Les réformes de Gorbatchev : une véritable avancée

Crédits photo : amazon.fr

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Gorbatchev fait depuis longtemps office, en France, d’image de marque russe par excellence. L’homme a déjà fait couler beaucoup d’encre, mais la toute nouvelle monographie signée Andrei Gratchev, « Gorby, pari perdu ? », tient une place à part du fait que son auteur fut conseiller et attaché de presse du dernier Secrétaire général du Parti communiste d’URSS.

Fin décembre, tandis que l’Europe fêtait à l’unisson les 20 ans de la chute de l’Union soviétique, l’ouvrage consacré aux réformes de Gorbatchev a tout de suite attiré l’attention de la presse française. L’Observateur russe a rencontré Andreï Gratchev lors de la présentation de son livre.

M. Gratchev, racontez-nous l’origine de ce livre?

Il y a quelques années, j’ai reçu une bourse de l’Université d’Oxford pour la recherche sur le thème de la politique extérieure de Gorbatchev. Le résultat de ces travaux a été publié en Grande-Bretagne, en 2008, sous un titre assez radical : Gorbatchev’s gamble. En France, ce sont les membres de l’Institut de coopération avec l’Europe orientale (ICEO) qui ont remarqué et contribué à la publication de ce travail.

Votre livre est préfacé par Hubert Védrine, homme politique et diplomate de renom. Ce n’est pas anodin?


En effet, nous avons beaucoup travaillé ensemble lors des rencontres de Mikhaïl Gorbatchev avec François Mitterrand. C’est un bon ami. Son soutien est d’autant plus important pour moi qu’il a été présent dès les premiers jalons des nouvelles relations franco-russes.

Quelles sont les questions qui vous sont le plus souvent posées par les journalistes français ?

Leur intérêt porte beaucoup sur le rôle que joue Gorbatchev de nos jours. Je ne cesse de répéter que Mikhaïl Gorbatchev ne souhaite en aucun cas être relégué au rang de relique du passé, qu’il continue de prendre part à la vie politique et sociale de son pays. Son discours en faveur des manifestations de décembre le prouve. Il est écouté et entendu. Bien sûr, il n’est pas le leader de l’opposition, mais son influence en matière de politique et de morale est croissante.

Pourquoi cette interrogation dans le titre ? Les réformes de Gorbatchev ont-elles échoué ?

A mon avis, l’histoire de la Russie post-soviétique est en soi une recherche constante de la réponse à la question posée par la Perestroïka de Gorbatchev et qui plane encore de nos jours : la Russie a-t-elle fait le choix définitif de la voie démocratique ou tente-t-elle de trouver à tâtons sa propre voie, en hésitant sur le bon choix à faire et en n’excluant pas l’idée d’un retour au régime soviétique.

Aujourd’hui, la situation rappelle sur beaucoup de points les années 80, quand la nomenklatura s’opposait aux réformes. En Occident, Poutine est systématiquement comparé aux apparatchiks soviétiques.

Alors, finalement, Gorby a-t-il gagné ou perdu la partie ?

Gorbatchev, tout comme les occidentalistes du XIXe siècle, considérait que la Russie devait suivre le modèle démocratique. Or, de nos jours, ce modèle a perdu sa popularité et on observe un regain de nostalgie pour le communisme. On peut dire que sur ce point, Gorbatchev a perdu. Toutefois, il a indéniablement su insuffler à une grande partie de la population, et surtout aux jeunes, la conscience démocratique. Les manifestants de la place Bolotnaïa et prospekt Sakharov, je les nommerais volontiers les « enfants de Gorbatchev ». Sur ce point, il remporte une grande victoire.

Si ça n’avait  pas été Gorbatchev mais un autre, l’histoire aurait été différente ?

La réponse est ambivalente. Les qualités humaines et morales de Gorbatchev, son refus de la violence et de la contrainte, correspondaient tout à fait au mouvement réformateur et de renouveau dont avait besoin le pays et son système politique. S’il n’eut été que simple dissident s’étant retrouvé à la tête du Parti, il aurait été incapable de trouver un soutien suffisant, surtout de la part de gens de l’élite politique et intellectuelle. Et le mouvement ce serait essoufflé, comme dans le cas de Khroutchev.

Dans votre livre, l’analyse géopolitique occupe une place centrale. Par exemple, vous mettez en évidence le fait que l’administration américaine accueillait les réformes de Gorbatchev avec méfiance.

C’est tout à fait logique. Au début, les présidents américains ne faisaient pas plus confiance à Gorbatchev qu’aux autres dirigeants soviétiques. Je pense que les Etats-Unis ne voulaient pas laisser entrer l’URSS sur l’arène politique internationale en tant que partenaire égal. Ils avaient une vision à court terme des avancées initiées sous Gorbatchev. Ils essayaient de tourner l’arrêt de la course aux armements ou la fin de la Guerre froide à leur avantage. Par exemple, juste après le retrait des troupes soviétiques en Europe de l’Est, l’OTAN s’est empressé d’y occuper des positions militaires stratégiques. Les politologues occidentaux ont, aujourd’hui encore, du mal à comprendre l’ampleur de ces réformes. Ils se sont trompés dans leurs prévisions. Il était entendu que sans URSS, la Russie cesserait de jouer un rôle sur la scène internationale. Cette erreur de calcul géopolitique est à l’origine  de certaines des guerres modernes, en Irak ou en Yougoslavie, et des tensions entre l’Occident et les dirigeants russes actuels.

Lisez article original sur le site de l'Observateur russe

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