Liberté et vérité de l’information se recherchent en ligne

Ilia Varlamov, inséparable de son appareil photo. Source : archives personnelles

Ilia Varlamov, inséparable de son appareil photo. Source : archives personnelles

Ilia Varlamov incarne ce journalisme citoyen qui émerge via de nouveaux sites participatifs et indépendants comme Ridus.ru, et l’influence croissante de blogueurs.

Avachi sur sa chaise, le jeune homme fixe son « mac » - presque l’unique objet toléré sur sa table. L’endroit est spacieux et minimaliste malgré quelques figurines éparpillées ici et là. Que fait-il dans ce bureau perché au troisième étage d’un centre d’affaires ? Est-ce ici que s’est imaginé le site Web d’actualités Ridus ? « Je ne fais rien » , répond-il avec nonchalance. Il tapote rapidement sur son ordinateur et lance en français : « Je suis un vrai fainéant ! » . Un sourire angélique apparaît alors sur son visage.


À 28 ans, le personnage est bien connu sur la Toile russe. Sa proéminente chevelure bouclée et son appareil photo ne passent nulle part inaperçus et surtout pas dans les manifestations. Ilia Varlamov cumule les talents de photographe, de « start-up manager » - comme il aime se faire appeler -, mais il est surtout un blogueur influent en Russie et l’un des cerveaux de Ridus.ru qui se veut une agence de « journalisme citoyen ».

Le parcours d’Ilia


Après ses études à l’institut d’Architecture de Moscou, Ilia Varlamov fonde une société de visualisation 3D en 2002 qui s’appelle aujourd’hui iCube. En 2008, il installe son entreprise et ses cinquante salariés dans le centre de la capitale et devient une référence dans son domaine. Il créé son Livejournal la même année, prenant pour pseudonyme : Zyalt. En décembre dernier, 47 000 personnes étaient abonnées à son blog, le classant comme le sixième « Livejournal » le plus consulté en Russie. Ilia avait lancé le média en ligne Ridus deux mois plus tôt, en septembre 2011.


À la recherche de la vérité


« En Russie, il y a un gros problème de liberté de la presse. La télévision ne montre plus la réalité. C’est pour ça que dorénavant, tout le monde recherche la vérité sur Internet » . Selon le blogueur-homme d’affaires, le ­manque de confiance envers les médias traditionnels est l’explication majeure de ce phéno­mène de journalisme citoyen, mais pas seulement. « Avec toutes les récentes technologies, chacun peut être reporter ! En Libye par exemple, de qui provenaient les premières images de la mort du dictateur Mouammar Kadhafi ? Des Libyens lambdas présents sur le terrain ! » , se répond-il à lui même avant d’ajouter : « les citoyens s’approprient l’actualité, c’est un phénomène qui prend de l’importance » . Et la Russie ne fait pas exception.

Une plate-forme novatrice


En fondant le site Ridus.ru, en septembre dernier, Ilia Varlamov voulait « créer une plate-forme d’informations plus large, novatrice dans son fonctionnement, mais sans ligne politique » . En somme une agence pour journalistes citoyens. Le blogueur, très populaire auprès de la profession journalistique, est considéré par beaucoup comme « le cerveau de l’information fiable » . Une casquette acquise grâce à son « Livejournal », qui ne ­semble pas lui déplaire et qui, espère-t-il, servira à l’expansion et la reconnaissance de son site. Ce qui ne devrait pas poser trop de prob­lèmes. En effet, le site a été récemment répertorié comme la dixième source d’informations des Russes sur Internet. À terme, le jeune homme explique qu’il souhaite surtout « organiser un réseau élargi et sérieux de journalistes citoyens » et acquérir de la notoriété. Car cette nouvelle forme de journalisme a ses propres règles et doit prouver son professionnalisme.

Le citoyen informe le citoyen


« Ce qui différencie Ridus des médias traditionnels, c’est que nous publions tous les articles que l’on nous propose. Qu’ils soient contre ou pour le pouvoir actuel. Dans une visée plus large, nous essayons de faire participer activement les citoyens au processus de collecte, d’analyse et de diffusion des nouvelles afin qu’ils deviennent des acteurs de l’information et non plus seulement des cibles », explique Ilia Varlamov, le regard figé sur son écran d’ordinateur.


Mais il existe tout de même des limites à la publication puisque « seuls les articles et les photographies respectant la Constitution russe sont acceptés ». Une règle qui explique certainement pourquoi le tout jeune site n’a, selon les dires de son créateur, subi aucune pression du gouvernement alors que l’électorat - amené à donner une note à chaque article - semble nettement en faveur de l’opposition.


En présentant son site comme une « plate-forme d’expression libre sans ligne politique » , il semble qu’Ilia Varlamov ait trouvé un moyen d’être pris au sérieux par les uns et les autres.

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