Rosatom prend Alstom sous son bras

Crédits photo : Itar-Tass

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Formellement, c'est l'alliance entre la filiale de Rosatom AtomEnergoMash et Alstom qui a remporté le contrat pour la fourniture de l'îlot conventionnel des blocs 1 et 2 de la future central « Baltic » en construction à Kaliningrad. Un contrat de 875 millions d'euros au total, et dans lequel le géant industriel français va récupérer 480 millions d'euros. Il n'y avait guère de suspense concernant Rosatom lui-même, puisque cette corporation d'Etat russe possède le monopole de la construction et de la gestion des centrales nucléaires sur le territoire russe. « Baltic » comptera deux réacteurs à eau pressurisée VVER de 1200 mégawatts chacun, qui entreront en service respectivement en 2016 et 2018.

Cette décision est historique, car c'est la première fois que Rosatom choisit un partenaire étranger pour la construction d'une centrale russe. Jusqu'ici, les turbines équipant les centrales de Rosatom étaient de conception soviétiques et fabriquées en Ukraine. Rosatom fait donc le choix de l'innovation pour une centrale qui devrait à terme exporter de l'électricité à des pays de l'Union Européenne (a priori les voisins polonais et lituaniens). La participation d'Alstom devrait également faciliter les négociations de Rosatom avec des investisseurs européens pour le financement de la centrale nucléaire Baltic. Des pourparlers sont déjà en cours avec EDF et l'italien Enel. Si un cofinancement avec des européens se réalise, il s'agira aussi d'une grande première, puisque jusqu'ici l'Etat russe gardait jalousement le 100% du contrôle sur l'ensemble de son secteur nucléaire. Il y a encore quelques années, ce secteur dépendait exclusivement des militaires. L'ouverture permet à Rosatom de bénéficier de transferts de technologie, de financements et de possibilités améliorées pour commercialiser ces centrales à l'international.

Le contrat pour la turbine « Arabelle » confirme les perspectives d'Alstom dans le secteur de l'énergie russe, et entérine la sortie du secteur nucléaire russe de l'allemand Siemens, qui il y a peu de temps encore s'apprêtait à conclure une alliance stratégique avec Rosatom. Une majorité des équipements d'Arabelle seront construits en Russie, et le reste sur le site de Belfort, en France.

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