Qui sera le Vaclav Havel Russe ?

Crédits photo : Kirill Rudenko

Crédits photo : Kirill Rudenko

La mobilisation contre le Kremlin et les falsifications électorales continue de prendre de l'ampleur. 29 000 manifestants selon la police, 120 000 selon les organisateurs.


Le récemment décédé Vaclav Havel était omniprésent samedi 24 décembre. « Nous cherchons notre Vaclav Havel » clame une pancarte. La photo du dramaturge dissident devenu chef d'Etat était presque aussi populaire que celle de l'impopulaire (parmi les manifestants) Vladimir Poutine. Une large majorité des manifestants réclament son départ en répétant les slogans lancés depuis la tribune. Le thème de la manifestation répète celui de la place Bolotnaïa, le 10 décembre : « des élections sans fraude », « démission pour Tchourov » (le président de la commission électorale), « Poutine va-t-en ! ».

La foule est toujours aussi composite. Le Kremlin réunit contre lui les tendances les plus diverses et les plus farouchement opposées : nationalistes, libéraux, démocrates, homosexuels, musulmans, communistes, anarchistes, « pirates », ultra gauche. Ne manquait que Limonov et ses nationaux bolcheviques, qui ont visiblement décidé de bouder une révolte selon eux trop mesurée. La manifestation du 24 décembre sur l'avenue Sakharov, avait reçu l'autorisation des autorités moscovites.

Selon les manifestants, le problème de fraudes électorales revêt un caractère international. Crédits photo : Tatiana Chramtchenko

Contrairement à la manifestation du 10 décembre, les forces de l'ordre étaient particulièrement discrètes. Pas d'OMON, ces forces de l'ordre redoutés pour leur matraque lourde. Les forces déployées étaient pour l'essentiel des étudiants du ministère de l'intérieur, âgés de 18 à 22 ans. L'ambiance est resté calmes tout au long de la manifestation, hormis les égosillements de quelques leaders de l'opposition. Personne n'a appelé à une révolution armée, même si certains courants de l'opposition l'appellent de leurs vœux. L'opposition bigarrée cherche à donner un visage modéré.

Les forces déployées étaient pour l'essentiel des étudiants du ministère de l'intérieur, âgés de 18 à 22 ans. Crédits photo : Kirill Rudenko

Parmi la trentaine de personnalités qui se sont succédées à la tribune, beaucoup de figures du showbiz, du petit écran et du monde de la culture. Des gens qui, comme Ksénia Sobtchak l'a avoué se rendent « pour la 2ème fois de leur vie à une manifestation politique ». Ses mots prudents n'ont pas empêché la vedette de la télévision de se faire copieusement huer durant tout son discours. Le fait qu'elle soit considérée comme une protégée de Vladimir Poutine (c'est le père de Sobtchak qui fut son parrain en politique) n'y a sûrement pas été pour rien. Même sort désagréable pour le libéral Alexeï Koudrine, dont le discours fut aussi mesuré que bref. Il est vrai que jusqu'à sa dispute publique avec le président Medvedev en septembre dernier, Koudrine fut ministre des Finances pendant 11 ans et l'un des plus fidèles alliés de Poutine.

Alexeï Koudrine, ex-ministre des Finances russe. Crédits photo : Reuters

La semaine dernière, le premier ministre rappelait à la télévision : « Koudrine est mon ami. Il aura sa place dans la future équipe dirigeante ». Pourtant, Koudrine s'est déclaré solidaire du mot d'ordre de la manifestation, à savoir l'annulation des législatives du 4 décembre. Il a réclamé la démission du président de la commission électorale Vladimir Tchourov, et l'organisation d'élections présidentielles « sur une nouvelle base équitable, pour éviter le risque d'une révolution ».

Visiblement intimidé par la propension des manifestants à siffler toute personnalité libérale, le milliardaire Mikhaïl Prokhorov, candidat aux présidentielles contre Poutine, n'a pas osé monter sur la scène. Manque de courage politique ? Il lui en faudra beaucoup plus s'il désire réellement affronter Vladimir Poutine et devenir un véritable animal politique.

Mikhaïl Prokhorov, candidat aux présidentielles2012, n'a pas osé monter sur la scène. Crédits photo : Tatiana Chramtchenko

Alexeï Navalny, lui, n'a pas ce problème. Ce blogueur de 35 ans fût le seul à se faire réellement acclamer par une foule unanime. Ce aujourd'hui la figure la plus consensuelle de la contestation grandissante contre le Kremlin. Mais il lui reste bien du chemin à faire pour devenir le Vaclav Havel russe.

Le blogueur russe anti-corruption Alexeï Navalny. Crédits photo : Kirill Rudenko

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