Renoncerez-vous à utiliser Skype?

Crédits photo : Getty Images/Fotobank

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Le 8 juin, les agences d’information ont diffusé la déclaration du président de Microsoft Russie, Nikolaï Prianichnikov, selon lequel la société n’exclut pas de remettre aux services de sécurité russes l’algorithme de cryptage du très populaire logiciel de téléphonie par IP, Skype.

« Moi, personnellement, j’aimerais le faire », a affirmé Prianichnikov, en ajoutant qu’on n’a pas encore délibéré sur le sujet car il fallait d’abord mettre au point l’intégration finale de Skype dans Microsoft (début mai Microsoft a racheté Skype au prix fort de 8,5 milliards de dollars). Le jour même, l'entreprise s'est empressée de désavouer l’éventuelle remise entre les mains des services de sécurité russes de l’algorithme de déchiffrement du logiciel Skype. « La transaction avec Skype n’est pas encore achevée. Il est prévu de faire de Skype un département à part entière. Microsoft Russie collabore avec le FSB et lui fournit les codes source de ses produits. Éventuellement, Skype à son tour pourra entrer dans cette catégorie de produits », selon un porte-parole de la compagnie précisant le point de vue de M. Prianichnikov.

 

 

Alexandre Lebedev, homme d’affaires et militant social.


— Au contraire, je pense l’utiliser davantage pour regagner en fiabilité, car l’année dernière, on me soupçonnait sérieusement d’être dissident et de mener une activité subversive. Aucun ordre de surveillance n’a pourtant jamais été donné, et ils ont dû tout bonnement se tromper. Cela fait déjà 10 à 12 ans que j’ai le même numéro de téléphone. Au téléphone, je dis sans détour ce que je pense, pour que l’on sache tout de moi. Si Skype permet d'obtenir encore plus de secrets sur moi, alorstant mieux. J’espère seulement que le FSB saura garder les secrets de ma vie privée.

 

 

Evgeny Tchitchvarkine, exilé politique.


— Ce ne serait pas facile d’y renoncer sur le coup. Mais quand ce transfert aura lieu, nous devrons parler par allusions – un art que l'on maîtrisait très bien avant Skype. Ou encore faut-il chercher une autre option, un moyen de communication soustrait au contrôle des services de sécurité qui, j’en suis sûr, ne tardera pas à être inventé. Je peine à expliquer les motifs de Microsoft, mais je pense que tout ce qui est fait, est fait pour l’argent. Surtout s’il s’agit de quelque chose de répréhensible ou de douteux.

 

 

Anton Nossik, vice-PDG de « Ob’iedinennyie média » (les médias réunis), rédacteur en chef de BFM.ru.


— Bien sûr que non. La plupart des logiciels qu’on utilise chez nous sont des logiciels à code source ouvert. Ils sont libres d’accès pour les auteurs de ces logiciels, pour les fabricants des logiciels accessoires ou concurrents. En fait, il est question des codes qui sont habituellement communiqués aux services d’état qui sont certifiés par un produit ou un autre. Cela ne représente aucune menace pour les utilisateurs et ne viole pas leurs droits. Or, ce qui constitue la confidentialité même des correspondances et conversations privées, personne ne la donnera jamais au FSB. Le succès mondial de Skype est justement lié au fait qu’il représente une solution universelle et efficace dans le domaine de la téléphonie par internet et de la communication vocale et visuelle. La totalité des conversations qui passent par Skype ne représentent aucun intérêt. Par ailleurs, les risques de Skype sont beaucoup moins élevés que ceux des opérateurs de téléphonie mobile. 

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