L'électorat russe est encore capable de créer la surprise

Pour la première fois depuis 2003, que Russie unie a pas obtenu moins de 50% des votes. Image de Niyaz Karim

Pour la première fois depuis 2003, que Russie unie a pas obtenu moins de 50% des votes. Image de Niyaz Karim

Les résultats des élections seront officialisés dans la matinée, mais il est déjà clair, pour la première fois depuis 2003, que Russie unie n'a pas obtenu la majorité du vote populaire. Cela ne veut pas dire que Russie unie n'aura pas la majorité des mandats à la Douma. Le plus grand parti de Russie profite traditionnellement des voix données aux petits partis qui ne franchissent pas le seuil de sept pour cent.

Psychologiquement, ce qui est arrivé constitue bien entendu un tournant important dans la politique intérieure de la Russie. La période de domination absolue de Russie unie, depuis les élections à la Douma de 2003, semble toucher à sa fin. Les think-tanks avaient prédit une chute certaine de la sympathie de l'électorat pour Russie unie, mais aucun d'entre eux ne voyait le parti au pouvoir en dessous de 48%. Le Centre Levada, traditionnellement considéré comme proche de l'opposition, estimait que Russie unie obtiendrait 53% des voix une semaine avant les élections. Les mêmes chiffres ont été produits par le VTSIOM, considéré comme beaucoup plus loyal aux autorités.

Cela signifie que l'électorat russe est encore capable de créer la surprise. Le niveau des fraudes lors du vote, en dépit de plusieurs scandales, ne peut être significatif, puisque les résultats des sondages sortie des urnes ne diffèrent pas beaucoup de ceux fournis par la Commission électorale centrale. « Je ne pense pas que les autorités auraient osé rendre le résultat final [pour Russie unie] beaucoup plus élevé que celui fourni par les sociologues, car cela réduirait drastiquement la confiance du peuple dans l'État », a déclaré Alexeï Grajdankine, directeur adjoint du Centre Levada.

Repères

Alexeï Navalny : avocat, qui s'est fait un nom dans la lutte contre la corruption. Il est auteur des sites opposites où il raconte les faits de la corruption dans la Russie moderne. Il y a quelques années, il était membre du parti libéral Iabloko et travaillait au sein du Comité de protection des Moscovites.

Vladimir Milov : ancien vice-ministre de l'Énergie, devenu très critique du régime et de sa politique énergétique. Il est co-fondateur, en 2010, et co-leader du parti de la Liberté du peuple, qui s’est vu refuser sa demande d’enregistrement pour les législatives 2011.

Comment expliquer cette chute de la sympathie des électeurs envers Russie unie ? Il existe une raison économique : 2007, année des dernières élections, fut exceptionnellement bonne économiquement, juste à la veille de la crise financière de 2008. Mais les gens ont également été déçus par des réformes impopulaires dans le domaine de l'éducation et de la santé, qui ont enterré les dernières garanties sociales soviétiques. Les économistes s'accordent pour affirmer que le mandat de M. Medvedev a été décisif pour la Russie en termes de démantèlement des derniers vestiges du système social soviétique.

Les Russes ont été déçus par la détérioration de l'économie, mais aussi par certaines politiques du gouvernement qui n'ont pas été correctement expliquées. L'introduction d'examens standardisés en 2009 et une réforme drastique de la santé en 2011 peuvent être citées comme exemples.

La politique étrangère a joué un rôle marginal dans ces élections. Les Russes semblent plus préoccupés par la réforme de l'armée ou leurs propres revenus que par la grandeur du pays et les dépenses sur la scène internationale. Une victoire relative lors de la guerre contre la Géorgie en 2008 ainsi que les récents succès dans l'intégration des anciennes républiques soviétiques sont considérés par les sociologues comme une sorte de « dessert agréable », mais qui manque d'un plat principal, à savoir la croissance de l'économie et l'augmentation des revenus.

La plus grande intrigue de ces élections, cependant, est « où est passée la partie de l'électorat de Russie unie qui n'a pas voté ? » Stanislav Belkovski, politologue, pense que ces personnes ne se sont tout simplement pas déplacées. M. Belkovski considère cet électorat comme une base électorale potentielle pour un parti « démocratique national », qui n'a pas encore été enregistré et reste à créer. Alexeï Navalny et Vladimir Milov (voir repères) sont considérés comme des leaders potentiels d'un tel mouvement, selon Belkovski. Ce projet est-il réalisable ? Ne dégénérera-t-il pas dans le racisme le plus cru ? Cela reste à voir.

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