Portraits-papillons

Crédits photo : Vadim Zaritski

Crédits photo : Vadim Zaritski

L’artiste Vadim Zaritski utilise une méthode insolite pour ses dessins : des ailes de papillons. Sa collection recèle de nombreuses œuvres, dont les portraits de politiciens ou de peintres célèbres, ainsi que des paysages et des natures mortes.

L’ex-officier de la police devenu artiste-entomologiste, Vadim Zaritski, ne s’intéresse pas à la politique, mais son pronostic s’est avéré juste. Avant les élections législatives, il a conçu les portraits des leaders des partis d’opposition qui, selon lui, allait obtenir des sièges à la Douma. Aujourd’hui, Zaritski veut offrir ses tableaux à Ziouganov (KPRF), Mironov (Russie juste) et Jirinovski (LDPR), en espérant étonner les hommes politiques : leurs visages sont composés à l’aide d’ailes de papillons.

Ce genre artistique est totalement inédit, à l’exception peut être de certains peintres du continent africain, mais il est difficile de comparer leurs œuvres aux créations d’orfèvre du maître russe. Rien d’étonnant non plus que Zaritski n’ait pas encore de suiveur dans l’art figuratif contemporain.

« La vie d’un papillon ne dure que quelques semaines. Mes peintures permettent de les admirer pendant des années, explique l’artiste ».

Depuis son enfance, Vadim Zaritski se préparait à ce grand hobby de sa vie, en collectionnant des papillons.

« Ceux qui collectionnent les papillons savent qu’il reste souvent du résidu inutile, les ailes, que les collectionneurs considèrent comme des déchets, raconte Zaritski. Si les ailes sont abimées, ou qu’elles ont en partie perdu leur couleur, elles sont laissées de côté par les spécialistes. On regrette de les jeter, mais impossible de les garder non plus, car des insectes nuisibles peuvent s’y développer et il faudra alors tout jeter ».

Mais un jour Zaritski a eu une illumination : ces restes peuvent être joliment utilisés, servir à créer des tableaux. Sa première œuvre l’a inspiré, il s’est vite attelé à la suivante. En cinq ans, l’artiste a créé plus de cent tableaux, tous différents par le sujet et le format. Le peintre-entomologiste utilise rarement des couleurs vives et criardes, il leur préfère des gammes plus calmes. Parmi ses œuvres : natures mortes, compositions de genre ou philosophiques, portraits, paysages. Il a même exécuté des copies de tableaux de maitres célèbres : Van Gogh, Gauguin, Picasso, Vroubel.

L’œuvre la plus imposante de Zaritsky (près de deux mètres de long) s’intitule « Le chasseur ». Selon l’artiste, nous sous-estimons le rôle des insectes qui peuplent notre planète. Les hommes risquent de tous les anéantir, ce qui provoquera la perte de la civilisation humaine. Mais si nous disparaissons, les insectes ne s’en rendront même pas compte. Rien que des papillons connus, il y en a 150 000 !

L’essentiel pour Zaritsky n’est pas seulement de composer une belle mosaïque, mais de proposer également au spectateur un nouveau regard sur le monde. Sa dernière œuvre est consacrée à une artiste de l’âge de pierre. On peut contempler longuement le tableau qui dissimule un grand nombre de symboles. L’ombre de la femme rappelle une immense aile de papillon et le relief des rochers reprend les contours des pays africains et latino-américains. L’artiste s’intéresse au processus quand l’homme devient peintre. Que se passe-t-il dans son esprit et lui permet de créer des images artistiques ? Zartisky lui-même est en constante quête artistique.

« Je veux créer des toiles décoratives, en noir et blanc, presque photographiques. À  travers mes œuvres je me raconte moi-même et le monde alentours, explique le peintre. C’est cela le véritable art pour moi ».

Mais sa philosophie n’a pas que des adeptes. Certaines femmes trop sensibles reprochent à l’artiste sa cruauté envers les papillons. Pour les rassurer, Zartesky répète souvent les mots d’un entomologiste russe célèbre, Vladimir Mourzine : « Les insectes sont un trait d’union nutritif entre les plantes et les animaux. Ils sont prévus par la nature pour être consommés par d’autres espèces. Cette destruction naturelle ne met pas en danger la population des insectes parce que les rythmes de reproduction sont supérieurs. Par exemple, dans une seule caverne du Texas, les chauves-souris, en une nuit, dévorent 240 tonnes d’insectes ».

Depuis l’année dernière, l’ancien lieutenant-colonel Zaritsky a pris une retraite méritée et se consacre désormais entièrement à son art.

« Enfin je suis revenu aux sources, se réjouit-il. Avant, je devais gagner mon pain, en oubliant l’essentiel, ce qui réjouit l’âme. J’ai toujours eu une attirance vers une perception artistique du monde. Quand j’étais officier de la marine, et policier, je ne ratais pas une occasion pour toucher au Beau. Maintenant, je suis heureux de pouvoir créer quand je veux ».

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