Russie : les partis en lice pour les législatives

Crédits photo : Photoshot/Vostock-Photo

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Il reste 27 jours avant les élections à la Douma d'Etat, la chambre basse du parlement russe. Le ministère de la Justice a enregistré sept groupes politiques, dont les représentants sont habilités à proposer des candidats. Si les députés de l'ensemble de ces partis entrent à la Douma, cette dernière concentrera l'éventail complet des opinions politiques de la Russie moderne, à l'exception de son aile radicale.


Voici des informations concernant le programme des partis et de leurs chances de victoire.

Russie unie : le parti du pouvoir modernisé

 

 Parti créé le 1er décembre 2001 sous le nom Unité et Patrie. Il compte environ 2 millions d'adhérents. Ses opposants politiques accusent le parti de chercher à ressusciter le régime totalitaire et de faire usage de l'administration publique dans le cadre de sa campagne électorale. Lors des élections législatives de 2007, Russie unie a remporté 64,30% des voix et obtenu 315 sièges à la Douma d'Etat (sur 450). Il domine dans les parlements régionaux et dans les organes élus des collectivités locales.

Priorités déclarées


L'objectif économique numéro un est la modernisation de tous les secteurs, le rééquipement technique, et l'amélioration du climat d'investissement. Ce travail devrait déboucher sur le respect des engagements sociaux ambitieux que le parti a assumé.

Pour venir à bout de la corruption, le parti a l'intention d'introduire une expertise publique de toutes les initiatives du pouvoir affectant directement le droit de propriété des citoyens et la sphère de leurs libertés civiles. Dans son programme électoral, le parti promet également de renforcer le système judiciaire sur la base des principes d'indépendance, de transparence et de justice, d'humaniser le droit pénal concernant les crimes économiques et d'alourdir les peines pour des crimes violents.

Le parti reconnaît que le système politique actuel du pays a besoin d'être développé pour fournir « à tous la possibilité d'être entendu et intégré dans le processus de gestion étatique et sociale ».

La priorité à terme de la « politique étrangère indépendante et sensée » prônée par le parti est la création de l'Union eurasienne, qui associera les États de l'ex-URSS.

 

Leader du parti

Dmitri Medvedev, le président russe. Dans les années 1990, il a enseigné le droit à l'Université de Saint-Pétersbourg, a été expert du Comité des relations publiques de la Mairie, il a cofondé et géré plusieurs sociétés. Il a réalisé des stages en Suède, où il a étudié les questions relatives aux collectivités locales. Sa carrière politique a débuté en novembre 1999, quand il devient chef adjoint de l'appareil du gouvernement russe. De sa jeunesse il a gardé un amour du hard rock, surtout Deep Purple, Black Sabbath et Led Zeppelin. Jusqu'au 24 septembre 2011, il n'avait jamais travaillé dans un parti ou au parlement. Et il semblerait qu'après l'élection il en soit de même : dans le cas fort probable d'une victoire de Vladimir Poutine lors de l'élection présidentielle du 4 mars 2012, le fauteuil de Premier ministre de Russie lui a été réservé.

Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF) : Back to the USSR



( PHOTO : KOMMERSANT )

Le congrès constitutif du parti s'est tenu en février 1993, après une interdiction d'activité de trois ans frappant les communistes en Russie. Cette organisation politique se considère comme le successeur légal du PCUS et professe la même idéologie. Avec plus de 550 000 membres, c'est la principale force d'opposition du pays. Il s'appuie principalement sur les nostalgiques de l'Union soviétique, mais bénéficie de soutien d'autres milieux protestataires. Aux élections de 2007, le KPRF a ​​remporté 11,57% des voix à la Douma, où il est représenté par 57 députés.

Priorités déclarées


Les principaux objectifs de la politique étrangère du parti sont le renforcement du rôle de l'ONU, la limitation de l'influence de l'OTAN et la dissolution de ce bloc, l'accélération du rapprochement entre les pays de l'ex-URSS. Les communistes soutiennent l'intention du Kremlin de rééquiper l'armée, qui devrait avoir « la force de repousser tout envahisseur ».

Le principal objectif économique est de nationaliser les domaines industriels clés, et de débarrasser le pays « de la domination dévastatrice du marché sauvage », le rétablissement de l'économie planifiée, la cession gratuite de terres à des fins agricoles. Les communistes prônent en outre une réforme de la fiscalité en faveur des citoyens les plus démunis.

Leader du parti


Guennadi Ziouganov. Sa carrière au sein du parti a commencé au milieu des années 1960 dans le centre régional d'Orel (360 km au sud de Moscou). A partir de 1983, il travaille au Comité central du PCUS, où il passe en sept ans du poste d'instructeur pour l'agitation et la propagande à celui de chef adjoint du département idéologique. Opposant acharné de la perestroïka, il adhère à partir de la seconde moitié des années 1980 à de nombreuses organisations politiques conservatrices. Depuis 1994, Guennadi Ziouganov a continuellement dirigé la faction communiste à la Douma. A trois reprises, il a été candidat à la présidence de la Russie, obtenant à chaque fois la deuxième place. Durant son temps libre, il aime jouer au volley-ball et au billard. Il cultive des fleurs, les médias ayant indiqué qu'il en possède plusieurs centaines de variétés.

Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR) : La plus ancienne opposition


( PHOTO : KOMMERSANT )

Successeur du parti du même nom sous l'Union soviétique créé en mars 1990, il était à l'époque l'unique opposition formelle au Parti communiste. Les libéraux-démocrates rejettent l'idéologie communist, mais estiment que la liberté personnelle des citoyens et leurs intérêts doivent être subordonnés aux intérêts de l'Etat et de la société en général. Dans la rhétorique des idéologues du parti dominent des slogans ouvertement nationalistes. Aux élections de 2007, le LDPR a remporté 40 sièges à la Douma (8,4% des voix).

Priorités déclarées

Le programme du Parti libéral-démocrate est basé sur une critique vigoureuse de l'ordre mondial actuel en général et du système politique russe en particulier. Selon lui, le monde est divisé en « trois milliards » : les groupes « or », « ressources » et « réserve ». Dans le premier, les libéraux-démocrates classent les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et leurs alliés qui se comportent envers le second groupe (Russie, Chine, Inde et la plupart des pays d'Asie et d'Amérique du Sud) uniquement comme une ressource pour l'industrie high-tech. Les pays d'Afrique « n'ont aujourd'hui aucune place dans la conception de l'ordre mondial », stipule le programme du parti. Les principales erreurs des autorités russes sont le partenariat avec l'Occident, leur soumission dans les questions internationales et l'espoir que « le marché va se réguler lui-même ».

Leader du parti

Vladimir Jirinovski. Avant son entrée en politique en 1990, il a occupé différents postes subalternes dans les institutions publiques. Il a travaillé en particulier au sein du Comité soviétique pour la défense de la paix dans le département chargé des problèmes de l'Europe occidentale. En août 1991, il a publiquement soutenu le Comité d'État pour l'état d'urgence, c'est-à-dire la tentative de renverser Mikhaïl Gorbatchev de son poste de président de l'URSS. Vladimir Jirinovski est connu pour ses déclarations populistes grandiloquentes. Par exemple, il a proposé de mettre fin au soutien financier aux pays étrangers, de lever le moratoire sur la peine de mort, ou encore de poursuivre les politiciens n'ayant pas rempli leurs promesses électorales. Le leader des libéraux-démocrates a promis de réduire le prix de la vodka à 30-40 roubles pour une bouteille d'un demi-litre.

Russie juste : La jambe gauche du bipartisme


( PHOTO : KOMMERSANT )

La création du parti a été officialisée en octobre 2006. Il regroupait plusieurs organisations politiques de centre-gauche et patriotiques. L'idée de cette fusion revient au personnel de l'administration présidentielle russe, qui estimait qu'au fil du temps un système bipartite de plein droit devait voir le jour dans le pays. Début 2010, le parti a conclu un accord politique avec Russie unie, dans lequel les partenaires se sont engagés à œuvrer à agir dans un esprit de coalition. Mais la coopération a échoué, et Russie juste a annoncé cet été sa transformation en parti d'opposition farouche à Russie unie. A la Douma, Russie juste a 38 députés (7,74% des voix en 2007).

Priorités déclarées


Dans son programme électoral, le parti s'engage à bâtir en Russie le « socialisme du XXIe siècle » en combinant les idées du socialisme avec les valeurs démocratiques. Russie juste insiste sur la réforme du système politique, notamment avec l'élection directe des gouverneurs (actuellement ils sont nommés par le président de Russie) et le renforcement des collectivités locales. Au niveau économique, les idéologues du parti soutiennent la modernisation prônée par le Kremlin, mais insistent sur le renforcement du rôle de l'État. Ils proposent d'arrêter la privatisation et de rapatrier les actifs situés dans les zones offshores.

Leader du parti

Sergueï Mironov. Sa carrière parlementaire a commencé en 1994, quand il est devenu député de l'Assemblée législative de Saint-Pétersbourg. Auparavant, il a été parachutiste dans l'armée, a travaillé comme géophysicien, et a mené une activité d'entrepreneur. En juin 2001, il est élu au Conseil de la Fédération (la chambre haute du parlement russe) avant d'en devenir le président six mois plus tard. Depuis février 2010, il a critiqué à plusieurs reprises Russie unie. En mai dernier, l'Assemblée législative de Saint-Pétersbourg a destitué Sergueï Mironov de sa représentation au sein du Conseil de la Fédération. L'ancien président de la chambre haute s'oppose à la légalisation de l'euthanasie et au port d'armes, ce qui ne l'empêche pas de posséder plusieurs pistolets.

Iabloko : L'opposition démocratique


( PHOTO : KOMMERSANT )

Officiellement, le parti a été enregistré en 2002, mais l'organisation existe depuis 1993 en tant que bloc électoral. Il prône une économie de marché socialement orientée, le respect de la propriété privée, la concurrence dans la politique et l'économie, le renforcement des institutions démocratiques, et le contrôle de citoyens sur le pouvoir. A l'heure actuelle, Iabloko est composé de plusieurs factions (mouvements de défense des droits de l'homme) et coopère activement avec des associations environnementales, syndicalistes, culturelles et autres. Depuis 2003, le parti n'est pas représenté à la Douma.

Priorités déclarées

Le parti se fixe pour tâche principale la lutte contre l'arbitraire des bureaucrates et des grandes entreprises. En particulier, il propose d'interdire aux hommes d'affaires et à leur famille proche d'exercer des fonctions publiques. Contrairement à la plupart des concurrents, ce parti n'est pas nostalgique de l'Union soviétique, et propose au contraire d'introduire des peines pour la justification des répressions staliniennes et bolcheviques. Une vaste section du programme est consacrée aux droits et libertés des citoyens, tels qu'ils sont compris dans les démocraties développées. Le parti insiste aussi sur la démocratisation du système politique à tous les échelons de la gestion de l'Etat. Selon ses idéologues, la Russie devrait être un garant de la sécurité des Etats voisins, développer la coopération avec les pays européens et travailler plus activement au sein des organisations internationales.

Leader du parti

Sergueï Mitrokhine. Pendant la Perestroïka, il était membre de mouvements de jeunesse informels. Entre 1994 et 2003, il a été député de la Douma, vice-président de la commission parlementaire pour l'administration locale. En 2002, il a lancé un mouvement contre l'importation de déchets nucléaires d'origine étrangère en Russie. Vladimir Poutine, alors président de la Russie, l'a par la suite nommé dans la Commission d'Etat qui supervise le processus. Sergueï Mitrokhine est également connu comme un ardent défenseur de la préservation des bâtiments historiques de Moscou.

Patriotes de Russie : A gauche du centre



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Le parti a été fondé en 2005 lors de la fusion de plusieurs organisations de gauche modérées et patriotiques. Les Patriotes de Russie appellent « à unir toutes les forces d'opposition dans le pays sur la base du patriotisme, en se fondant sur des tendances socialistes, sociale-démocrates et centristes ». Lors des dernières élections, le parti a obtenu moins de 1% des voix à la Douma, où il n'est donc pas représenté.

Priorités déclarées


Au cœur de la stratégie économique du parti se trouve la nationalisation de la grande propriété « illégalement privatisée ». Son principal objectif politique est « le retour aux principes de démocratie et de primauté du droit », ainsi que l'octroi de droits accrus aux régions. L'objectif social principal est de fournir aux Russes les mêmes garanties que celles dont bénéficient leurs voisins d'Europe occidentale. Patriotes de Russie appelle à ne pas se hâter sur la voie de l'adhésion du pays à l'OMC.

Leader du parti

Guennadi Semiguine. En 2004, suite à la rupture des relations avec le Parti communiste, grâce auquel il avait été auparavant élu à la Douma, il se lance dans la création d'une organisation indépendante, et plus tard d'un cabinet fantôme qui comprenait des politiciens de premier plan. Avant d'entamer sa carrière politique, il a été un homme d'affaires actif, membre de grandes associations d'entrepreneurs. Il pratique les arts martiaux, la natation, le jogging, le tennis. Il a été champion d'URSS de karaté en 1982.

Juste cause : En route vers l'Union européenne


Ce parti de droite libérale a été créé en 2008, suite à la fusion de plusieurs organisations politiques professant une idéologie similaire. « Le parti voit son soutien dans les citoyens libres et indépendants qui ont renoncé à une vision paternaliste de l'État », affirment les idéologues du parti. Avant le lancement de la campagne électorale en 2011, Juste cause était dirigé par le milliardaire Mikhaïl Prokhorov, qui a irrité de nombreux fonctionnaires du parti. Suite à un conflit, deux Congrès du parti se sont tenus simultanément, dont l'un a destitué Mikhaïl Prokhorov de son poste de leader, tandis que ce dernier annonçait, dans l'autre, son départ du parti. Dans la Douma actuelle, Juste cause n'est pas représenté.

Priorités déclarées


( PHOTO : KOMMERSANT )

Le programme commence par une série d'objectifs socioéconomiques agglomérés autour de l'idée de créer en Russie un environnement confortable à vivre. Cette transformation doit se fonder sur les réformes économiques déjà engagées ou prévues par les autorités actuelles. Dans le volet politique du programme figure l'intention de restaurer le contrôle de la société sur le pouvoir, de mettre en place un dialogue équitable entre le gouvernement et la société civile, et de séparer le service public des entreprises. Juste cause prône une désidéologisation de la politique étrangère de la Russie et souhaite l'adhésion de la Russie à l'Union européenne.

Leader du parti

Andreï Dounaïev. Entre 1997 et 2001, il a servi au sein du FSB (services spéciaux), où il a achevé sa carrière en tant qu'inspecteur-criminaliste en chef. Il a participé à l'enquête sur les attentats contre des immeubles à Moscou et sur l'assassinat d'une femme politique libérale, Galina Starovoïtova. Après avoir obtenu un diplôme de droit, il a travaillé pour une filiale du géant pétrolier Lukoil. En 2008, il est devenu l'un des fondateurs de Juste cause. Suite à la destitution de Mikhaïl Prokhorov, il a été élu président par intérim du parti. En cas d'échec aux élections, Andreï Dounaïev promet de démissionner de son poste de leader et de quitter la politique.

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