Le parc Gorki : une deuxième jeunesse, loin de son image peu fréquentable

Crédits photo : Itar-Tass

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Favori des moscovites, le parc Gorki, est tombé peu à peu en désuétude. Mais le milliardaire Roman Abramovitch aura-t-il les moyens de restaurer ce magnifique lieu de loisir ?

 

Ils étaient peu nombreux à assister au dernier décollage de la navette spatiale. Dernière odyssée non pas de l’Atlantide, mais de la navette spatiale soviétique Bourane. Tôt le matin, elle a quitté le parc Gorki, autrefois joyau de l’URSS,  sur un bateau longeant la Moskova. Habitués aux changements permanents, seuls quelques moscovites se sont arrêtés pour regarder la navette disparaître au loin.

Le déplacement du vaisseau spatial, transformé dans les années 90 en attraction foraine quelque peu boiteuse, est l’un des premiers signes d’un plan ambitieux visant à consacrer 1,4 milliards d’euros pour rénover l’un des plus grands espaces verts du centre de la ville (environ 120 hectares). Une initiative soutenue par le milliardaire Roman Abramovitch et le maire de Moscou Sergueï Sobianine.

 

Le parc, surtout connu l’hiver pour sa patinoire géante en plein air, est devenue un lieu emblématique de l’Union soviétique, lorsque, grâce à un polar haletant de Martin Cruz Smith’s, les lecteurs occidentaux sont tombés amoureux du « Park Gorky ». Le roman s’ouvre justement sur une balade en patin à glace... Et trois cadavres, sans visage et sans doigts, découverts à proximité des bosquets. Dans ce livre, le lecteur fait aussi connaissance avec le détective Arkady Renko, qui lutte la corruption des élites, et poursuivra son combat dans toute une série de romans. Mais pour le vrai park Gorki, pas de Renko. Avec ses attractions bancales, ses stands de nourritures illégaux, des infrastructures qui s’effritent et quelques histoires criminelles dans l’air, le parc avait surtout mauvaise réputation, et restait souvent plus populaire aux yeux des touristes russes et occidentaux qu’aux yeux des locaux.

 

C’est un proche collaborateur d’Abramovitch, Sergueï Kapkov, ex-président l’Académie nationale de Football, qui a été désigné pour s’occuper du parc. Il a d’ores et déjà promis de remplacer l’attraction décatie des montagnes russes par une roue panoramique semblable à la London Eye. Il compte ainsi investir près de 1,4 milliards d’euros dans les deux à trois ans à venir, dans l’espoir d’attirer jusqu’à 9 millions de visiteurs par an.

 

La nouvelle direction a déclaré qu’un concours sera mis en place pour désigner l’architecte en charge de restaurer le parc. Quelques changements symboliques sont par ailleurs déjà perceptibles. L’entrée au parc est gratuite, avec wi-fi disponible sur toute sa surface. Un skatepark a été construit, et le parc Gorki prévoit de faire ses propres glaces et de réduire considérablement la surface de goudron accumulée au cours des années. Une plage estivale a également été créée, et une longue promenade permettra bientôt de relier le parc Gorki au Mont des Moineaux.

 

 

 

Moderniser le parc à l’image vieillotte

 

Planifié par le célèbre architecte soviétique d’avant-garde Konstantin Melnikov dans les années 20, le parc était censé être un lieu de détente et de culture, avec un théâtre et un cinéma. Il attirait alors une foule de moscovites dans cette ville qui à l’époque comptait peu d’endroits de divertissement.

 

« C’est l’une des rares choses qui a été bien gérée par les Soviétiques », confie Alexeï Klimenko, un conseiller de la ville indépendant. « C’est un monument national, malheureusement associé plus tard à de nombreuses affaires criminelles ».

 

L’actuel plan de restauration reste une priorité pour le maire de la ville Sergueï Sobianine, a déclaré Ilya Oskolkov-Tsentsiper, un consultant du projet de l’Institut de l’architecture et du design Strelka. Il a jouté que la rapidité à laquelle le projet se développe ne peut se faire qu’à Moscou.

 

« Le parc Gorki est plus grand que Hyde Park, et peut être mieux », a affirmé Ilya Oskolkov-Tsentsiper. La comparaison avec le parc londonien est à l’origine celle du président Dmitri Medvedev, qui a nommé Sergueï Sobianine à la tête de la mairie de Moscou l’année dernière. Déjà à l’époque il avait été question d’aménager un vrai parc dans la capitale russe.

 

« J’étais à Londres dernièrement et j’ai jeté un oeil sur ce Hyde Park. Bien sûr, il est impressionnant. Nous devons parler aux autorités moscovites pour qu’ils fassent construire leur propre Hyde Park », avait alors déclaré Medvedev en 2009.

 

L’état lamentable du parc est le résultat d’une décennie de sous-investissement, de corruption et de mauvaise exploitation. La planification de la rénovation des lieux ont fais l’objet de discussions pour la première fois en 2006. Mais les mesures ont rapidement été abandonnées par peur de voir le maire de la ville de l’époque Iouri Loujkov, pour qui les lobbys de la construction restent favoris, transformer la verdure en gratte-ciels.

 

Plus de 50 kiosques de fast-food et autres s’étaient installés ici en toute illégalité, a rappelé Sergueï Kapkov, qui a ordonné leur démantèlement au cours des deux derniers mois.

 

Le bijou de cette remise à neuf du parc sera la restauration de l’«Hexagone», un monument constructiviste imaginé par Ivan Zholotovski. Jadis le plus grand cinéma d’Europe, il gît désormais en ruine.

 

La nouveauté? Un restaurant, l’Olive Beach, qui a suscité de nombreuses interrogations quant au à son succès auprès de la clientèle. Kapkov a déclaré que la rénovation doit faire appel à un large éventail de personnes, et plaire avant tout à ceux qui se rendent déjà régulièrement dans ce parc, comme les fans J.R.R Tolkien, qui rejouent les batailles et scènes des livres de l’écrivain britannique. Et aussi, les amateurs de danse qui organisent des bals près du fleuve le week-end, ou les joueur de ping-pong qui viennent ici depuis des décennies.

 

A l’origine du restaurant l’Olive Beach, le groupe Ginza Project, qui sera en charge de tous les points de vente de nourriture sur le territoire du parc. Car si beaucoup de leurs restaurants actuels visent les moscovites aisés, le parc a aussi besoin de restaurants familiaux.

« Il est capital que le parc soit un lieu publique et d’intérêt public », a déclaré Alexeï Klimenko.

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