La rue se divise pour ou contre Poutine

Crédits photo : Vassili Maksimov/Ridus.ru http://www.ridus.ru/news/20692/

Crédits photo : Vassili Maksimov/Ridus.ru http://www.ridus.ru/news/20692/

Deux grandes manifestations samedi soulignent la division croissante de la société russe autour du futur rôle politique de Vladimir Poutine.

Crédits photos : Simone Cerio/Parallelozero, Michael Mordasov/FocusPictures



Les partisans de Vladimir Poutine ont décidé qu’il était temps de réagir à la mobilisation sans cesse croissante de l’opposition russe. Sous le slogan « Nous avons beaucoup à perdre » (sous-entendu : si Poutine quitte le pouvoir), une manifestation massive de soutien au premier ministre en campagne a été organisée à Poklonnaïa Gora, à l’Ouest du centre ville de Moscou. Un lieu hautement symbolique où sont célébrées les grandes commémorations patriotiques, en particulier celles dédiées à la seconde guerre mondiale. La manifestation avait pour objectif de démontrer une capacité de mobilisation égale, sinon supérieure à celles des opposants à Poutine. Ce dernier avait la veille remercié par avance ceux qui s’apprêtaient à affronter le froid pour lui témoigner leur loyauté. Vladimir Poutine s’est aussi excusé du fait que des « ressources administratives » étaient employées pour forcer certaines catégories de fonctionnaires à s’y rendre. La presse russe cite de nombreux témoignages de personnes menacées de représailles sur leur lieu de travail si elles ne se rendaient pas à Poklonnaïa Gora. La chambre des représentant de la société civile fait état d’une cinquantaine de victimes de ces pressions. Une brochette de vedettes de la télévision d’Etat, des écrivains nationalistes et autres figures politiques loyales envers Vladimir Poutine se sont succédées à la tribune pour lancer des diatribes anti occidentales et enjoindre l’assemblée de voter pour « l’unique rempart contre la révolution orange », c’est-à-dire la conspiration des Etats-Unis destinée à briser la Russie. La foule parsemée, principalement des personnes de quarante ans et plus, a réagit très mollement aux discours.

Selon les données des médias, la manifestation de soutien au candidat Poutine à Poklonnaïa Goraa rassemblé 130 000 participants. (Photo : Aleksandr Kojokhine/RIA Novosti) 

Parmi les candidats rivaux de Vladimir Poutine aux présidentielles, seul le milliardaire Mikhaïl Prokhorov a participé à la manifestation de l’opposition, sans toutefois s’exprimer depuis la tribune. Le candidat nationaliste Vladimir Jirinovski (du parti LDPR) a organisé un meeting alternatif sur la Place Pouchkine, qui a rassemblé un millier de manifestants (voir l'infographie).

La manifestation de l’opposition, dans le centre de Moscou, avait trois points communs avec celle de Poklonnaïa Gora. Elle s’est déroulée simultanément, par une même température glaciale de -20°, et a également rassemblée des nationalistes. Pour le reste, tout distingue les deux événements. L’opposition a rassemblée un très large faisceau de mouvements politiques, en dehors de la poignée de nationalistes. Des libéraux, des démocrates, des socialistes, des communistes, et l’extrême-gauche. Cet assemblage incongru a défilé sous des slogans fédérateurs – les mêmes que ceux des manifestations précédentes du 10 et du 24 décembre – c’est-à-dire : l’annulation des élections législatives du 4 décembre, la démission du président de la commission électorale, une démocratisation du système politique russe, et surtout le départ de Vladimir Poutine du pouvoir. La tribune dressée sur la place Bolotnaïa a vu se succéder des hommes politiques comme le libéral Vladimir Ryjkov, le gauchiste Sergueï Oudaltsov, l’écrivaine Lioudmila Oulitskaïa et l’illustre chanteur de rock Iouri Chevtchouk. Encore quelque 150 opposants se sont réunis sur l'avenue Sakharov.

Résultat des courses, une grande guerre des chiffres entre les deux camps. La police moscovite, dont l’objectivité est loin d’être garantie, annonce des chiffres très modestes pour la manifestation de l’opposition, d’abord 23 000 puis 36 000. Elle se montre beaucoup plus généreuse pour la manifestation de soutien au candidat Poutine, avec 130 000 participants. Des chiffres repris par la télévision d’Etat, trop heureuse de pouvoir rendre ainsi service au premier ministre. Du côté de l’opposition et des journalistes indépendants, les chiffres sont presque exactement symétriques : autour de 120 000 participants à Bolotnaïa, contre à peine 20 000 partisans pour Vladimir Poutine.

Bien que le fossé se creuse entre les deux camps dans l’opinion publique, aucune violence n’a été observée dans cette grande journée de manifestation. L’opposition sait qu’elle ne pourra pas empêcher la réélection de Vladimir Poutine, mais elle s’est rassurée sur sa capacité de mobilisation toujours intacte. Le Kremlin a montré qu’il pouvait reprendre l’initiative politique et rassembler une masse de figurants suffisante pour impressionner le téléspectateur. Le pays est semble-t-il encore très loin d’une révolution sanglante.

Infographie de Niyaz Karim. Source : médias russes

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.