Skolkovo : la Silicon Valley russe

 Vue panoramique de Skolkovo, un site conçu par un cabinet d’étude français. Crédits photo : service de presse

Vue panoramique de Skolkovo, un site conçu par un cabinet d’étude français. Crédits photo : service de presse

À une quinzaine de kilomètres de Moscou, une technopole futuristique est en train de voir le jour. Avec pour objectif la diversification et la moderni-sation de l’économie russe.

Skolkovo est un centre d’innovation dont la mission est de créer les conditions idéales qui permettront aux entrepreneurs comme aux chercheurs et aux scientifiques de se consacrer à la conception, la réalisation et le développement de projets d’avenir liés aux nouvelles technologies. Le chantier n’est pas encore terminé mais les « résidents » ont déjà répondu présent à l’appel.


En Russie, depuis la chute du régime soviétique, bien des choses ont changé mais certains secteurs de l’économie n’ont pas réussi a bénéficier pleinement de ces transformations. En tout premier lieu, c’est le cas de la science. L’URSS pouvait prétendre à la suprématie mondiale dans ce domaine, mais dans le contexte d’une économie de marché, le secteur scientifique russe n’a pas su affronter la concurrence.


Or, aujourd’hui, la Russie n’a plus le choix. Sa lutte pour son indépendance ne peut rester tributaire des fluctuations du marché des hydrocarbures - les revenus énergétiques créent une dépendance et découragent les investissements dans les secteurs porteurs d’avenir. Le développement du secteur scientifique doit fournir les rails de l’expansion. La Fondation baptisée « Skol­kovo » est justement la locomotive qui devrait tirer le convoi.


Le chantier du site, dont la conception a été confiée à des Français (le bureau d’études et d’architecture Arep de Jean-Marie Duthilleul et d’Étienne Tricaud), est en pleine effervescence. L’achèvement des travaux est prévu pour 2014. La technopole accueillera une population de 15 000 habitants : des chercheurs, des scientifiques, des hommes d’affaires et leur famille.


Mais le contexte privilégié qu’offre Skolkovo n’est pas le seul critère. Le principal atout réside dans les conditions fiscales particulièrement attractives proposées aux 200 sociétés « résidentes » (250 prévues d’ici la fin de l’année). La fondation promet de dépenser plus d’un milliard de roubles pour la création de 30 jeunes pousses (des « start-ups »), tandis que 40 ont déjà été financées pour un montant de 4,7 milliards de roubles (plus d’1 milliard d’euros).
Toutefois, selon le directeur de Strategic Investment Group, Jack Barbanel, le secteur scientifique n’est pas assez intégré au monde des affaires et ce qui manque à Skolkovo, c’est un centre générateur d’idées novatrices pour attirer un flux massif de capitaux.


Drew Gaff, président de Siguler Gaff, est plus optimiste. Il considère que le nombre de participants au projet va s’accroître considérablement, grâce surtout aux avantages fiscaux proposés : « Aux États-Unis, nous ne pouvons que rêver de telles conditions. Le plus important pour Skolkovo et pour le secteur de l’innovation en général est de jouer le plus possible sur des exemples de réussite » .


Mais pour intégrer Skolkovo, il faut faire ses preuves et convaincre la commission que votre jeune pousse est celle qui mérite un financement plus qu’une autre.


Pour le moment, Skolkovo est composée de cinq pôles de compétitivité : efficacité énergétique, biomédecine, télécoms et aéronautique, technologies de l’information et nucléaire. Les initiateurs de la fondation veulent en faire une plateforme technologique géante qui attirera autant les investisseurs que les chercheurs. Des accords ont déjà été signés avec de grosses sociétés comme Boeing, Intel, Cisco, Nokia, IBM, GE, Siemens et bien d’autres.


Le talon d’Achille de ce projet est le financement. En effet, pour le moment, il est dans sa quasi-totalité assuré par le gouvernement russe, ce qui l­aisse sceptique quant à sa compétitivité sur le marché mondial. Mais les initiateurs de la fondation restent persuadés du potentiel de l’opération. Le vice-président, Stanislav Naoumov, relativise : « dans un pays où l’on a l’habitude de critiquer toute nouvelle initiative de l’État, rien d’étonnant que la mentalité conservatrice russe ne soit pas prête pour un projet aussi novateur . Très prochainement, la participation de l’État tombera à 50% pour progressivement s’effacer entièrement et laisser la place à des investisseurs ­extérieurs » .


Les propos de M. Naoumov peuvent paraître ambitieux mais tout est possible. À ce jour, les investissements extérieurs représentent 234 millions d’euros, et parmi les partenaires principaux, figurent des géants mondiaux comme Siemens, Boeing, EADS, Intel, Nokia, General Electric et IBM. En outre, la fondation maîtrise les règles du marché : il s’agit d’attirer l’investisseur et d’en faire un partenaire . En le faisant par exemple participer à la genèse d’une nouvelle entreprise. Pour cela, Skolkovo et l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT) ont signé un accord jetant les bases de la création de l’Institut de science et de technologie de Skolkovo (SIST), première université internationale qui i­ntègre l’entreprise et l’innovation dans les programmes d’enseignement et de recherche. Des professeurs d’établissements prestigieux tels que le MIT, Harvard et Stanford vont former 200 professeurs et 300 chercheurs et scientifiques russes et étrangers.


Encore une ombre au tableau : les observateurs ont tendance à considérer Skolkovo comme le « bébé » du président actuel, Dmitri Medvedev. Le projet sera-t-il soutenu avec autant de détermination par son successeur, Vladimir Poutine ?

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