Les clés de la réussite

La baie d'Avatcha au Kamtchatka. Crédits photo : Lori/Legion Media

La baie d'Avatcha au Kamtchatka. Crédits photo : Lori/Legion Media

Jean-Pierre vient d’être chargé de retourner en Russie le temps d’une mission pour un très gros client potentiel, le groupe militaire d’État GromProm. Il doit visiter l’usine du fournisseur exclusif de tournevis pour l’armée russe. Jean-Pierre est ravi car l’usine est située au Kam­tchatka : « Je vais enfin voir ces fameux volcans ! » .

GromProm affrète spécialement un avion pour lui et une délégation d’industriels russes. Il est conduit à l’aéroport militaire et on le fait grimper dans un avion, sans contrôle ni des papiers, ni des bagages. « La c­lasse ! » s’émerveille Jean-Pierre. Au bout de deux h­eures, les industriels russes arrivent dans une armada de BMW aux vitres teintés. Après 10 mi­nutes de vol surgit Igor, le contact de Jean-Pierre au sein de GromProm. « Neuf heures de vol, c’est long. Mais nous avons une méthode russe pour passer le temps » , susurre-t-il en brandissant une vodka. Interloqué, Jean-Pierre accepte. Une forte odeur de cigarettes vient simultanément frapper ses narines.

Dix heures plus tard, Jean-P­ierre est porté par deux nouveaux camarades dans sa chambre d’hôtel. Décalage horaire oblige, il ne reste que dix minutes avant la visite de l’usine. Arrivé devant le portail, le car marque un arrêt et deux hommes montent. « Jean-Pierre, viens par ici ! », jappe Igor. « Écoute, en fait tu ne peux pas rentrer dans l’usine, elle est top secrète et tu es étranger. On va te faire visiter notre musée et tu vas discuter avec le chef de la sécu » . Abasourdi, Jean-­Pierre se retrouve seul face à un moustachu qui l’observe avec suspicion. Au bout de quelques « je l’ignore » et « pourquoi voulez-vous savoir cela ? » , il re­nonce à en savoir plus. Il s’endort sur la table de la cantine, où Igor le réveille : il faut rentrer illico à Moscou car un cyclone menace de bloquer l’aéroport pour toute une semaine.

Juste avant de décoller, Jean-Pierre reçoit un coup de fil de son boss : « Tu as été formidable ! Ils veulent signer pour 15 machines ! Comment as-tu fait ? » « Je connais la méthode russe » , gémit Jean-Pierre, dont les éruptions gastriques lui rappellent qu’il n’a pas vu un seul volcan.

François Perreault est basé à Moscou depuis cinq ans.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.