Un hippo chez le dentiste

Crédits photo : Itar-Tass

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Le jeune hippopotame Gliassik, résident du zoo de Kaliningrad, se porte bien. Pendant plus d’un an, l’une des ses dents qui poussait de travers et lui coupait la joue, le faisait terriblement souffrir. Gliassik avait très mal, mais faire scier la malheureuse dent était mission impossible.

Une histoire digne d’un roman (ou d’une farce ?) s'est déroulée autour de cette simple opération. Tout le monde y a pris part : les douaniers, le Service fédéral russe du contrôle des drogues, le maire de Kaliningrad, le gouverneur de la région ainsi que les journalistes.

« La dent de Gliassik pousse de travers depuis longtemps, mais il y a deux ans, elle a commencé à frotter contre sa joue, dont le tissu s'est inflammé. Encore un peu, et la dent allait percer la joue ! L'animal risquait de mourir à cause de l'inflammation imminente. Il ne nous permettait plus de toucher sa dent, ce qui laissait entendre qu'il avait trop mal », se souvient avec tristesse la zoologue Anastassia Tcherviakovsaïa.

C'est un professeur-vétérinaire d’Allemagne qui s'est porté volontaire pour scier la dent de l'hippopotame. Il paraît qu'il a même accepté de travailler gratuitement à condition que pour l'opération on utilise un anesthésique de son choix, car scier la dent de Gliassik de façon sécuritaire n'était possible qu'en endormant l'animal avec un sédatif narcotique spécial. Sauf que pour endormir un animal qui pèse trois tonnes, il fallait beaucoup de drogue : environ un demi-litre !

Faire passer une dose pareille par les frontières relève de l'impossible. Le trafic d’une telle quantité de drogue est sanctionné de 20 ans de prison. Plus que cela ! Le geste même d'administrer une injection peut être qualifié de traffic des drogue. Tout le monde se souvient encore de cet épisode, lorsque plusieurs vétérinaires de Moscou ont été poursuivis en justice. On les accusait de commerce de drogue. Leur commerce se résumait à avoir anesthésié un chat. Et il s'agissait alors de millièmes de gramme, alors qu'à Kalinigrad – il était question d'un demi-litre.

Les douaniers ont avoué avoir pitié pour la pauvre bête, mais personne parmi eux n'a voulu prendre de risques et conseillaient donc de s'adresser au Service fédéral du contrôle des drogues. Ce dernier demandait de plus en plus de nouveaux papiers et renvoyait le vétérinaire aux douaniers. Et Gliassik souffrait toujours...

Au début, la question de la dent de l'hippopotame se discutait à huis clos entre l’administration du zoo et les fonctionnaires. L’histoire a été ébruitée presque par hasard. Un séminaire organisé pour des journalistes débutants se tenait à Kaliningrad. Parmi les tâches données aux participants, il y avait celle de faire un reportage sur la cage de l'hippopotame. Finalement, l'histoire tragique de Gliassik a été publiée dans la presse locale et est parvenue jusqu'à la télévision fédérale.

C'est alors que les autorités locales se sont mis à rivaliser de compassion pour l'animal. Le gouverneur de la région de Kaliningrad, Nikolaï Tsoukanov, a promis sur sa page Twitter d'aider Gliassik. Le maire de Kaliningrad, Alexandre Yarochouk, a rendu personnellement visite au « malade » et a promis à son tour de trouver suffisamment de substance narcotique. L'affaire de l'hippopotame a pris l'envergure d'un projet de relations publique. On ironisait alors, certains se demandant si l'hippopotame n’obtiendrait pas même sa carte de membre du parti de Vladimir Poutine, Russie unie. Mais la publicité a joué son rôle. L'anesthésique fut efficace, et la dent, sciée. Gliassik se porte bien, et a retrouvé l’appétit.

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