La discrète patrie des écrivains

Le musée Ivan Tourgueniev, situé dans la ville natale de l'écrivain. Crédits photo : Alamy/Legion Media

Le musée Ivan Tourgueniev, situé dans la ville natale de l'écrivain. Crédits photo : Alamy/Legion Media

Pourquoi ne pas passer un week-end à Oriol, une ville à 328 km de Moscou ? Farcie de légendes, cette ville possède à la fois des sites naturels remarquables et un patrimoine culturel important.

Oriol et ses nombreux ponts s’étendent sur les rives du 
fleuve Oka et de son affluent, l’Orlik, qui traversent le centre de la ville et sont parsemés de pêcheurs.


Mais il existe aussi une autre Oriol, celle associée aux légendes et mystères. En se promenant dans ses rues accueillantes et propres où les trams rouges et jaunes cotoient les maisons basses, on a du mal à imaginer que l’on marche sur des kilomètres de grottes et de lacs souterrains.


« La ville abrite deux grottes principales accessibles aux visiteurs aventuriers via des entrées é­troites, alors que de nombreuses autres cavernes restent encore inconnues » , explique Mikhaïl Sakharov, spéléologue qui e­nseigne également l’histoire dans une école locale.

Les grottes et tunnels ont été creusés au XVIIIème siècle, lorsque les habitants de la ville commencèrent à extraire du calcaire pour les travaux de construction. Mais peu d’habitants d’Oriol osent explorer ces paysages souterrains. « Certains sentimentaux veulent les voir, mais ils sont très peu » , indique Sakharov.


Il existe cependant des aventuriers comme lui qui sont prêts à passer des heures à se balader avec une lampe de poche le long de ces passages sombres, et ce malgré les légendes mystérieuses qui entourent ces lieux.


Selon l’une d’elles datant du début du XXème siècle, une jeune femme habillée de blanc serait soudainement apparue devant un homme se promenant dans la rue et aurait essayé de le séduire. Refusant ses avances, il se serait retrouvé enfermé dans ces pas­sages souterrains.


Un autre mystère, qui laisse les spéléologues locaux perplexes, entoure les points blancs inexpliqués qui volent dans les g­rottes. Invisibles à l’œil nu, ils peuvent cependant être vus dans les photos prises dans ces souterrains.


Toutefois, personne ne met en doute les origines d’Oriol. La ville a été fondée en 1566 lorsqu’Ivan le Terrible ordonna de construire une forteresse au confluent des deux cours d’eau, et ce afin de protéger les frontières du Sud de la Moscovie.

Beaucoup pensent que la ville tient son nom de l’Orleya, ancien nom de l’Orlik. Mais les plus roman­tiques soutiennent que son nom, qui signifie « aigle » en russe, viendrait de cet oiseau majestueux. Selon une légende a­ncienne, Ivan le Terrible aurait décidé d’appeler la ville Oriol après qu’un grand aigle s’est posé au sommet d’un chêne sur le point d’être abattu par les paysans ­pour faire de la place à la forteresse. L’oiseau est devenu ainsi le symbole non-officiel de la ville.

Quel que soit l’origine de son nom, Oriol a plusieurs fois prouvé sa capacité à repousser les ennemis du pays. Plusieurs batailles s’y sont déroulées durant la Se­conde Guerre mondiale, lorsque la ville était occupée par les troupes nazies en 1941 et presqu’entièrement détruite par les bombardements. La ville a été libérée deux ans plus tard après la fameuse bataille de Koursk, Moscou célébrant cette victoire avec des feux d’artifice pour la première fois depuis le début de la Seconde G­uerre mondiale. Oriol, qui a ensuite reçu le titre de « ville de la gloire militaire », est d’ailleurs souvent appelée « la ville des premiers feux d’artifice ».

Oriol a acquis son aspect actuel après la guerre, un grand n­ombre des bâtiments détruits ayant été reconstruits dans les années 50. En effet, la ville a préservé l’ambiance de cette époque grâce à ses maisons jaunes pâles de deux ou trois étages et leurs escaliers en bois. Certains coins de la ville vous ramènent néanmoins à ­l’époque prérévolutionnaire, période où Oriol a vu des écrivains exceptionnels se promener dans ses rues vertes et bordées ­d’arbres.

La ville, dans laquelle Ivan Tourgueniev et Leonid Andreïev sont nés et où Nikolaï Leskov a passé sa jeune enfance, est à juste titre considérée comme la Mecque de la littérature.
Arrivé à Oriol en 1889 pour travailler en tant que rédacteur dans un journal local, Ivan Bounine a plus tard décrit la ville de manière très précise dans l'un de ses romans. Beaucoup pensent qu’un jardin public et une tonnelle situés sur la rive gauche de l’Orlik faisaient partie de l’ancienne propriété décrite dans le roman de Tourgueniev Nid de gentils hommes.


Les efforts déployés pour préserver les traditions historiques n’ont pas empêché la ville de se développer économiquement.


L’économie d’Oriol est en grande partie basée sur l’industrie, qui emploie presqu’un quart de sa population. Parmi les principales industries, on trouve la production de machines et d’équipements, la production alimentaire et la confection d’objets en métal.


De grandes entreprises russes se sont installées à Oriol, dont celle qui détient le monopole du diamant Alrosa, le producteur laitier Unimilk et Severstal, un des plus grands groupes sidérur­giques du pays.


Oriol attire aussi de grandes sociétés étrangères. Le plus ancien groupe présent dans la ville est Coca-Cola. Son usine locale, qui a ouvert ses portes il y a 15 ans, est la plus grande que le géant américain possède en Russie. En 2009, le groupe pharmaceutique français Sanofi-Aventis a racheté une usine locale pour pro­duire et emballer de l’insuline. Quant au fabricant italien de carrelages Marazzi Group et au producteur de réfrigérateurs grec Frigoglass, ils y possèdent également des ­usines.

Lisez la suite (page 2), l'interview avec Magdalena Halaszova, directrice générale de Sanofi-Aventis Vostok, une filiale du groupe pharmaceutique français à Oriol.

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Il fait bon vivre à Oriol malgré l'éloignement


Magdalena Halaszova - la directrice générale de Sanofi-Aventis Vostok, une filiale locale du groupe pharmaceutique français, relate son expérience sur place.

 Que préférez-vous dans le fait de travailler à Oriol ?


Mes collègues locaux sans hésiter. Les membres du personnel sont extrêmement motivés, très ouverts et toujours prêts à travailler. De plus, je sens qu’ils sont fiers de notre entreprise et de ce que nous avons réalisé en­semble.


Quelles difficultés avez-vous rencontrées en travaillant à Oriol ?


Un manque d’infrastructures de transport. Il n’y a aucun aéroport à Oriol, et je dois me déplacer en voiture ou en train, ce qui revient à cinq heures de trajet pour aller à Moscou. Nous espérons que l’aéroport de la ville rouvrira et que la route entre Moscou et Oriol sera transformée en autoroute pour faciliter et raccourcir les trajets en voitures. De plus, il faudrait améliorer les compétences en langues des habitants de la ville pour simplifier le travail des entre­prises étrangères.

Décrivez-nous la vie dans cette ville  ? Est-elle agréable ?


Oriol est une ville où il fait bon vivre. Elle ressemble beaucoup à certaines villes d’Europe occidentale en termes de taille. Elle offre un grand choix de bons com­merces et magasins d’alimentation, même si les prix sont plus élevés qu’à Moscou par exemple. En plus, il n’est pas difficile de trouver un logement confortable et de qualité. Si vous avez une voiture, vous pouvez trouver t­outes les commodités possibles ou visiter certains des beaux endroits à proximité d’Oriol.  

 


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