Les défenseurs d’un parc gagnent la première manche

Ce sont les sportifs qui ont montré la plus grande détermination. Crédits photo : service de presse

Ce sont les sportifs qui ont montré la plus grande détermination. Crédits photo : service de presse

Un conflit a éclaté autour du centre de loisirs de Bitsa, menacé par un projet immobilier : les promoteurs se sont heurtés à une farouche opposition.

L’approbation par les riverains d’un chantier est une procédure peu appréciée des promoteurs, mais exigée par la loi. Dans la pratique, les riverains s’indignent un peu, les membres de la commission d’examen promettent de prendre en compte toutes les objections. Et puis on oublie tout. Pas cette fois. L’audience pub­lique relative à la construction d’immeubles à Bitsa avait été fixée au moment le moins propice pour y participer : 15 heures. Qu’im­porte : la société civile s’est mobilisée pour défendre ses droits.


La zone de loisirs de Bitsa se situe en bordure sud-ouest de la capitale et offre un vaste espace boisé fréquenté par des cen­taines de milliers de gens. En été, les cyclistes s’y entraînent ; en hiver, le bois devient une Mecque pour les skieurs de fond. La plus ­longue piste de ski de Bitsa ­s’étire sur 25 km, une rareté dans le pays. Depuis 40 ans, le parc est un coin de paradis pour le repos familial et sportif. Mais l’an dernier, à l’issue d’une série de transactions douteuses, on a appris la construction prochaine d’un quartier résidentiel et d’un ­centre commercial par la mystérieuse société Verkos.

« Ce lieu unique va être détruit pour permettre à certains de réaliser un profit immédiat, s’est indignée la championne du monde de ski de fond, Olga Zavialova, au Palais de la Culture où avait lieu l’audience. On n’arrête pas de parler de la promotion du sport, mais où irons-nous faire du sport ? Si on nous prive de ce bois, où est-ce que nos enfants iront skier ? »


Pour pouvoir construire à Bitsa il suffisait de valider une modification du plan d’urbanisme, et là précisément était l’écueil. Les représentants de Verkos, affrontant une salle comble et une colère populaire inhabituelle pour la Russie, ont vu la demande de report de la séance rejetée par le public, qui y voyait un piège, tandis que des juristes indépendants rappelaient qu’une audience ne pouvait être annulée qu’en cas de renoncement au chantier ou d’absence de débat. Le chef de l’administration locale, Serguei Belokonev, a finalement dit non aux promoteurs, prenant en compte un avis exprimé par des centaines de milliers de ses concitoyens. La salle, victorieuse, a applaudi à tout rompre.


Sur la place, devant le Palais de la Culture, le porte-parole des militants, Alexei Ilvovski, a cependant appelé à la vigilance car « nous avons atteint notre objectif mais il nous faudra vraisemblablement nous remobiliser. Les terrains demeurent à la disposition de Verkos, qui ne fera pas marche arrière facilement. Une société commerciale cherchera toujours à tirer profit d’un terrain qui lui appartient ».

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