La renaissance européenne

Image de Bogorad

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Dimanche 29 janvier s’est achevé le Forum économique mondial qui a lieu chaque année à Davos en Suisse. Cette année l’ambiance était sensiblement différente. Contrairement à l’année dernière, il n’était plus question du pic de la crise mais plutôt des problèmes de fond et des prévisions à long terme.

L’Europe

La chancelière allemande Angela Merkel a, dès son discours d’ouverture, partagé sa vision de l’avenir de l’Europe. L’accent était mis sur la nécessité de réformes structurelles. En effet, la rémission économique européenne ne peut être envisagée qu’avec un remaniement du marché du travail, une baisse sérieuse des dépenses budgétaires et une réforme du secteur public. Avant la crise, il était difficile d’imaginer qu’un pays comme le Portugal, où le secteur public représente 15% de la population active avec un salaire de 45% plus élevé que dans le secteur privé, puisse baisser les salaires des hauts fonctionnaires et leur supprimer les primes. Cela aurait été impensable du point de vue politique. Or,ces mesures draconiennes  vont indéniablement, dans un futur proche, contribuer à rétablir l’économie portugaise et assurer ses perspectives de croissance. Cet exemple, ainsi que celui encore plus flagrant des pays baltes, devrait servir de modèle aux pays gravement touchés comme l’Espagne, l’Irlande ou la Grèce. De plus, l’une des raisons de la stabilité et du taux relativement bas de chômage en Allemagne aujourd’hui sont justement les réformes appliquées fin 90-début 2000, entre autre celles du marché du travail.

Pas étonnant que les pays périphériques, contraints par cette crise, aient radicalement changé leurs systèmes économiques en prenant exemple sur leurs voisins plus résistants. En outre, nous voyons pratiquement en temps réel se constituer une Union européenne fiscale, où en échange de l’aide accordée, ces pays s’engagent à mener une politique fiscale plus rigoureuse et prudente.

Toutefois, Merkel, dans son discours, a laissé passer une mauvaise nouvelle, que les médias n’ont pourtant pas relevé.  Elle a déclaré que l’Allemagne est prête à soutenir l’euro tant qu’elle n’encourt pas de risque financier. Cette formulation tranche avec son discours de l’année précédente dans lequel elle jurait, à l’unisson avec Nicolas Sarkozy, de soutenir l’euro coûte que coûte « jusqu’au bout ».

Que signifie cet attachement aux réformes structurelles d’un côté et cette prudence de l’Allemagne quant au soutien de l’euro de l’autre ? Cela marque un indéniable retour au réalisme. Il est apparu clairement que les ressources budgétaires de la France ne sont pas illimitées, il en est de même pour l’Allemagne. La source de soutien financier aux pays périphériques s’est tarie. Conséquence : si l’euro passe cette crise (ce qui est fort probable), c’est un véritable renouveau qui l’attend, une période de croissance plus rapide que les vingt dernières années.

Les Etats-Unis

Cette année, il était moins question des  Etats-Unis, leurs problèmes de fond n’étant pas si urgents. Le discours d’une demi-heure du ministre des finances américain, Timothy Geithner, était surtout consacré aux avancées économiques, bien qu’il ait dû également évoquer tous les problèmes de fond : un fort taux de chômage et de pauvreté, d’inégalités ainsi que les problèmes de mobilité économique.

Il n’a toutefois proposé aucune solution convaincante. Il a seulement évoqué une augmentation des impôt sur les hauts revenus et a accusé la Chine de tous les maux.

L’économie américaine est confrontée à des difficultés non négligeables. Les tensions sociales et l’indécision politique que cela entraîne empêchent une prise de décision efficace permettant de résoudre ces problèmes rapidement. Contrairement à l’Europe actuelle, les Etats-Unis manquent d’unité politique comme au temps de la « vieille » Europe, où les conflits politiques bloquaient la croissance économique. Il est probable que l’économie des Etats-Unis continuera de croître plus vite qu’en Europe mais à un rythme plus lent que ces vingt dernières années.

La Chine

La possibilité d’une crise en Chine n’a pratiquement pas été évoquée lors du Forum. Certes, il existe des problèmes : incertitude des sources de croissance, hausse de la corruption et inégalités sociales, protectionnisme et risque de bataille marchande avec les Etats-Unis. Pourtant, il est peu probable que la Chine connaisse un ralentissement économique, du moins dans un futur proche.  Un commentaire inattendu a attiré notre attention lors d’une conférence intitulée « Dollar, euro, yuan : l’incertitude ». En fait, la Chine ne souhaite pas voir le yuan devenir monnaie de réserve dans les dix prochaines années. Les autorités chinoises craignent que la course au yuan fort en période de crise mondiale puisse entraîner des problèmes dans le secteur réel. Ce qui veut dire que la Chine va probablement suivre le programme national du douzième plan quinquennal, prévoyant le passage du modèle de l’export à la consommation nationale. Le yuan attendra donc que l’économie chinoise se stabilise et atteigne un équilibre des exports et du marché national et développe son marché financier.

Lisez article original sur le site Vedomosti.ru

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