Trop de fonctionnaires en Russie

Source : Yaroslav Naumkov

Source : Yaroslav Naumkov

Ces dix dernières années, le nombre total d’agents publics a augmenté de 40% en Russie. Ils étaient 1,16 million fin 2000 et, déjà, 1,65 million dix ans plus tard. Ces chiffres proviennent du rapport final sur la réforme de la stratégie à long terme jusque 2020, transmis au gouvernement et au journal Vedomosti. Le nombre de fonctionnaires augmente, et ce alors que la population russe diminue. Ainsi, la Russie comptait l’année passée 1 153 agents de la fonction publique pour 100 000 habitants, contre 794 dix ans auparavant (soit 1,5 fois plus). Pour montrer à quel point la bureaucratie s’est renforcée, les experts comparent ces statistiques avec celles des États-Unis : aux États-Unis, il y a proportionnellement quatre fois moins de fonctionnaires du fisc qu’en Russie, et 2,5 fois moins d’agents de la douane.

Aujourd’hui, en Russie, les fonctionnaires représentent 2,5% de la population active, contre 1,8% en 2000 et 1,5 en 1994. Selon les auteurs du rapport, la Russie compte beaucoup trop d’agents publics, ce qui freine le développement économique et coûte trop cher au pays. Rien que pour leurs salaires, tous les niveaux de l’État dépensent près de 67 milliards de roubles (environ 1,65 milliard d’euros) par mois, soit 804 milliards par an. Un retour, ne serait-ce qu’au niveau de 2000, permettrait d’économiser près de 240 milliards de roubles (5,9 milliards d’euros) par an. « Et si l’on ajoute les autres dépenses destinées, entre autres, aux logements, aux transports et aux communications, cette somme atteint même le double », d’après Andreï Klimenko, directeur de l’Institut d’administration publique et municipale de la Haute École d’Économie.

Les experts gouvernementaux proposent de réduire le nombre de fonctionnaires de 30% d’ici 2020. La moitié des fonds ainsi économisés servirait à augmenter les salaires des agents publics restants, ce qui représenterait encore une économie de 120 milliards de roubles, soit 0,3% du PIB. Il faudrait également améliorer l’efficacité des fonctionnaires restants en introduisant un système de rémunération plus stimulant. À l’heure actuelle, la qualité du travail des agents publics est inférieure à celle des autres secteurs de l’économie. Evguéni Mironov, directeur général du Centre de développement de la Haute École d’Économie, estime qu’en dix ans, la productivité des fonctionnaires a chuté d’environ 20%. « Nous travaillons la nuit et les samedis. Comment peut-on alors affirmer que nous ne sommes pas productifs ? », répond irrité un fonctionnaire du département économique. Sans doute passent-il trop de temps en réunion. « Pour une réunion de deux heures, on peut perdre deux jours : il faut se rendre quelque part en Sibérie pour attendre des heures sans rien faire. En effet, rien ne commence à l’heure », se plaint un interlocuteur de Vedomosti.

« Depuis 2000, l’État a essayé par deux fois de réduire le nombre de fonctionnaires », rappelle un employé du ministère du Développement économique. Au début des années 2000, la « débureaucratisation » a été un échec car le nombre d’agents publics a recommencé à augmenter suite à la réforme de l’administration. La dernière tentative visant à réduire le personnel dans la fonction publique date de 2010. Le ministère des Finances avait lancé une initiative dont l’objectif était d’avoir 120 507 personnes en moins dans les organes fédéraux (c’est-à-dire 20% des effectifs totaux), afin d’économiser 43,4 milliards de roubles. « On ne note pas encore de baisse significative du nombre de fonctionnaires : les seuls suppressions dans les listes d’effectifs des ministères et des départements de la fonction publique concernent des postes non occupés ou des départs à la retraite », constate un agent de l’appareil gouvernemental. « Mais on devrait tout de même assister à une baisse progressive dans les années à venir », ajoute-t-il.

« Le renforcement de la bureaucratie est dû à la politique de Vladimir Poutine », estime le politologue Mikhaïl Vinogradov. « Le rôle de la fonction publique a également fortement augmenté ces dix dernières années. La Russie n’est pas la seule dans ce cas et les dépenses pour entretenir l’appareil de l’État augmentent aussi dans beaucoup d’autres pays, mais ces dépenses sont toujours contrôlées par la société », précise Klimenko. « C’est une question politique. C’est notamment la raison pour laquelle on décide de temps à autres de réduire le personnel dans la fonction publique. On observe le même phénomène aux États-Unis et en France ».

Article initialement publié dans le journal Vedomosti

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