Trop peu de millionnaires en Russie

Crédits photo : Getty Images/Fotobank

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La Russie entre dans le top cinq des pays qui concentrent le plus grand nombre de très hauts revenus, juste derrière les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Arabie Saoudite et la Grande-Bretagne. En revanche, le nombre de millionnaires russes est loin derrière, révèle une étude annuelle du cabinet Boston Consulting groupe (BCG).

Selon le rapport Global Wealth 2011, plus de 560 foyers russes disposent d’une fortune dépassant les 100 millions de dollars (68,4 millions euros). Malgré ces chiffres, la Russie ne fait pas partie du top-15 des pays qui comptent le plus grand nombre de grosses fortunes par habitant. En outre, l’étude montre que l’écart entre les plus riches, les moins riches et la classe moyenne est abyssal. Le pays connaît un sérieux déficit des «millionnaires ordinaires», à la tête d’une fortune d’au moins 1 million de dollars (684 mille euros). Selon les estimations de BCG, ces ménages représentent moins de 1% de la population russe. Le leader mondial? Singapour et son «miracle économique». Il est le pays qui concentre le plus grand nombre de millionnaires, suivi par la Suisse, les Etats-Unis et Israël.

La spécificité russe réside dans la concentration de «très riches» à Moscou. D’un certain côté, le déficit des «riches», observé dans les provinces de Russie, réduit les disparités sociales. Mais dans les pays développés ou les économies en plein essor comme la Suisse, Taïwan et Hong-Kong, la stratification sociale est compensée par le haut niveau de développement des marchés et des technologies. Pour les provinces russes, c’est l’inverse. Trop peu nombreux, les millionnaires ne permettent pas de favoriser la croissance et le développement des infrastructures dans les régions.

Pourtant, pour le directeur de l’institut d’économie sociale auprès de l’Académie des sciences de Russie RAN Alexandre Rubinstein, une telle disparité n’est pas choquant: «la Russie est véritablement unique en ce sens que 2 à 2,5% de sa population concentre entre 70 et 80% de la richesse du pays». Alexandre Rubinstein est persuadé qu’un tel écart ne représente aucun danger pour la stabilité du pays. Selon lui, l’Etat ne serait pas menacé. «Le plus important, c’est que les milliardaires n’exhibent pas leurs richesses pour ne pas provoquer la population».

La fréquentation des zones offshore à l’étranger reste un indicateur essentiel des «très riches», rapportent les analystes du cabinet BCG. Les fortunes privées des ressortissants des pays d’Europe de l’Est, Russie inclue, sont certes impressionnantes, mais représentent moins de 5% des capitaux accumulés dans les paradis fiscaux en Suisse, au Luxembourg, en Grande-Bretagne, à Hong-Kong ou Singapour, et n’exercent quasiment aucune influence sur la conjoncture financière de ces pays. C’est Dubaï qui concentre le plus de capitaux russes: plus de 8% de ses investissements étrangers proviennent de Russie. Et la principale cible des investissements russes reste l’immobilier.

La plupart des activités financières des sociétés contrôlées par les Russes sont traditionnellement associées à la Grande-Bretagne et à la Suisse. Puis viennent le Luxembourg et l’Allemagne. Selon les estimations de la Banque Centrale de Russie, c’est justement par ces pays que transitent la plupart des capitaux russes.

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