L'envie d'Est d'Olivier Védrine

De Saint Nicolas à l'axe Paris-Berlin-Moscou

Homonyme de l'ancien ministre français des affaires étrangères, Olivier Védrine est «multi-carte», comme on dit dans le management, mais avec une orientation bien précise: celle de l'Europe, de toute l'Europe, y compris sa partie orientale, si souvent omise dans nos médias et nos opinions publiques...

Olivier Védrine

Olivier Védrine est Rédacteur en chef de l'édition russe de la Revue Défense Nationale, conférencier de la Commission européenne (Team Europe), éditeur de la revue européenne European Union Foreign Affairs Journal (EUFAJ), Professeur à l’Iéseg School of Management (Université catholique de Lille), éditeur de la revue européenne Eufaj, il est également président du Collège Atlantique-Oural. Il lance avec l'Institut du commerce de Moscou RGTU, l'université UE-Russie de management qui devrait accueillir dès février prochain ses premiers masters (cf vidéo). Il est aujourd'hui promoteur d'une pétition pour «une nouvelle discussion sur les États-Unis d'Europe » dans un cadre fédéral et participe à un festival Sancybérie « dans son village » d'Auvergne qui accueillait en septembre 2011 le Tatarstan.

Son «envie d'est», comme le dit ce professeur quadragénaire au verbe rapide et vif, a des sources aussi  variées que ses activités d'aujourd'hui : un mythe familial d'abord sur un ancêtre russe un peu mystérieux qui serait venu dans le massif central épouser une gente dame auvergnate et dont le nom Védrine (Vydrine ?) est parvenu jusqu'à nous. Ce facteur familial a poussé la mère d'Olivier à le destiner à l'étude de la langue russe dans son collège catholique pour que «la boucle soit bouclée». L'inspiration religieuse et la fascination des icônes, dont une de saint Nicolas offerte par l'évêque Serge de la cathédrale St Alexandre Nevsky (la rue Daru à Paris), ajoute au tropisme russophile du jeune Olivier. Mais c'est un choix de raison, politique et scientifique qui décide Olivier Védrine, qui se définit comme véritable gaulliste, à défendre le choix d'une Europe européenne et à agir de façon concrète à l'établissement de l'axe géopolitique naturel, Paris-Berlin-Moscou.

De Lisbonne à Vladivostok

Il explique lui-même la substantifique moëlle de son credo : «Lors du Sommet de Saint-Pétersbourg en mai 2003, la Russie et l’Europe ont adopté une déclaration conjointe sur la mise en place de quatre espaces communs : un espace économique, un espace de liberté, de sécurité et de justice, un espace de sécurité extérieure, un espace de recherche. Les feuilles de route de ces quatre espaces ont été adoptées lors du Sommet de Moscou le 10 mai 2005. Ce sont pour Bruxelles et Moscou de véritables instruments de travail (…) qui définissent un cadre politique important à la coopération entre l’UE et la Russie. Ces feuilles de route sont le point de départ de la construction d’un véritable espace politique, économique et culturel paneuropéen; un espace qui reprendrait cette vision du Général de Gaulle «de l’Atlantique à l’Oural» et qui passerait par un axe Paris-Berlin-Moscou».

Bien sûr, il ne s'agit pas pour Olivier Védrine de «couper la Russie en deux» au niveau de l'Oural. Il prône en toute conscience l’idée d’une Europe continentale qui regrouperait l’Union européenne et la Russie et dont l’espace géographique va de Lisbonne à Vladivostok.

Université UE-Russie : pour des diplômes bons pour tous

C'est dans cet esprit et pour cet espace qu'il s'attelle à la création d'une université UE-Russie destinée à former des étudiants sur les affaires économiques et les entreprises. Ce seront des  formations de type Master in Business Administration (MBA), des formations sur l’administration publique du type Master in Public Affairs (MPA) et enfin une formation spécialisée sur l’énergie du niveau Master. Le tout doit commencer dès novembre sur le plan administratif et sans doute dès février sur le plan pédagogique.

Une telle université doit répondre aussi à la question des équivalence de diplômes entre la Russie et l'UE. Les partenariats entre l’Université UE-Russie et les universités de l’Union européenne donneront de fait une reconnaissance des diplômes en Russie et dans toute l’Union européenne (voir vidéo) .

Ce défi de l'université n'est pas le premier auquel répond Olivier Védrine dans son désir d'est. Il reconnaît lui-même que son choix européen n'a pas toujours plu à tout le monde et que les obstacles ont parfois été nombreux pour ce spécialiste des questions stratégiques, auditeur à l'IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale). L'un des défis a été le lancement l'an dernier d'une version russe  de la Revue de défense nationale (RDN), une institution française depuis 70 ans qui concerne un domaine sensible si l'on se réfère aux souvenirs de la guerre froide...

Revue de Défense nationale : comme un général de l'armée blanche...

Olivier Védrine raconte : «J’étais en contact avec l’amiral Jean Dufourcq, rédacteur en chef de la RDN. Il savait que je me passionnais pour la Russie, et m’a proposé de me charger de l’édition russe de la revue. J’ai contacté Vassiliï Badouline, directeur du bureau international de l’université RGTEU (Université d’État de commerce et d’économie de Russie), et Sergueï Babourine, recteur de la RGTEU, pour leur demander de l’aide car je me sentais comme un général de l'armée blanche, sans moyens, sans argent avec mes seules icônes». La revue en est à son deuxième numéro. La version russe de la RDN doit paraître quatre fois par an. Comme la version française, elle est destinée à un public d’universitaires, de militaires, de politiques et de diplomates. C’est une revue académique, plutôt destinée aux décideurs dans le domaine des affaires étrangères ou de la sécurité au sens large.

La RDN explique la pensée stratégique française au reste du monde. La version russe doit transmettre l’esprit de cette pensée stratégique française, pour Olivier Védrine. «Je souhaite que la revue russe devienne un trait d’union entre l’Union européenne et la Russie. L’axe Paris-Moscou-Berlin, c’est vraiment une vision politique. Je crois en un espace économique eurasiatique commun de Lisbonne à Vladivostok. C'est un espace logique d’intérêt. Tous les empires eurasiatiques ont senti qu’il y avait là un espace commun. Mais ils ont choisi de le faire exister par les armes, ce qui ne pouvait être qu’un échec. Toutes les grandes unions sont mues par un idéal commun. J'estime que le combat se situe d'abord dans le monde des idées. Et l’édition russe de la RDN s’inscrit parfaitement dans cette ligne».

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.