Mikhaïl Prokhorov, une alternative aux manifestations de rue

Mikhaïl Prokhorov, candidat à l'élection présidentielle 2012. Crédits photo : Reuters/VostockPhoto

Mikhaïl Prokhorov, candidat à l'élection présidentielle 2012. Crédits photo : Reuters/VostockPhoto

Deux mois et demi après son évincement  scandaleux du parti Juste Cause, Mikhaïl Prokhorov a décidé de se présenter aux élections présidentielles. Du point de vue politique, cette candidature arrive à point nommé, faisant écho  aux manifestations massives réunies dans les plus grandes villes de Russie contre les fraudes électorales lors des dernières législatives. Officiellement, le pouvoir nie l’ampleur des falsifications dont on l’accuse sur la Toile (largement plus politisée et plus contestataire que la population dans son ensemble). Mais cette classe moyenne, cultivée et impliquée politiquement, se déclare outragée par ces pratiques irrévérencieuses. Et, c’est justement cette partie de la population, désignée par le directeur adjoint du chef de l’administration présidentielle, Vladislav Sourkov, sous le nom de « citadins irrités », qui se retrouve aujourd’hui sans véritable parti officiel pour la représenter.

Profil

Mikhaïl Prokhorov, homme d’affaires russe

Né en 1965 (46 ans) à Moscou

Troisième fortune de Russie selon le magazine Forbes ($18 milliards)

Ancien joueur de basket-ball, propriétaire de la franchise NBA des New Jersey Nets

Fondateur d’une organisation non lucrative et non commerciale « Fondation Mikhaïl Prokhorov » qui à pour vocation d’encourager des projets socialement importants dans les domaines de la culture et de l’éducation

Ils ne sentent aucune appartenance avec le parti Russie uni, qu’ils considèrent comme le parti des notables. Et c’est plus par opposition qu’ils ont voté lors des législatives pour des partis de gauche comme Russie Juste ou les communistes, dont on doute que les programmes puissent vraiment représenter les intérêts de cette classe moyenne grandissante. Force est de constater que ce vote « contre » en l’absence de candidat représentatif est un réel symptôme de dysfonctionnement du système politique dans son ensemble. Se doter d’un parti qui leur permettrait de revendiquer en bonne et due forme leur position par des actions concrètes et réfléchies s’avère indispensable. Et c’est là qu’intervient  Prokhorov, tel un deus ex machina.

Cependant, l’oligarque ambitieux, si pressé de prendre sa revanche après le scandale de son évincement (il accuse le Kremlin et surtout Vladislav Sourkov d’en être les instigateurs), n’a même pas eu le temps de mettre au point toutes les formalités. Or, la législation électorale russe est très pointilleuse et plus d’un candidat « autoproclamé » s’est déjà fourvoyé dans les méandres bureaucratiques. On remarquera qu’aucun candidat indépendant, non soutenu par le Kremlin ou par un parti déjà présent à la Douma, n’a réussi ces dix dernières années à faire enregistrer son parti, ni à être mentionné sur les bulletins électoraux.

La date limite de la demande officielle au Comité électoral pour être candidat aux présidentielles est le 10 décembre. Or, Prokhorov ne serait toujours pas inscrit. De plus, il aurait dû, avant le 15 décembre, avoir formé un groupe de 500 personnes (en bonne et due forme), qui doit à son tour le nommer candidat. La semaine dernière, un autre candidat indépendant, Edouard Limonov, récoltait les signatures dans le froid moscovite, car il s’est vu refuser à la dernière minute un local pour la réunion. Plus difficile encore, le candidat qui n’est pas soutenu par un parti présent à la Douma doit récolter deux millions de signatures sur l’ensemble du territoire russe. La vérification de l’authenticité de chaque signature est très stricte. Beaucoup de candidats se sont vus recalés pour des signatures considérées comme « invalides ». Prokhorov a déclaré que pendant ces deux mois et demi, il n’est pas resté à se tourner les pouces mais s’est attelé avec son équipe à mettre en place toute l’infrastructure nécessaire à la récolte de 2,5 millions de signatures.

Il sera sûrement plus aisé pour Prokhorov de franchir ces obstacles compte tenu que son apparition sur l’échiquier politique constitue un réel avantage pour le pouvoir en place. D’une part, cela mettra un peu de piment à des élections qui promettaient d’être fades avec une victoire facile de Poutine au premier tour sur des candidats faisant office de figurants politiques (Zuganov, Jirinovski ou Mironov). A présent, la tension monte. Un élément nouveau apparaît, capable de faire converger vers lui, si ce n’est la majorité, au moins une grande partie de l’électorat d’opposition. Ce qui contribuera à calmer les tensions qui auraient pu dégénérer en répression si elles avaient continué à s’étendre dans le pays.

Prokhorov  n’est pas le gage que Poutine ne gagnera pas dès le premier tour. Mais cela signifie qu’une grande partie des mécontents  préférera voter pour un Prokhorov tout frais éclos, que pour des Jirinovski ou des Zuganov dépassés, et que c’est toujours mieux que de faire le pied de grue dans la rue.

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