La cathédrale Saint Dmitri à Vladimir, témoin de l’histoire

Au XIIIe siècle, les maîtres de la Rous faisaient preuve de leur pouvoir et de leur dévotion par la construction de cathédrales telles que l’église Saint Dmitri à Vladimir.


Photos : William Brumfield

Il y a des bâtiments, complexes, dans l’histoire de Russie, qui sont des symboles de la culture du pays. Saint Basile sur la Place rouge en est un exemple, le Palais d’hiver de Saint-Pétersbourg en est un autre. Datant du XIIe siècle, la cathédrale Saint Vladimir (Saint Demetrios de Thessalonique), située dans la ville de Vladimir, en est l’un des plus beaux exemples. Vieille de plus de 900 ans, ses façades blanches en pierre gravées sont un remarquable témoignage de l’inspiration des artisans anonymes du Moyen-Âge.



La forteresse de Vladimir a été établie en 1108, sur la rivière Kliazma, à quelques kilomètres au sud de Souzdal. Son fondateur, Vladimir Monomaque, fut le Grand prince de Kiev de 1113 à 1125, et son règne a été considéré comme l’un des plus productifs au cours de l’histoire complexe de la Rous kiévienne, ainsi que l’on appelait les terres des Slaves de l’Est à cette époque. Sous l’égide de Vladimir Monomaque, la région autour de Vladimir deviendra rapidement le nouveau centre politique et économique du Nord-Est de la Rous. Dans la seconde moitié du XIIe siècle, sous le règne de ses descendants, Vladimir et les environs connaîtront un élan extraordinaire dans la construction d’églises en pierres blanches (une forme de calcaire).

L’un des bâtisseurs les plus dynamiques de Vladimir fut Vsevolod Iourevitch, le petit-fils du fondateur de la ville, et le demi-frère d’Andreï Bogolioubski, fondateur de Bogolioubovo, qui a régné sur Vladimir de 1157 à 1174. En 1162, Andreï envoie la mère de Vsevolod, Elena, et ses fils en exil à Constantinople. Après sa mort, Vsevolod prend le pouvoir en tant que Grand prince de Vladimir (de 1174 à 1212), assurant ainsi la continuité de la ligne princière Monomaque à l’Est de la Rous.

Vsevolod comprenait fort bien l’utilité de l’architecture s’agissant de projeter son autorité. Les princes médiévaux russes ont soutenu activement la construction de grandes églises, non seulement comme expression de leur dévotion religieuse et de leur soutien à l’Église orthodoxe, mais également comme démonstration de leur pouvoir et de leur richesse. Les façades gravées de la cathédrale Saint Dmitri sont une expression directe du pouvoir, débutant par une représentation du roi David, de la Bible, sur la partie supérieure de la façade ouest, à l’entrée principale. Les autres dirigeants représentés sont, notamment, Alexandre le Grand, et un personnage central prudemment identifié comme le roi Salomon (sur la façade sud).

En plus de ces représentations iconiques de personnages sacrés, les gravures représentent le Christ, ainsi que tout un tableau de saints et de personnages du l’Ancien testament. Nombre de blocs gravés sont décorés de figures ornementales et de motifs comme des lions. La frise de l’arcade au milieu de la structure présente un intérêt particulier. Les espaces entre les colonnes gravées servent de niches pour des statues de saints.

L’ordre des blocs gravés sur les façades a été largement préservé malgré des rénovations s’étalant sur une période de huit siècles. À l’image de l’église de l’Intercession sur la Nerl, la partie basse de la cathédrale Saint Dmitri était renforcée à l’origine par une galerie extérieure qui menait au niveau supérieur. Le retrait de cette structure vétuste, effectué dans les années 1830, permet de mieux voir les gravures extérieures, même si cela a modifié certains blocs.

L’intérieur est également pourvu d’éléments gravés, des lions accroupis par exemple, mais la plupart de la surface en est dépourvue. Un ensemble de fresques miraculeusement préservées dans la partie ouest fait figure d’exception, juste en dessous de la galerie du choeur. Peinte peu de temps après la fin de la construction de la cathédrale, cette fresque d’inspiration byzantine représente des saints lors du jugement dernier et une scène du Paradis, avec Abraham, Isaac et Jacob.

Quelles sont les origines de cette expression artistique riche, à l’intérieur comme à l’extérieur ? Les origines possibles ont fait l’objet de nombreuses discussions parmi les historiens. L’architecture et la sculpture romanes d’Europe centrale sont une origine logique, bien que les détails de leur arrivée ici soient inconnus. Certains ont soutenu qu’on y voyait l’influence des façades d’églises gravées des royaumes médiévaux du Caucase, de Géorgie et d’Arménie. Le règne de Vsevolod a également signé le renouveau de l’esprit créatif de l’art byzantin à Vladimir. Au cours des années qu’il a passé à Constantinople, Vsevolod a eu directement accès aux joyaux de la culture byzantine (y compris à des manuscrits éclairés), et peut-être est-ce là la première source d’inspiration de l’art de la cathédrale de Saint Dmitri.

Moins d’un demi-siècle après la fin de la construction de cette remarquable cathédrale, la ville de Vladimir a été touché par l’un des pires cataclysmes de l’histoire de Russie : l’invasion mongole. Fin février 1238, la ville est prise et pillée, entrainant la mort de nombreux habitants. Le Grand prince, Iouri, fils de Vselovod, est tué quelques jours plus tard, dans la bataille finale contre les armées mongoles.

La ville de Vladimir ne s’est jamais complètement relevée de cet assaut, et au XIVe siècle, elle était déjà soumise au pouvoir montant de Moscou. Malgré les turbulences de l’histoire de la région, l’art éternel de la cathédrale de Saint Dmitri offre un message gravé dans la pierre, venu de l’âge d’or de la Russie médiévale.

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