personnes âgées, qui semblaient très minoritaires dans les précédents rassemblements massifs de l’opposition libérale. Mais pas seulement. Irina, une ravissante blonde de moins de 30 ans, déclare être venue « pour protester contre le fait que j’ai été obligée par mon patron de venir voter à Moscou plusieurs fois pour Poutine » suivant le schéma dit du « Caroussel », une procédure de fraude électorale fréquemment utilisée par l’administration. Elle explique avoir été embarquée avec ses collègues de la ville de Toula dans un car direction Moscou. Une fois arrivé dans la capitale, le car s’est arrêté devant une dizaine de bureaux de votes où Irina et ses collègues ont voté (pour Poutine) à chaque fois à l’aide de fausses cartes de votes.

Place du Manège, à deux pas du Kremlin. ( Crédits photo : RIA Novosti )


Chauffés par les orateurs, les manifestants ont repris avec entrain les slogans anti-Poutine. Sur la tribune, les principaux représentants de l’opposition se sont succédés, sous la houlette de Vladimir Ryjkov, un libéral modéré qui depuis le début du mouvement a pris le rôle d’homme-pivot. Des quatre candidats malheureux à la présidentielle, seul le milliardaire Mikhaïl Prokhorov a fait une apparition. Clairement satisfait de son succès (près de 8% des votes et 3ème place derrière le communiste Ziouganov), il a exhorté les manifestants à rejoindre son futur parti.


Au bout d’une heure de manifestation, les discours ont cessés et la foule a commencé à se disperser. Toutefois, des frictions avec les forces de l’ordre ont émaillé la fin du meeting, lorsque des groupes de radicaux ont tenté de se forcer un passage vers le Kremlin. Vers 21h30, la police a chargé brutalement environ 300 manifestants refusant d’évacuer le square Pouchkine. Au final, plus d’une centaine de manifestants ont été interpellés, voire 1000 selon le député d’opposition Ilia Ponomariev.

Plus tôt dans l’après-midi, une poignée de partisans de l’écrivain radical Edouard Limonov ont été embarqués par la police sur la place de la Loubyanka. Parallèlement, une manifestation de soutien à Vladimir Poutine a réunit 15 000 personnes sur la place du Manège.

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