Le porc belge n'est pas le bienvenu

Le gouvernement a alloué 150 millions d'euros d'investissements cette année pour stimuler la production porcine domestique. Crédits photo : Legion Media

Le gouvernement a alloué 150 millions d'euros d'investissements cette année pour stimuler la production porcine domestique. Crédits photo : Legion Media

L'élevage porcin représente 20% de la production agricole belge, mais la guerre larvée entre l'Europe et la Russie autour de la viande ternit les perspectives d'exportations.

Alors que la population mon­diale a atteint 7 milliards d'êtres humains l'année dernière, la nourriture est en train de devenir un produit stratégique, et les pays s'efforcent de consolider la production du plus élémentaire des produits. La Russie peut pré­tendre au rôle de puissance agricole, mais elle importe encore 40% de sa nourriture, selon le comité d'État des statistiques. Toutefois, un effort d'investissement soutenu par l'État a permis au pays de devenir autosuffisant en viande de poulet en 2009, et la Russie veut faire de même dès cette année avec le porc.


L'importance des importations de viande a été soulignée dans les années 90 quand, suite à un conflit avec les États-Unis, la Russie a subitelemement bloqué les importations de « Cuisses de Bush », poulet surgelé ainsi surommées en référence à l'ancien président américain.

L' État a injecté de l'argent dans la filière par le biais de prêts aux agriculteurs octroyés par Rossel­khozbank (la Banque agricole de Russie). Le secteur agricole connaît une croissance rapide et la Russie a fait un bond dans les classements pour devenir en 2008 le quatrième plus grand exportateur mondial de céréales. Mais la production de viande reste à la traîne.


La production de poulet a suivi le grain en tant que produit carné le plus simple à développer. Le porc vient ensuite et la production de viande bovine suivra à mesure que différentes méga-fermes financées par l'État entreront en service d'ici quelques années.


En attendant, la plupart des importations de porc viennent d'Europe et le porc s'est converti en pomme de discorde au cours des dernières négociations de l'OMC, qui ont abouti à l'intégration de la Russie à l'accord commercial mondial en décembre. Les producteurs de porc russes subiront de plein fouet la levée des restrictions commerciales sur les importations européennes.


« [L'adhésion à l'OMC] va probablement laisser intact le do­maine de la volaille, tandis que la rentabilité va diminuer dans le segment du porc, même si les acteurs les plus efficaces devraient conserver les marges les plus élevées à l'échelle mondiale », es­time Mikhaïl Krasnoperov, analyste chez Troïka Dialog.

La porcine belge importée en Russie


Infographie de Niyaz Karim


Pour contrer la concurrence venue d'Europe, le gouvernement a alloué 150 millions d'euros d'investissements cette année afin de stimuler la filière porcine domestique.


La ministre russe de l'Agriculture Elena Skrynnik a indiqué fin janvier que l' É tat souhaitait ­mettre fin à l'importation de 600.000 tonnes de produits porcins par an, soit un cinquième de la consommation totale.


La pénurie a déjà projeté les prix du porc à des niveaux record en 2011, et depuis que l'incertitude quant à l'adhésion russe à l'OMC est levée, le marché de plus en plus attrayant a incité plusieurs grands producteurs de porc russes à lancer des programmes d'investissement.


« Au cours des cinq dernières années, les investisseurs russes et étrangers ont injecté plus de 7 milliards de dollars dans l'industrie porcine russe », a déclaré dans une interview Sergueï Iouchine, chef de l'Association nationale de la viande de Russie. Le responsable avertit que sans un fort soutien de l' É tat, l'intensification des investissements étrangers apparaît menaçante suite au lancement de l'adhésion à l'OMC.


Les importations de porc vers la Russie pourraient tripler dans le cadre du nouveau régime commercial, a déclaré l'Union nationale des éleveurs de porcs à Bloomberg en janvier, pour atteindre 1,8 millions de tonnes en 2020, soit près de la moitié de la demande totale de Russie. Les agriculteurs redoutent que l'augmentation des importations de porc de qualité élevée et à bas prix ne réduise à néant l'investissement dans les exploitations porcines de Russie, généralement plus petites et moins efficaces que les fermes industrielles à grande échelle occidentales. La production nationale entrera en déclin à partir de 2014, met en garde l'Union des éleveurs de porcs.

« L'attrait de la filière pour les investissements va baisser drastiquement après l'adhésion de la Russie à l'OMC » , a déclaré Nikolaï Birouline, expert en chef du syndicat, lors d'une conférence organisée en janvier par l'Institut de Moscou pour l'étude des marchés agricoles. « Seuls les projets agricoles qui sont en cours de réalisation actuellement ont une chance d'être accrédités ». La filière russe de l'élevage porcin pourrait essuyer des pertes d'au moins 20 milliards de roubles (500 millions d'euros) suite à l'adhésion du pays à l'OMC, a-t-il dit.


Le gouvernement est au courant du problème, a précisé le ­vice-ministre de l'Agriculture Ilia Chestakov dans les couloirs de la conférence de janvier, et compte soutenir la production nationale à l'aide de mesures administratives et de crédits jusqu'à ce que le secteur puisse faire face 
de façon autonome à la concur­rence des importations moins 
chères.

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