La Russie vit d’importants changements

Crédits photo : Maria Tchobanov

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« Les élections présidentielles russes ne provoqueront pas de révolution mondiale », estime la secrétaire perpétuelle de l’Académie française et politologue Hélène Carrère d’Encausse.

« Je dis tout de suite que je ne crois pas qu'il y aura de bouleversements, mais en même temps je pense que la Russie est totalement transformée. Ce qui se passe en Russie est un changement extraordinairement et heureux », a déclaré la spécialiste de l’histoire de la Russie lors de la vidéo-conférence Moscou-Paris sur les prochaines élections présidentielles du 4 mars.

« Aujourd’hui, on peut parler de véritable maturité politique au sein de la société russe, qui ne se souciait par le passé que de son bonheur matériel et était absolument dépolitisée », a ajouté Hélène Carrère d’Encausse. La politologue a également souligné que ceux qui sortaient dans les rues ne pouvaient pas être comparés aux « indignés » qui ont participé au « Printemps arabe » par désespoir. « Les gens qui sont sortis dans les rues représentent la classe moyenne. Ils sont jeunes, diplômés, ont un travail, et se sont sentis offensés », explique Hélène Carrère d’Encausse. 

« Ils se sont sentis offensés par l’annonce de la décision tout à fait légère de deux personnalités de la Russie d’échanger leurs postes. En fait, on a dit à la société : « Chers amis, nous avons décidé que désormais l’un sera président et l’autre, premier ministre ». Et cela se passe dans un pays avec une Constitution et des élections. Cette partie de la société a manifesté pour dire qu’elle exigeait d’être traitée dignement », a indiqué la politologue française.

Selon Hélène Carrère d’Encausse, la réaction de Vladimir Poutine n’était pas du tout appropriée. Poutine a qualifié de « préservatifs » les rubans et foulards blancs brandis durant les manifestations et symbolisant la volonté de mener un dialogue pacifique, et de « bandar-logs » les participants. « En France, où les gens ne lisent plus, le mot «bandar-log » ne veut rien dire. Mais les Russes qui sont de grands lecteurs et connaissent Kipling comme Shakespeare et Zola, n’ont pas accepté d’être traités comme ça. Et ils ont raison », a remarqué la secrétaire de l’Académie française, qui considère que l’autre partie de la société qui a participé aux manifestations de soutien à Vladimir Poutine voulait afficher son refus de déstabiliser le pays et de remettre en question ce qui a été acquis ces vingt dernières années. « Cela démontre aussi une prise de conscience : étant donné l’histoire de la Russie, la stabilité du pays est un point qu’il ne faut jamais prendre à la légère. »

« Le système politique est assez solide pour contrôler les élections, mais on ne peut plus contrôler la société qui a changé. La véritable question est la suivante : est-ce que, réélu, Vladimir Poutine, qui a entendu ou pas entendu ce qui s’est passé, prendra en compte cette transformation politique ? La réponse est ambiguë. La pire erreur serait de sous-estimer cette transformation », considère Hélène Carrère d’Encausse.

Elle a ajouté que « Dmitri Medvedev correspond probablement plus à cette situation nouvelle. Sa force de caractère n’est peut-être pas à la hauteur des enjeux, mais intellectuellement, il est plus adapté à ce type de situation ».

Hélène Carrère d’Encausse estime cependant que Vladimir Poutine est assez sage pour ne pas ramener le pays en arrière. « Il est important qu’il continue à faire ce qu’il a commencé il y a quatre ans : jouer le jeu des institutions. Personne ne peut en ce moment l’empêcher de se représenter. Les sondages lui donnent un taux de popularité formidable et la société était d’accord qu’on touche à la Constitution et qu’on supprime la limite des deux mandats. Il aurait pu le faire, mais il ne l’a pas fait… Moi, je mise plutôt sur l’intelligence des gens », a conclu la politologue.

Propos recueillis par Maria Tchobanov.

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