Cosaques : la grandeur en exil

De gauche à droit : Alexandre Bobrikov, conservateur du musée, Gérard Gorokhov, le trésorier de l’Association du régiment de la Garde impériale cosaque. Crédits photo : Natalia Kopossova

De gauche à droit : Alexandre Bobrikov, conservateur du musée, Gérard Gorokhov, le trésorier de l’Association du régiment de la Garde impériale cosaque. Crédits photo : Natalia Kopossova

Le musée du régiment cosaque de la Garde impériale russe se situe à Courbevoie, près de la Seine, non loin de La Défense. Malgré son âge respectable (il existe depuis 1929), il vient d’ouvrir plus grand ses portes au grand public.

Un passé sous le signe de l’aventure

Toutes les pièces conservées dans le musée proviennent de la collection des officiers du Régiment cosaque de la Garde impériale de Saint-Pétersbourg. Ce régiment, crée en 1775 par Catherine II, était une unité d’élite avec son histoire, ses héros, ses traditions. Et c’était un grand honneur que d’en faire partie.

Alexandre Bobrikoff, descendant d'officiers du régiment cosaque et conservateur du musée, décrit deux des épreuves que les officiers prétendqnts devaient affronter : « Une fois sorti de l’école de cavalerie, chacun pouvait exprimer la demande d’intégrer le régiment, mais encore fallait-il passer les examens. Le candidat était invité à déjeuner au mess des officiers, qui observaient avec minutie sa façon de se tenir à table et de boire – tenait-il bien l’alcool ? Lors d'un deuxième passage au mess, on faisait venir également les femmes des officiers et on observait son comportement avec la gent féminine. Et c’est seulement après tous les examens que la décision était prise ».

Une fois entré au régiment, il était de coutume de faire un présent. C’est ainsi que s’est constituée cette collection exceptionnelle, qui compte parmi ses plus belles pièces une sculpture de Lanceray, le fameux sculpteur russe d’origine française, une coupe d’argent de Radziwill par Fabergé, et beaucoup d’autres objets de valeur. Bien sûr, la majeure partie de la collection reste composée de pièces militaires : étendards, uniformes, armes, portraits des commandants du régiment.

En février 1917, dès le début de la Révolution, le général Grekoff ordonna de tout emballer et, sous la garde de deux officiers et de cosaques, le tout fut transporté à Novotcherkassk. De là, le contenu du musée fut envoyé en Turquie, puis en Serbie.

« En 1924, le régiment cosaque signa un contrat avec la France et vint s’installer à Paris », raconte Alexandre Bobrikov.  « Les cosaques chargeaient et déchargeaient les wagons de marchandises à la gare du Nord. Ils vivaient dans des baraques. »

Les ressortissants de la première vague d’émigration blanche ne finissaient donc pas tous chauffeurs de taxi ? « En général, ce sont les officiers qui conduisaient les taxis. Le général Pozdeev et le général Opritz étaient chauffeurs. » En fait, ce n’était pas si simple de devenir chauffeur de taxi. La plupart restait travailler comme chargeurs, ouvriers dans les usines d'automobiles ou dans les mines. D’autres rejoignaient la Légion étrangère.

Pour faire venir le musée en France, il fallait trouver des moyens. En se serrant la ceinture, la somme nécessaire fut atteinte en 1929. Un général américain ainsi qu’un sénateur français apportèrent également leur soutien. Et le général Opritz put enfin louer l’endroit où fut installé le musée, où il se trouve encore à ce jour.

L’accalmie fut de courte durée. En 1936, le Front populaire accéda au pouvoir. La gauche considérait les cosaques blancs comme un foyer d’opposition dont il fallait se débarrasser. C’est alors que, dans un souci de conservation, les plus belles pièces furent envoyées « pour un certain temps » au Musée Royal de l’Armée et d’Histoire militaire, en Belgique, à Bruxelles.

Un présent sous le signe de la survie

« Ces objets nous appartiennent, précise Alaxandre Bobrikov. Nous pourrions les récupérer mais nous n’avons pas assez de place ici. De plus, c’est un lieu de réunion et d’habitation en Belgique, il y a une salle spéciale. Aujourd’hui, les deux tiers des pièces présentées dans cette salle nous appartiennent. »

Durant toute cette période, il y avait très peu de moyens pour entretenir le musée. Il fallait se débrouiller : location du lieu pour des bals ou des mariages. Aujourd’hui, le musée accueille l’Assemblée des cadets, la fête de la Garde impériale le 13 décembre et ,en été, est organisée une réception en plein air dans le jardin. Tous les revenus sont destinés aux travaux de rénovation et de restauration des collections.

Un don de Vladimir Poutine en 2008 a permis la restauration des plafonds. Mr Després, ancien Maire de Courbevoie, a financé l'installation du matériel de surveillance. Les loyers perçus couvrent les charges du pavillon. Quant aux réceptions, grâce auxquelles vivent nombre d’associations françaises, les cosaques ne les organisent que pour leurs invités.

« Pour la fête du régiment, nous préparons nous même le banquet, racontent Alexandre Bobrikoff et Gérard Gorokhoff, le trésorier de l’Association du régiment cosaque de la Garde impériale, écrivain et historien spécialiste en militaria et uniformologie russe. Pour cette fête, se réunissent les membres de l'association, et d’autres organisations militaire russes et françaises. Nous avons de très bonnes relations avec le Musée des Invalides, de la Légion d’Honneur, la Malmaison et le Musée Chateaubriand. »

Les organisations représentant la première vague de l’émigration russe se font de plus en plus rares à cette fête. Les tentatives de Moscou pour unir la communauté russe en France donnent peu de résultat.

«  Il y en a de moins en moins. Beaucoup d’organisations ont disparu », remarque Alexandre Bobrikoff. La raison est-elle économique ? « Non, c’est la « russitude » qui se perd. Pas de descendants. Les jeunes  sont moins intéressés et ne s’impliquent pas autant. »

Le jour de sa 1ére ouverture aux journées du patrimoine, le musée a reçu la visite de plus d’un millier de personnes. Malheureusement, ils n’ont pu voir toutes les pièces, certaines  se trouvant en Belgique ou n’ayant pas pu être restaurées faute de moyens.

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