Comprendre avant d'embaucher

Crédits photo : service de presse

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Un séminaire consacré aux problèmes et particularités du recrutement du personnel russe dans les entreprises françaises s’est tenu à Moscou.

La France occupe la 4ème place mondiale en nombre d’investissements directs en Russie. Et selon les chiffres du Kremlin, le volume total des investissements russes en France s’élevait à 111,8 millions de dollars en 2011, dont 65 millions en investissements directs. Plusieurs groupes franco-russes, dont Renault-AvtoVAZ et Bonduelle-Kuban, travaillent déjà depuis longtemps en Russie, et avec succès. C’est également le cas de réseaux français de vente au détail comme Auchan, ATAK ou Leroy Merlin. Mais si l’attractivité du marché russe pour les entreprises françaises est évidente, comment ces entreprises parviennent-elles à inciter les Russes à y travailler ?

Il est curieuxde constater que parallèlement à la stabilité, à un salaire élevé et à un haut niveau de protection sociale (point qui n’est pas mentionné par les Français eux-mêmes), les Russes recherchent également une atmosphère familiale et accueillante dans une entreprise française. Ce facteur est probablement dû à l’image de la France, considérée par les Russes comme l’un des pays les plus beaux et les plus touristiques, mais aussi de Paris, souvent représentée comme la ville la plus romantique au monde.

Afin de répondre à cette question – et à d’autres –, des représentants des plus grandes sociétés françaises implantées en Russie se sont réunis le 13 février lors d’un séminaire intitulé : « Particularités du recrutement et du développement du personnel russe dans les sociétés étrangères en Russie ». Cette rencontre a été organisée par la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe et l’agence de recrutement Francepeople.

« Des différences culturelles existent, et il est primordial de les reconnaître et d’en tenir compte », a déclaré en ouvrant le séminaire Olga Lavrinenko, l’une des organisatrices. Chaque entreprise représentée lors de la réunion a déjà été confrontée à des difficultés liées aux différences culturelles entre la Russie et la France, en particulier lors du recrutement du personnel.

Ainsi, tout en reconnaissant la grande méfiance des entreprises étrangères en ce qui concerne la qualité du management russe, Hervé Caroff, DG de Bonduelle Russie, a parlé du côté informel inhérent aux entreprises françaises, mais aussi à quelques entreprises russes. Beaucoup de décisions importantes en matière de ressources humaines n’y sont pas prises lors de réunions officielles, mais plutôt de façon informelle, autour d’une tasse de café. Cependant, M. Caroff estime que la réussite de ses filiales en Russie est due à la composition de son personnel qui compte beaucoup de Russes et très peu d’expatriés. Seuls 4 expatriés, occupant des postes clés, travaillent pour Bonduelle en Russie.

Schlumberger, géant du pétrole et du gaz, adopte une autre stratégie. 98% des personnes travaillant dans les filiales russes sont des ressortissants russes, et ils occupent également des postes clés. D’après Artiom Karapetov, directeur du personnel de l’entreprise en Russie, « Schlumberger se positionne comme une société russe ». Il est intéressant de remarquer qu’une grande partie des cadres de Schlumberger sont originaires de régions russes comme Oufa, Novossibirsk et Tomsk, où les collaborateurs potentiels sont repérés dès l’université.

Les représentants des moyennes entreprises font face aux mêmes problématiques de personnel. Lioubov Posikera, directrice RH d’Yves Rocher Vostok, explique que la filiale russe a adopté une culture d’entreprise propre où l’objectif du personnel, principalement féminin, vise à créer une atmosphère créative agréable au travail. Des activités sont, par exemple, organisées sur lieu de travail comme la Color Day, journée durant laquelle les employés viennent en vêtements d’une certaine couleur, ou le Crazy Top, qui invite chaque collaborateur à se rendre au bureau en portant son T-shirt aux inscriptions extravagantes préféré. Selon Mme Posikera, de telles activités rendes « le personnel de la société est plus heureux ». Et lorsqu’on lui demande comment ces animations se déroulent au sein des bureaux français, elle répond en souriant : « en France, tout se passe à la française ».

Les sociétés Air Liquide, Renault Trucks Vostok, Lafarge, Saint Gobain et ATAK ont également fait part d’expériences qu’elles ont vécues avec le personnel russe. Tous s’accordent à dire que mener des affaires en Russie n’est pas si effrayant, et il n’est pas non plus si difficile de trouver dans le pays des cadres supérieurs compétents. L’important est surtout de bien connaître les spécificités de la culture russe et d’en tenir compte.

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