Moscou vu par les expatriés

Crédits photo : Maria Demyanova/ Afisha

Crédits photo : Maria Demyanova/ Afisha

Nom : Blanche Neumann


Pays d’origine : France

Profession : directrice de l’agence publicitaire Fetish Film et du Café-Pétanque La Boule (Parc Gorki).

Je suis française et je me suis installée à Moscou il y a 8 ans. Auparavant, je travaillais à Prague. Je produisais de la pub, je m’occupais de la distribution de films et des équipes de tournage qui venaient travailler en Tchéquie. A un moment, on a commencé à collaborer avec des Russes et mon partenaire français à eu l’opportunité d’ouvrir une société à Moscou. Et me voilà débarquée ! Nous avons tourné des films publicitaires pour différents produits mais aussi des clips musicaux. Nous touchons à tout.

A Moscou, je me suis tout de suite sentie chez moi. Au début, je ne connaissais pas d’expat, seulement des Russes. Cela fait deux ans à peine que j’ai découvert, pour mon grand plaisir, la communauté française de Moscou. Sinon, je n’ai jamais eu de problème de communication, tout coulait de source. Même avec les propriétaires des appartements que je recherchais. Bien que je sois toujours passée par des agences ou des sites immobiliers et non par le bouche à oreilles.

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Quand je venais d’arriver, je faisais la fête comme une folle. Aujourd’hui, je ne sors pratiquement pas, juste pour faire un saut, au restaurant Jean-Jacques ou au club Solianka. Je me suis lassée mais c’est aussi à cause de la musique. J’aime les mix oldschool, alors que les clubs de Moscou jouent en général une house pointue et prétentieuse et du minimal house, et c’est partout pareil. Les DJ locaux manquent de second degré, ils se prennent trop au sérieux, ils font leurs intelligents. Par exemple, j’aime ce que joue DJ Vitali Kozak : c’est tout simplement amusant. Moi, il me semble que s’amuser, c’est le principal !

A Moscou, les gens ont une étrange notion de ce qui est important. L’automobile passe avant l’homme. Tous le monde essaie de circuler ou de se garer sans penser à la femme à la poussette qui n’a plus de place ni pour passer, ni pour traverser la route ou même se promener dans la cour en bas de chez elle. Les automobilistes se contrefichent des piétons, qui n’ont jamais la priorité. Ici, la tôle sort toujours vainqueur. Pourtant, Moscou est une ville verte, avec beaucoup de vastes cours intérieures. On n’est pas obligé d’habiter loin du centre pour sortir une table, faire une salade, ouvrir une bouteille de cidre et inviter des amis pour l’apéro. Si les gens le faisaient plus souvent, ils comprendraient que les arbres ne sont pas faits pour abriter les voitures mais pour s’asseoir à l’ombre de leur feuillage. Et qu’il est bien plus agréable de se rouler dans l’herbe que de regarder le gazon écrabouillé par les roues des voitures.

Je sais que les Russes aiment critiquer leur pays. Et je suis d’accord avec eux sur certains points. Par exemple, il est beaucoup plus difficile d’avoir une entreprise ici qu’en Europe, surtout d’un point de vue administratif. Ici, personne ne parle anglais, les impôts frappent sévèrement les petites et moyennes entreprises, qui ne sont pas soutenues par l’Etat, tandis que personne ne fait confiance au système judiciaire et aux tribunaux. C’est difficile psychologiquement, mais il faut faire le pas et accepter ces conditions. Et si tu acceptes, alors tu te détends et tu laisses entrer la bonne dose de fatalité : oui, « shit happens », et alors ? La vie continue. C’est là que le côté spontané et instable, quand tu n’es sûr de rien, devient intéressant. De nouvelles personnes apparaissent, des situations nouvelles se créent et ce risque devient excitant.

Début juillet, avec mon amie russe, nous avons frappé à la porte de la direction du Parc Gorki, avec la proposition d’ouvrir un petit café français avec des terrains de pétanque. Ils ont accepté et, en septembre, on fêtait déjà son ouverture. Ce n’est même pas vraiment un café, plus une sorte de terrasse couverte avec une cuisine à la bonne franquette. Un bon ragoût, un velouté, du pâté de sanglier ou de canard et des pâtisseries : voilà le menu de base.

Passé huit ans de vie paisible à Moscou, je considère vraiment cette ville comme ma maison et, honnêtement, je n’ai aucune envie de la quitter. Bien sûr, je me force à faire abstraction de la politique car je trouve la situation trop désespérante. En revanche, je suis extrêmement préoccupée par le destin de la ville. Je vis depuis quelques années dans le quartier de Khitrovka, un joli coin au dessus du Kitaï-gorod. Et j’ai eu une immense frayeur quand je suis tombé sur le plan de réaménagement. Ils voulaient construire un centre d’affaires en plein sur la place Khitrovskaya. Quel vandalisme ! Mais apparemment, tout s’arrange, en tous cas les bureaux ne sont toujours pas là.

Les trois produits russes préférés de Blanche Neumann

Photo : Fotoimedia

     Les oeufs de saumon

Je ne suis pas fan du caviar noir, mais j’adore le caviar rouge (oeufs de saumon).

En France, il est difficile d’en trouver et il coûte beaucoup plus cher.


Photo : Fotoimedia

    Les concombres malossol

Parfois, je les prépare moi-même, et parfois, les achète au marché.

Dans mon quartier, toutes les deux semaines, il y a un très bon marché.

Photo : Fotoimedia

    Les écrevisses

En France, il n’y en a presque pas, seulement des fruits de mer.

Moi, j’y ai pris goût, je les achète en chemin vers Taroussa.

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