L’espoir est dans la génération «P»

Image de Natalia Mikhaïlenko

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Les élections sont terminées, et l’effervescence électorale va elle aussi bientôt disparaître. Malgré tout mon respect pour les participants des évènements de la place Trioumfalnaïa, cette explosion de l’activisme citoyen reste purement locale. Encore une petite semaine, et le pays aura oublié la politique, et commencera à se préparer aux fêtes de fin d’année. Le moment est donc venu de réfléchir à tout ce qui se passe autour de nous, et à ce qui pourrait se passer après.

L’électorat en colère va sans doute se rendormir à nouveau, car une partie se satisfait du simple fait des protestations, quand la seconde devrait vite s’apercevoir qu’il n’y a personne en qui croire et se battre. Tous les SR (Parti socialiste révolutionnaire) et autres Jirinovski (parti libéral-démocrate) vont se rallier à la coalition du parti Russie unie de Vladimir Poutine ou, pour dire les choses telles qu’elles sont, recevront quelques postes de prestige au Parlement, et tout se terminera tranquillement.

D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle la sortie du parti Iabloko se devait d’être réussie. Au sein du pouvoir, rien ne serait changé, mais l’intelligentsia démocratique pourrait à nouveau sentir son importance, son influence après dix ans de silence. Ce qui pourrait modifier l’équilibre du pouvoir dans la société, et devenir, à l’avenir, un facteur à prendre en compte par le pouvoir. Iabloko n’a réussi qu’en partie. Il n’est pas passé au Parlement, mais un changement s’est opéré au sein du parti. Il ne rappelle plus un monopole de quatre partis réunis, mais s’apparentent plutôt à la formule «4+1».

Pour ce qui est des élections présidentielles, tout semble clair. Oui, sans doute ils seront plus « visibles » qu’en 2004 ou 2008, mais tous comprennent que personne ne peut pour l’instant rivaliser avec Vladimir Poutine. Le problème pour lui, c’est, en se faisant élire, d’empêcher une nouvelle dégradation de son image. Actuellement, des signes montrent que les polytechniciens du Kremlin sont un peu perdus. Ils n’ont pas encore défini de stratégie pour Russie unie, et se demandent s’il ne vaudrait pas mieux réintégrer le bulletin « contre tous » parmi les options de vote.

Reste le fait que les problèmes qui subsistent sont beaucoup plus nombreux pour l’opposition que pour Vladimir Poutine. La Russie d’aujourd’hui, qui a une grande expérience des révolutions, ne peut pas gagner sans un objectif positif, sans une alternative claire et limpide pour le peuple. Et l’opposition n’a rien de cela, elle ne sait que protester. Les pouvoirs peuvent même se permettre de les laisser protester jusqu’à la déstabilisation, ils perdront alors à ce moment le soutien d’une majorité de la population.

Le problème ne réside pas seulement dans les politiques. Les élections de la semaine dernière ont montré qu’en Russie, il existe trois « zones » distinctes au sein des mentalités. La première rassemble les deux capitales, Moscou et Saint-Pétersbourg, où les protestations sont importantes, et où les idées des démocraties occidentales restent fortes. La seconde zone concerne les régions touchées par les protestations, mais sans aspiration démocratique. La troisième, enfin, est constituée de territoires absolument contrôlés, où il n’existe qu’une loi, celle de la volonté du baron local.

La question qui se pose alors est, est-il réellement possible de mettre en oeuvre des réformes sérieuses dans le pays, dont les régions sont si différentes du point de vue de la mentalité ? Cette question s’était déjà posée dans le passé, au cours des réformes menées par Gorbatchev, et à laquelle la réponse fut négative. Depuis, nous connaissons des systèmes politiques différents dans les républiques de l’ex-URSS. Faut-il comprendre que la tentative de mener de vraies réformes, pas seulement cosmétiques, dans toute la Fédération de Russie, nous menace d’une scission territoriale ? Il n’y a pas de réponse. Ni de réformes. Et que se passera-t-il ? La continuation d’une stagnation mortelle pour le pays et le maintien de cette situation sans issue nous guettent-ils ? Apparemment oui, bien que deux tendances positives semblent se dessiner.

La première est une politisation de la jeunesse. La « génération Pepsi », qui pendant longtemps ne semblait s’intéresser à rien sauf à soi-même, semble avoir été réveillée par les pressions maladroites du pouvoir pendant les élections. En signe de protestation, la jeunesse a organisé sur les réseaux sociaux une véritable chasse aux falsifications, et a été particulièrement indignée par toutes les informations sur les fraudes. Bien sûr, une grande partie se calmera bientôt, mais nombre d’entre eux ont connu l’avant-goût de la lutte politique, et se sont tournés vers des partis d’opposition. Un facteur particulièrement important pour le camp démocratique, qui n’avait pas connu de relève générationnelle depuis longtemps. 

La deuxième tendance est la même que celle observée dans les pays arabes : une société civile qui s’organise à travers les réseaux sociaux. Une « société virtuelle », déjà suffisamment forte pour influer sur le reste de la population, et qui commence même à effacer les divergences régionales. Un phénomène qui tend à s'accélérer. La question est de savoir si cette communauté va simplement protester ou si elle est prête à soutenir un parti. Et si oui, lequel?

Au sein de cette « Russie virtuelle », deux forces dominent : les nationalistes, qui se caractérisent par un fort sentiment d’hostilité envers les immigrés, et une force mue par le renouvellement du mouvement démocratique. Ces deux tendances vont probablement quitter l’espace virtuel pour le « réel », et devraient s’affronter entre eux, ainsi qu’avec le pouvoir. Difficile de prévoir le déroulement des évènements, mis à part que la «génération Pepsi» ne semble compter sur personne.

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