Mobilisation sans précédent de l'opposition à Moscou

Le blogueur anti corruption Alexeï Navalny a longuement été acclamé. Crédits photo : Rustem Adagamov/drugoi

Le blogueur anti corruption Alexeï Navalny a longuement été acclamé. Crédits photo : Rustem Adagamov/drugoi

Les organisateurs attendaient 300 manifestants, mais entre 3000 et 7000 citoyens russes ont déferlé sur le square de Tchistye Prudy lundi soir pour exprimer leur colère à propos des résultats du scrutin législatif de dimanche. Leurs slogans ? « Poutine dehors ! », « Honte ! », « Nous réclamons de nouvelles élections ».

Une mobilisation sans précédent pour l'opposition à Moscou depuis plus d'une décennie. Organisée par des partis d'opposition libérale (dont PARNAS) n'ayant pas été autorisés par les autorités à participer au scrutin, la manifestation avait reçu – une fois n'est pas coutume – l'autorisation de la mairie de Moscou. Les forces de l'ordre étaient massivement déployées tout autour du lieu de la manifestation, en nombre largement supérieur à celui des manifestants. La police a compté entre 700 et 2000 participants, contre 5000 à 10 000 selon les estimations de journalistes présents sur les lieux. Les manifestants ont bravé le froid, l'humidité, la nuit et le risque d'être arrêté qui va de soit pour un défilé de l'opposition.

La foule rassemblée a écouté les discours du romancier et poète Dmitri Bykov, du critique rock Artemy Troïtsky, du caricaturiste Viktor Chenderovitch et des activistes politiques Evguenia Tchirikova (écologiste, défense du bois de Khimki), Boris Nemtsov et Ilia Iachine.

Le blogueur anti corruption Alexeï Navalny a longuement été acclamé. Iachine et Navalny ont été interpellés par la police immédiatement après la manifestation et étaient toujours détenus mardi en milieu de journée, sans avoir été autorisés à consulter leurs avocats respectifs. Ils doivent être déférés au parquet pour infraction à l'ordre public. Des centaines de manifestants ont également été interpellés par la police, certains avec violence. Immédiatement après la manifestation, des dizaines de vidéos de l'événement ont commencé à circuler sur l'Internet, témoignant de l'amplitude de la mobilisation.

Les principales chaînes de télévision ont complètement passé sous silence la manifestation de l'opposition, préférant diffuser les images d'un rassemblement un peu plus tôt dans la journée de quelques centaines de jeunes d'une organisation pro-Kremlin à deux pas de la place rouge. Un choix éditorial qui contraste avec les médias indépendants et étrangers, qui ont accordé une large place à la manifestation de l'opposition. Mais un signe trahit la forte préoccupation des autorités russes : depuis mardi midi, plusieurs agences de presse russes indiquent que des colonnes de camions militaires convergent vers le centre de Moscou. La police confirme que les effectifs de forces de l'ordre sont renforcés.

En dépit de leur frustration relative à un scrutin qu'ils jugent entaché de fraude massive, les leaders des partis d'opposition ayant participé au vote n'ont pas appelés leurs sympathisants à participer à la manifestation. Guennadi Ziouganov, qui avait la semaine dernière annoncé une grande manifestation le 5 décembre, a renoncé à s'y joindre, tout comme ses pairs de Russie Juste, Iabloko et du LDPR. Parnas, organisateur principal de la manifestation, avait appelé l'ensemble de l'opposition à se mobiliser contre le parti du pouvoir Russie unie.

Les autorités russes ont nié l'existence d'une fraude massive lors du vote du 4 décembre, bien que des dizaines de vidéos postées sur l'Internet montrent des violations du processus de vote, parfois par des membres de la commission électorale eux-mêmes. L'ONG Golos, qui surveille la validité des votes, a relevé 2000 plaintes dimanche. Dans toutes les régions du Caucase, le parti Russie Unie recueille des suffrages irréels et supérieurs à 90%, en dépit du fort sentiment anti-russe parmi la population. En Tchétchénie, où Vladimir Poutine a déclenché une opération militaire en 1999, son parti recueille 99,5% des voix pour un taux de participation tout aussi impossible de 99,5%. Les observateurs étrangers de l'OSCE et du Conseil de l'Europe ont publié un communiqué lundi soulignant un vote entaché « par de nombreuses violations de procédures et des instances de manipulation apparente, dont de sérieux indices de bourrage d'urnes ». Le président Russe Dmitri Medvedev a nié toute fraude massive et a déclaré que les élections parlementaires étaient démocratiques.

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