«Un prix du pétrole élevé n’est pas dans nos intérêts»

Crédits photo : PhotoXPress

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Lukoil Overseas est l’une des rares entreprises russes à s’être imposée sur le marché international. Le mois dernier, elle a bouclé une transaction d’achat d’actifs en Sierra Leone et attendu une concession d’exploitation de deux gisements offshore dans le secteur roumain de la mer Noire, tandis que ce mois-ci doivent débuter les activités de forage au Vietnam. Le président de Lukoil Overseas, Andreï Kuzyaiev a expliqué comment naissent les nouveaux projets, quel est le prix raisonnable du pétrole et qui l’aide dans l’acquisition des actifs à l’étranger.

Après la perte de son partenaire stratégique américain ConocoPhillips, votre groupe doit assurer de façon autonome son développement en matière d’innovation et de recherche de nouveaux marchés. Comment procédez-vous ?


L’objectif principal de notre entreprise en tant que filiale internationale de Lukoil est d’accroître sa présence dans de nouvelles régions pétrolifères hors de Russie. Bien sûr, nous sommes souvent confrontés à des difficultés qui sont nouvelles non seulement pour notre entreprise mais pour l’industrie pétrolière en général. Dans plusieurs cas déjà, nous avons été les premiers à résoudre des problèmes techniques, et ce, à un niveau mondial.

Par exemple, en Arabie Saoudite, nous avons effectué une fracturation de la couche hydraulique à une profondeur de 6 500 m, avec une température anormalement élevée (+150o C)  et une pression à 700 hPa.

Quant à nos projets sur les plateaux continentaux, au Ghana et en Côte d’Ivoire, nous effectuons des prospections géologiques en eau profonde à plus de 2000 m. Pour cela, nous avons dû nous doter de navires de forage de sixième génération et coordonner le travail de 40 entreprises extérieures.

En Colombie, Lukoil a prospecté à près de 1500 m d’altitude et a été pionnier dans l’utilisation de technologie novatrice de forage dirigé avec des colonnes de gros diamètre pour éviter l’absorption de la boue de forage.

La direction de Lukoil laisse entendre que la chute de la production pétrolière sur le  territoire russe devra être compensée par les projets internationaux. Dans les six années à venir, l’exploitation pétrolière provenant de l’étranger devra quadrupler. Quels projets vous permettront d’atteindre cet objectif ?


L’absence de nouveaux gisements d’hydrocarbures sur le territoire russe est un problème essentiel. Des pays comme l’Ouzbékistan, l’Irak, le Venezuela, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan possèdent des réserves que nous avons la possibilité d’acquérir et d’exploiter mais pas la Russie.

Comme je l’ai déjà signalé, nous continuons l’exploration du plateau d’Afrique occidentale, et récemment nous avons découvert deux nouvelles régions fertiles : le Bassin de la mer Noire (Roumanie) et l’Asie du Sud-Est (Vietnam).

Pour décrire notre activité en quelques chiffres : dans les cinq années à venir, nous allons investir 4-5 milliards de dollars par an et employer près de 40 000 personnes.

Quelle est la stratégie de développement de Lukoil sur les marchés internationaux?


Il y a 10 ans, quand j’ai été nommé à la tête de Lukoil Overseas, l’objectif était que les projets internationaux représentent 20% des parts de production globale de la société. Aujourd’hui, nous avons atteint 11%. Avec une croissance annuelle de 27%, ce sont des résultats satisfaisants pour la direction de Lukoil. A l’époque, beaucoup d’économistes russes considéraient les investissements à l’international comme « exotiques », mais aujourd’hui, Lukoil Overseas rapporte plus de 10% de l’EBITDA de Lukoil, et d’ici cinq à sept ans, le résultat atteindra 25-30% du revenu de la société.

Notre objectif est bien sûr de constituer un portefeuille de projets équilibré : tout projet assurant un taux de rendement interne (TRI) d’au moins15% nous intéresse.

Comment s’organise la recherche de nouveaux projets ?


Nous avons un département consacré à cette activité qui travaille selon un système précis. Dans les régions qui nous intéressent, nous commençons par ouvrir des bureaux de l’entreprise car notre principe est de toujours travailler sans intermédiaires. Si un projet nous intéresse, nous nous déplaçons dans les pays en question pour rencontrer les autorités et nouer des relations directes. Une alternative est de racheter des sociétés indépendantes.

Tout commence par la localisation de régions fertiles en hydrocarbures et prometteuses du point de vue de l’exploitation. Nous passons beaucoup de temps à étudier et analyser les perspectives qu’offrent les différentes régions.

Il est très important de comprendre les grandes tendances des marchés pétroliers internationaux. Nous nous intéressons particulièrement aux plateaux continentaux situés en eaux profondes, par exemple celui de l’Arctique. Nous examinons tout particulièrement les projets en Norvège et en Alaska. Tout en restant présents en Afrique occidentale, au Brésil et en Australie.

D’ailleurs, je trouve que nous sommes actuellement dans une conjoncture particulièrement propice aux investissements : les marchés financiers sont en crise tandis que le prix du pétrole demeure stable. Dans une telle situation, il faut être tel le chasseur à l’affût : s’il y a gibier, le fusil doit être chargé.

Êtes-vous satisfait de votre présence en Irak, où vous travaillez en tant qu’opérateur. Comptez-vous continuer à développer les rapports commerciaux avec ce pays ?


Je suis certain que bientôt, les compagnies pétrolières internationales seront scindées en deux clans : celles qui sont présentes en Irak et celles qui ne le sont pas. Les perspectives de ce pays sont illimitées, il n’y a pas d’équivalent dans le monde. Bien sûr, tout n’est pas rose, il y a une grosse prise de risque, mais cette région est indéniablement la plus riche en hydrocarbures, capable de produire près de 10 millions de barils d’équivalent pétrole par jour.

Dans l’ensemble, les conditions nous conviennent et nous examinons la possibilité de participer à d’autres projets en Iraq.

Il y a quelques années, Lukoil s’est intéressé au marché pétrolier libyen, mais il n’y a pas eu de suite. Supposiez-vous que le régime Kadhafi ne tiendrait pas ?


Nous menions plusieurs projets en parallèle : en Irak, en Égypte, en Libye et en Algérie. Malgré nos tentatives, nous ne sommes pas parvenus à entrer sur le marché libyen. J’ai, à plusieurs reprises, rencontré le chef de l’Etat de la Jamahiriya et nous avons même obtenu un permis de prospection. Mais dans le même temps, des sociétés européennes et américaines ont eu l’accès aux ressources libyennes. Ces accords ont sûrement été obtenus suite à la levée des sanctions internationales. On a constaté également que nos offres perdaient de 0,1 à 0,2% face aux offres des compagnies occidentales. La question de la légitimité de ces résultats s’est posée. Puis, les autorités libyennes ont augmenté le coût des concessions et le marché a cessé d’être intéressant pour nous, le taux de rentabilité interne n’atteignant pas les 10%. Ensuite, il y a eu le cas de l’arrestation de notre collègue détenu 8 mois en prison sans motif et qui n’a été relâché que suite à l’intervention de notre Premier ministre, Vladimir Poutine. Finalement, nous avons décidé en 2008 de nous retirer du marché libyen.

Interviewest publiée dans sa version courte.

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